26

Pour ce nouveau Track-by-track, un disque intense qui, à sa sortie en 1973, sera considéré, malgré un mixage assez moyen signé du producteur de l'album (David Bowie), comme le plus violent et brutal jamais enregistré : Raw Power, troisième album des Stooges, renommés Iggy & The Stooges. En 1997, Iggy Pop en fera un nouveau mixage, proche du son que l'album aurait du avoir à sa sortie s'il n'avait pas été mixé quelque peu à la baisse par Bowie (le mixage 1973 n'est pas mauvais, mais celui de 1997 explose tout, littéralement). Définitivement, ce disque court (8 titres, 34 minutes) est très violent et brutal, un disque sans concessions, et que voici :

Search And Destroy : Immense, excellente chanson, parfaite pour ouvrir le bal. Des escrimeurs auraient été engagés par Iggy pour jouer, en studio, pendant l'enregistrement de la chanson. Selon Iggy (dans le livret de la réédition CD 1997), on les entendrait encore un peu, à certains moments, des sons un peu métalliques, cinglants... C'est assez amusant et étonnant ! Sinon, la chanson est cynique, brutale, intense, Iggy chante comme un damné, Williamson (guitariste) est en forme... C'est parfait !

Gimme Danger : Ma préférée de l'album et du groupe, rien que ça. Oui, ma préférée devant Dirt (Fun House, 1970) ! Que dire devant telle perfection ? Ca commence doucement, Iggy chantant, d'une voix calme (mais un peu narquoise, nasillarde) Gimme danger, little stranger... Musique sublime, pas trop violente sauf dans la fin des couplets et, aussi, pour un petit passage assez speedé et brutal, au centre. Mais la tension redescend, et le morceau se finit aussi calmement qu'il a commencé. C'est intense et fort, beau, plus subtil que le morceau suivant !

Your Pretty Face Is Going To Hell (originally titled Hard To Beat) : Honnêtement, c'est un peu trop long (4,45 minutes) et surtout, TROP violent et brutal pour être correct. Je ne dis pas que Your Pretty Face Is Going To Hell est une mauvaise chanson, mais, oui, elle est trop longue (une minute de moins, ça aurait été parfait), et surtout, le son est saturé à l'extrême, au point qu'entre la rythmique brutale et incessante et le chant hystérique, rauque et grailleux d'Iggy, c'est limite inaudible. De plus, le son est très puissant, mixé à fond la caisse, sur ce titre. Alors, c'est pas mal (répétitif, pas original, mais, hey, c'est les Stooges !), mais trop fort, trop violent, trop brutal, ça en devient tellement agressif qu'on a du mal à apprécier, sauf si on aime les ambiances extrêmes. Pour tout dire, c'est tellement violent que le punk-rock (alors encore inexistant, ce disque fait partie de ceux qui ont pavé la voie), à côté, ressemble à du Grégoire sous Valium...

Penetration : Paroles à la Burroughs période La Machine Molle (la meilleure, donc), lignes de claviers assez entêtantes et jouées par on ne sait qui (ni par un Stooge, ni par Iggy...Par Bowie, peut-être ?), et qui apportent un climat assez particulier à la chanson. Penetration est une chanson assez sexuelle (non ? Sans dec ! Faut dire que le titre...), remarquable mais très étrange, qui achève la face A (la meilleure des deux faces) sur une note assez décalée. Une chanson enivrante, hypnotique, entêtante, qui reste longtemps en mémoire, et qui fut pendant longtemps ma préférée de l'album (maintenant, c'est Gimme Danger). Remarquable !

Raw Power : Se passe de commentaires, car c'est du brutal, du lourd, saignant comme on aime. Idéal, donc, pour ouvrir la face B ! Raw Power est une chanson mythique, qui remet un peu les pendules à l'heure après un Penetration certes remarquable, mais bien barré. Ce n'est pas ma chanson préférée de l'album qui lui doit son nom, mais l'ignorer, passer à côté serait purement criminel. Une chanson efficace, bourrine, paroles stupides (Suzy-baby stay away from bed), mais dans son genre, c'est du très bon niveau !

I Need Somebody : Chanson très bluesy dans l'âme, la plus lente et 'douce' de l'album Avec Gimme Danger. En fait, si Gimme Danger contenait un ou deux passages brutaux, I Need Somebody, lui, est un blues-rock torride sans effusion de sang (tout au plus, la voix d'Iggy et la rythmique apportent un climat inquiétant, agressif, mais il n'y à pas de relâchement de tension, pas de violence). En 5 minutes approximativement, cette chanson, une des meilleures de l'album et du groupe, est totalement maîtrisée et parfaite. Surtout le chant, assez habité, de l'Iguane. Parfait.

Shake Appeal : Comme Iggy le dit lui-même (notes de pochette CD), sans commentaires. La chanson est brutale, simple, simpliste, aussi courte (3 minutes) que peu originale, mais efficace comme un coup de boule. Shake Appeal est une chanson bourrine, paroles crétines, musique redondante et simple, chant basique et efficace... Du Stooges brut de décoffrage, sans aucune autre prétention que de faire bouger les têtes pendant 3 minutes. C'est le moins exceptionnel des 8 titres de l'album, mais c'est loin d'être mauvais. C'est plus écoutable que Your Pretty Face Is Going To Hell ! Très bon riff, aussi.

Death Trip : 6,30 minutes, le morceau le plus long de l'album. Et si ce n'est pas le plus grandiose, Death Trip est quand même une cavalcade bien sanguinolente, une sorte de L.A. Blues (final de Fun House) en plus écoutable et structuré, avec un Iggy en très grande forme et quelqes riffs bien sentis pour embarquer une dernière fois l'auditeur dans la brutalité assumée, barbare, du groupe. Selon Iggy (notes de pochette CD, encore et toujours, faut dire qu'elles sont impeccables de ce côté-là), la chanson reflète ce que le groupe pensait de leur situation et de l'album : Iggy savait, sentait que Raw Power ne marcherait pas (il n'a pas eu tort, l'album fut un bide, comme les autres disques du groupe, et il sera critiqué, sa production aussi, et il subira des problèmes de distribution qui le feront passer des bacs de disques aux bacs à soldes assez rapidement, comme Berlin de Lou Reed, même année). Sentant que, de toute façon, l'affaire était pliée, Iggy a tout donné ici, un morceau endiablé et diabolique, violent et sanglant, une rafale de plus de 6 minutes. Excellent.

En un mot, pour finir ? Puissant. Violent, masturbatoire, explosif, saignant, Raw Power n'est pas un disque à écouter en faisant l'amour, sous peine de démanteler littéralement sa partenaire. C'est un album qui ravage l'auditeur par sa brutalité (Your Pretty Face Is Going To Hell est si violent et saturé qu'il en est inaudible), un disque remarquable et qui ne ment pas sur son titre, c'est du pouvoir brut qu'on a ici. Le meilleur album des Stooges, ici reconsidérés à la baisse comme le backing-band d'Iggy (et le guitariste Ron Asheton devenu bassiste malgré lui pour laisser la place de gratteux au nouveau-venu James Williamson, un tueur brut), mais cependant remarquables. Un album essentiel, mais gaffe, c'est pas pour toutes les oreilles !