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Pour ce nouveau Track-by-track un album qui, à sa sortie en 1973, a fait sensation à cause de son côté trash et décadent, encore plus décadent que la majorité des albums de glam-rock : le premier album, éponyme et produit par Todd Rundgren, des New York Dolls. Groupe tenant à a fois du glam-rock et du punk-rock (mais avant l'heure), les Dolls étaient constitués de cinq membres, tous masculins, mais ayant la très rigolote habitude de se fringuer en travelos. Sur la pochette, de gauche à droite, le bassiste Arthur 'Killer' Kane (décédé depuis), le guitariste Sylvain Sylvain, le chanteur David Johansen, le guitariste et chanteur occasionnel Johnny Thunders (mort en 1991) et le batteur Jerry Nolan (mort aussi), lequel remplacera rapidement leur premier batteur, Billy 'Doll' Murcia, mort d'une overdose en 1972. Thunders et Nolan, par la suite, fonderont les Heartbreakers, groupe de punk-rock, avec Richard Hell (album L.A.M.F. de 1977, grandiose, fait après le départ de Hell du groupe). Mais revenons à ce premier album des Dolls. Je le trouve inégal, mais il contient quand même des chansons ultra puissantes, et ce disque, le voici :

Personality Crisis : L'album fait parfois penser à un catalogue de tout ce qui faisait le charme des années 70 : cames, guerre, sexe, alcool, pilules magiques, violence, décadence, contestations... Personality Crisis, qui démarre par un riff bien boogie et efficace et un hurlement jouissif de Johansen, est une chanson sur les sexualités déviantes, bisexualité, travestissement, etc. Tout un programme ! Une chanson purement jouissive, pas ma préférée de l'album cependant (pas le sommet absolu aussi, mais une grane chanson tout de même) à écouter absolument.

Looking For A Kiss : When I say I'm in love, You must believe I'm in luv, L.U.V. Intro parlée assez rigolote, et intro musicale très boogie, pour un morceau fantastique qui ne parle pas d'amour mais de came. Le narrateur est à la recherche d'un baiser, d'un fix, I need a fix and a kiss ((j'ai besoin d'un shoot et d'un baiser'). Chant parfait, énergique, batterie tueuse (Nolan était un batteur de grand talent, il jouait vite et fort), basse malheureusement un peu effacée du mix parfois, et guitares tronçonneuse (Thunders) ou boogie (Sylvain Sylvain). A l'arrivée, une grande chanson décadente, du Velvet en plus couillu encore.

Vietnamese Baby : Attention, choc : riff bien saignant de Thunders, paroles agressives sur la guerre du Vietnam et sur un vétéran (jeune vétéran, car en 1973...) qui en est revenu traumatisé, ne pouvant virer de sa tête les images de ces petits bébés vietnamiens, de ces horreurs qu'il a vu ou auxquelles il a participé, allez savoir... Chanson bien efficace, nerveuse, violente, trépidante, assurément un des trois sommets de l'album. Le genre de chanson qui marque définitivement au fer rouge quiconque l'ayant entendu !

Lonely Planet Boy : Magnifique intro, que Johnny Thunders reprendra à son compte pour sa fameuse chanson solo de 1978 (issue de son premier album solo So Alone) You Can't Put Your Arms Around A Memory. Lonely Planet Boy est une pure merveille, douce, tendre. La ballade 'obligée' de l'album, ce que certains critiqueront un peu, l'air de dire que cette chanson n'a rien à faire ici, elle détonne trop avec les 10 autres, les Dolls n'ont pas à faire des chansons de ce genre, etc... Bon, oublions cette petite polémique qui  n'a pas lieu d'être. Car la chanson est franchement sublime, Johansen la chante très bien, la mélodie est inoubliable. Au final, encore une grande chanson, décidément, cette première face, qui se finit avec le morceau suivant, est parfaite !

Frankenstein (Orig.) : 6 minutes ahurissantes qui achevaient la face A sur un air apocalyptique (et, en même temp, rigolo : le final, dans lequel on entend Johansen demander Do you think that you could make it with Frankenstein ?). La mention (Orig.) dans le titre signifie probablement qu'une autre version de la chanson existe, et que celle-ci est l'originale, allez savoir... Frankenstein est une immense chanson, une montée en puissance infernale, riff mortel, chant hystérique, guitares en fusion, rythmique de malade mental... 6 minutes au Paradis, la meilleure chanson de l'album, carrément !! A noter, un faux effet live sur cette chanson, cependant enregistrée en studio.

