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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet absolu de glam-rock (et du rock des années 70), un album sorti en 1972 sous une pochette superbe (et qui est une colorisation d'une photo prise en noir & blanc, pour l'anecdote) : The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, de David Bowie, album plus connu sous l'abréviation Ziggy Stardust. C'est avec ce disque que Bowie a crée le personnage de Ziggy Stardust, extraterrestre débarquant sur Terre. L'album, qui est conceptuel (l'histoire : la Terre n'en a plus que pour cinq ans avant l'anéantissement, et Ziggy débarque sur la Terre), met en scène pour la première fois au complet les Spiders From Mars, groupe de Bowie (Mick Ronson, Trevor Bolder Woody Woodmansey), et est rempli de classiques. Ce disque, le voici :

Five Years : La chanson la plus longue de l'album, avec 4,42 minutes (Moonage Daydream fait 3 secondes de moins, donc Five Years n'est pas la plus longue de beaucoup), et une des plus grandes réussites non pas de l'album, mais de Bowie, tout simplement. Que dire ? Arrangements symphoniques de toute beauté, chant inoubliable de Bowie, paroles sublimes même si elles sont parfois un petit peu absconses, belles interventions de Mick Ronson, notamment dans le final déchirant où Bowie glapit ses Five years, that's all we've got, we got five years, five years, five years, five years... La chanson, pas gaie du tout mais totalement enivrante et filant le frisson (sublime montée en puissance) parle donc de ces cinq années de sursis que la Terre a encre avant son anéantissement final. Glauque, mais sublime, chapeau, Bowie !

Soul Love : J'ai mis du temps à aimer cette chanson, mais au final, Soul Love est franchement une réussite très marquante, une de plus, pour l'album et pour le chanteur. Chanson un petit peu soul, en effet, mais une soul très blanche, glam, bowienne, un peu décalée. Le chant (voix un peu narquoise de Bowie) est réussi, les paroles aussi (New-love a boy and girl are talking/New-words that only they can share in/New-words a love so strong it tears their hearts). Le rythme est assez lent, langoureux, suave. La chanson est très réussie, même si elle n'arrive pas au sommet de la précédente et des deux suivants. Mais elle est franchement très belle, on ne peut pas prétendre le contraire !

Moonage Daydream : Immense. Riff mortel de Ronson, et Bowie proclamant, instantanément, I'm an alligator, I'm a mama-papa comin' for you/I'm a space invader, I'll be a rock'n'rollin' bitch for you... Moonage Daydream, chanson insurpassable et indescriptible, marque l'arrivée, sur Terre et sur le disque, de Ziggy Stardust, l'homme des étoiles, l'extraterrestre (Bowie aussi, en cette année 1972, avec sa chevelure verte et ses costumes, faisait un peu extraterrestre !), déboulant sur la Terre comme le fera, quatre ans plus tard et dans un film, Thomas Jerome Newton, l'extraterrestre que Bowie jouera à la perfection dans L'Homme Qui Venait D'Ailleurs de Nicholas Roeg (à voir à tout prix). Musicalement, c'est Byzance. Ronson en grande forme dans le final, au cours duquel il livre un solo du feu de Dieu, et la voix de Bowie, les arrangements acoustico-électrico-lyriques, qui rendent le tout totalement magique. Keep your 'lectric eye on me babe/Put your ray gun to my head/Press your space face close to mine, love/reak out in a moonage daydream, oh yeah. On ne s'en lassera jamais.  

Starman : Si Moonage Daydream est, musicalement, Byzance, alors Starman est l'équivalent de Shangri-La ! C'est immense, indescriptible, puissant et magnifique. Une chanson intouchable, quoi ! Pour les plus incultes, cette chanson sera utilisée pour une publicité pour SFR (il y à déjà quelques années, hein, au moins 10 ans, si ce n'est 12 !), mais Starman n'avait pas besoin de ça pour être populaire, allez. Tentative totalement réussie de folk électrique et lyrique, dont les couplets sont acoustiques et les refrains, totalement dans l'espace intersidéral. There's a starman waiting in the sky/He'd like to come and meet us/But he thinks he'd blows our minds... Rien que pour ce refrain mythique, rien que pour la voix de Bowie quand il le prononce, cette chanson est intouchable et belle à pleurer.

It Ain't Easy : Reprise d'une chanson d'un certain Ron Davies (rien à voir avec les Kinks, dont deux membres, dont Ray le leader, s'appelaient Davies), dont j'ignore tout sauf qu'il a écrit cette chanson, It Ain't Easy est une belle petite chanson achevant très bien la première face. Alors, c'est vrai que la chanson est parfois critiquée, considérée comme moyenne, largement pas du niveau des autres. C'est vrai que située après Starman et Moonage Daydream, elle fait un peu 'moyen'. Mais en tant que tel c'est pas mal, Bowie chante bien, les arrangements un peu symphoniques sont très bons. J'ignore si la version originale de Ron Davies est meilleure ou aussi bonne, je ne l'ai jamais écoutée ! Il faudrait que je, d'ailleurs... Enfin, voilà, pas le sommet de...Zigy Stardust..., mais franchement une bonne petite chanson, pas très longue (2,55 minutes).