Trash : Ouverture de la face B avec ce Trash très mythique, faisant partie, il paraîtrait, des meilleurs moments de la carrière des New York Dolls. Mais, franchement, entre la voix de je ne sais plus qui (Thunders ? Sylvain Sylvain ?) glapissant Traaaash ! à tout bout de champ et la voix de Johansen qui, ici, m'énerve, il y à bien peu de choses que j'apprécie sur ce titre : sa courte durée (3 minutes), sa mélodie bien rock, et les choeurs angéliques, pas signés des Dolls. Sinon, j'ai toujours trouvé cette chanson surestimée... 

Bad Girl : Ambiance boogie plus ou moins réussie pour ce Bad Girl franchement sympa, mais très très très banal, en même temps. Ce n'est pas la pire chanson de l'album, mais au même titre que Pills, elle est assez banale, sympathique mais largement en-dessous du niveau des chansons de la face A, laquelle face A est vraiment, définitivement, le sommet de l'album...

Subway Train : Intro boogie, et une voix assez inhabituelle, étrange, nasillarde, aiguë et quelque peu déphasée, un peu fragile aussi, surgit. Celle de Johnny Thunders, qui s'essaie au chant ici (il reprendra cette chanson sur son So Alone de 1978). Mais Johansen chante aussi sur Subway Train, sur les refrains. Une chanson franchement remarquable, même si j'ai mis du temps à l'aimer. Franchement, avec Jet Boy, c'est le sommet de la face B, une chanson bien efficace. J'adore !

Pills : Chanson très courte, moins de 3 minutes, et c'est la plus courte de l'album. La meilleure ? Non. Une des meilleures ? Ah, non. La pire ? Certainement pas. Une des moins bonnes ? Heu, non. Alors, quoi ? Hé bien, moyen. Correcte, mais sans plus, cette chanson, qui parle d'une infirmière rock'n'roll filant des pilules rock'n'roll à un pauvre mec hospitalisé et sous ses bons soins... Pills est une chanson sympathique sur la came, mais dans le genre, Looking For A Kiss est plus subtile !

Private World : Incontestablement la moins bonne des 11 chansons de l'album, et je pèse mes mots en disant 'la moins bonne', car j'ai vraiment envie de dire qu'elle est mauvaise. Rythme lourdaud, ennuyeux au possible, avec en plus la voix également lourdaude et très morne de Johansen, on a l'impression que le groupe s'est emmerdé comme des rats morts pendant l'enregistrement de ce Private World qui plus est très longuet, malgré le fait que la chanson ne fasse pas partie des plus longues (paradoxal). Franchement, cette chanson m'insupporte, oui, vraiment. Heureusement, le morceau final va remettre un peu les pendules à l'heure.

Jet Boy : Un riff mortel pour ouvrir le bal, et Jet Boy déboule, dernière chanson de l'album et probablement une des plus réussies. En tout cas, la plus réussie de la face B, ça c'est sûr et certain. Une chanson bien teigneuse et efficace, qui va à 100 à l'heure, sans ennui, sans répit, avec la guitare tronçonneuse de Johnny Thunders et le chant parfait de Johansen, qu'on imagine, sur scène, singeant Mick Jagger (avec qui il partage une bouche très lippue). Bon, ce n'est pas ma préférée de l'album, mais c'est franchement 4,40 minutes de bonheur, idéal pour achever l'album...lequel album reste quand même inégal.

A l'arrivée, 42 minutes intensément rock, très décadentes, très bien produites par Rundgren, mais on notera quand même que si la face A est parfaite, la face B est, elle, franchement inégale, et en tout cas, pas du même niveau d'excellence. Au final, New York Dolls est un disque inégal, quelques chansons franchement moyennes ou mauvaises en face B (mais tout de même, Jet Boy ou Subway Train sont immenses), mais reste un disque très très recommandable. Souvent classé parmi les sommets absolus du rock, ce qui est un peu exagéré quand même, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un très très bon disque !