Lady Stardust : Superbe partition de piano pour ouvrir la face B. Lady Stardust est une sublime petite chanson, certes pas le sommet de l'album, mais franchement, il serait dommage de l'ignorer. Bowie y est particulièrement touchant, et la chanson est étonnamment sobre, comparée à Moonage Daydream ou aux chansons qui suivent sur la face B (lesquelles ne sont pas toutes aussi réussies, d'ailleurs, mais je chipote). Une belle ballade/complainte au piano, reposante, bien foutue ! 

Star : On arrive au passage que je n'aime pas sur l'album. Deux chansons certes très courtes (moins de 3 minutes chacune, celle-ci fait 2,45 minutes) mais franchement moyennes, et même médiocres, je n'ai pas peur de le dire. Star est la première desdeux, et tout simplement la chanson que j'aime le moins sur l'album, voilà, c'est dit. Et quand je dis que c'est celle que j'aime le moins, en fait je veux dire que je la déteste ! Je n'arrive pas à voir en quoi cette chanson certes très rock et rapide est bonne. Elle est insipide, banale, limite bâclée, sans intérêt majeur... Pas originale du tout, et ce sujet, comment devenir une super-star, whaouh, quel sujet original là aussi, hein... Bref, désolé s'il y à des fans de Star mais moi, je n'aime pas du tout !

Hang On To Yourself : 2,38 minutes, chanson la plus courte, et dans un sens, tant mieux. Star était mauvaise, Hang On To Yourself n'est pas particulièrement bonne non plus, mais elle a le mérite, au moins, d'être plus réussie (de peu, mais tout de même) que Star. Je ne la déteste pas comme Star, mais je n'en suis franchement pas fanatique, même si, en live, c'est la plupart du temps très efficace, plus que la version studio. Ah oui, le final quasiment instrumental (Bowie répétant Come on, come on) m'insupporte au plus haut point, mais sinon, bien ue mineure (selon moi), c'est vrai que c'est chanson s'écoute mieux que la précédente.

Ziggy Stardust : Immense. Quel plaisir de retrouver du grand Bowie après deux chansons aussi médiocres ! Chanson immortelle, au son assez heavy (riff bien métallique) et aux paroles assez space et, en même temps, sublimes. Une ode au personnage de Ziggy Stardust (And Ziggy played guitar...), une des chansons les plus connues et remarquables de Bowie, présente sur tous les best-ofs du chanteur qui se respectent (comme d'autres de l'album, évidemment). Les Spiders (qui sont nommés dans la chanson) sont en forme, surtout Woodmansey (batteur) et Ronson (je ne critique en rien le bassiste Bolder en ne le citant pas, mais il faut dire que c'est surtout la batterie et la guitare qu'on entend ici), et la chanson est, je l'ai dit mais je le répète, immortelle.

Suffragette City : Gros riff bien saignant, limite du hard-rock, pour cette dernière déflagration rock avant un final plus subtil. Suffragette City (Wham bam thank you ma'am !) est encore une fois une chanson immense, grandiose, bien rock, mais j'avoue que j'ai mis du temps, beaucoup de temps, avant de l'aimer. Je ne sais pas, avant, le refrain m'évervait pas mal. Depuis, ça a changé, au point que cette chanson est une de mes grandes préférées de cette période glam de Bowie (1971/1973). Juste puissant !

Rock'n'Roll Suicide : L'album s'ouvrait sur une merveille absolue, et il s'achève aussi sur une merveille absolue, qui fait partie des 10 plus grands morceaux de Bowie. Malheureusement trop courte (2,55 minutes), Rock'n'Roll Suicide, que Bowie interprétera assez souvent en concert (quasiment tout le temps, et quasiment tout le temps en final), porte bien son nom : Ziggy y trouve la mort. Moment cultissime de l'histoire du rock, immortalisé par un film-concert de Pennebaker et un double-live, ce concert de l'Hammersmith Odeon de Londres, 3 juillet 1973, au cours duquel, en final de concert, juste avant de commencer une version anthologique de Rock'n'Roll Suicide, Bowie annnonce au public que c'est le dernier concert de la tournée, mais aussi le dernier concert tout court, bref, qu'il tue Ziggy et ses Spiders From Mars, qu'il se retire, aussi (finalement, il ne cessera rien du tout, mais il créera temporairement le doute). Le morceau, en tant que tel ? Commençant comme une ballade acoustique, elle se finit en apothéose symphonique, entre un Bowie déchirant glapissant des You're not alone ! renversants de beauté et les Spiders dans les choeurs, parfaits. Le passage final, quand Bowie hurle You're not alone ! juste avant l'explosion de l'orchestre, me fera toujours frissonner. Grand, intense, immense moment de frissons, d'émotion, un final MAGISTRAL.

 Au final, que dire ? Un disque intense, glam, une réussite quasi absolue pour Bowie, quasi absolue car, on l'a vu, il y à quand même un doublé de titres assez médiocres, assez moyens, qui vient un petit peu parasiter l'ensemble. The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, sinon, fait partie des meubles, concernant Bowie, c'est un disque cultissime est inoubliable, un album essentiel pour tout fan qui se respecte de ce fantastique artiste caméléon, ici dans sa périodre glam, une de ses meilleures, et celle l'ayant fait accéder au statut de star du rock. Musiciens en grande forme, chansons indémodables, chant parfait, ce disque assure totalement ! Il assure mieux que l'album qui fera par la suite, Aladdin Sane, lequel est, certes, remarquable, mais nettement moins que celui-ci.