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Nouveau track-by-track, et un pur sommet de rock français, j'ai nommé Regards Affligés de Pigalle, deuxième album du groupe, sorti en 1990 sous une sublime pochette de Tardi. Bon, en fait, le véritable nom de cet album est à coucher dehors, puisqu'il s'agit de (prenez une grande respiration) Regards Affligés Sur La Morne Et Pitoyable Existence De Benjamin Tremblay, Personnage Falot Mais Ô Combien Attachant... Vous comprenez pourquoi il est abrégé en Regards Affligés, non ? En dehors de son titre, cet album est grandiose, probablement le meilleur album de rock alternatif français. 18 titres, 47 minutes (donc, des titres courts) orchestrées par le multi-instrumentiste à la voix rocailleuse François Hadji-Lazaro. C'est parti pour le track-by-track de ce joyau du rock français, devenu culte en moins de temps qu'il ne faut pour le dire avec son avalanche de classiques !

Ecris-Moi : Titre d'ouverture juste imparable, d'emblée, on ressent le chef d'oeuvre. Musicalement, c'est l'un des sommets de l'album. La guitare est parfaite, la voix de Hadji-Lazaro est noire, enragée et calme à la fois. Chanson sombre comme tout le reste de l'album, Ecris-Moi est superbe ! Et, je le redis, quel titre d'ouverture !!

Marie La Rouquine : Un classique absolu, un monstre de Pigalle. Pendant un peu plus de 2 minutes, on est plongés dans la région de la Lorraine, à l'époque des mineurs de fond. Marie La Rouquine, c'est la monotone histoire de cette bretonne qui débarque en Lorraine pour finalement découvrir ce territoire de mineurs, et devenir l'égérie du charbon sous les caresses intimes des mineurs de fond... Un monument que cette chanson !

Une Nuit : Une musique totalement électro, industrielle, mais aussi et surtout des paroles violemment pornographiques, qui pourraient presque faire rappeler le Gainsbourg des années 80. Ce n'est pas poétique du tout, c'est carrément du sexe brut et cru: "piquet", "triangle d'or" sont de la partie dans ce Une Nuit brut de décoffrage, et qui constitue un choc dans Regards Affligés, clairement ! Un clip est sorti, assez osé également !

Le Tourbillon : Reprise punk-rock de la célèbre chanson de Jeanne Moreau... Bien meilleur que la version originale, on s'en doute ! Le riff est génial, la réorchestration superbe. C'est court, mais c'est très efficace !

Y A L'Aventure : Et on arrive sur deux chanson très courtes, 1'30 chacunes. La première, c'est Y A L'Aventure, sans aucun doute un titre un peu mineur, racontant grosso modo le quotidien métro-boulot-dodo d'un parisien type. Pas extraordinaire, pas mauvais non plus, mais ça paraît un peu être du remplissage ! Bref, mineur.

Premières Fois : La seconde chanson de 1'30 est nettement meilleure. Ici, c'est juste divin musicalement. Les paroles, nostalgiques, sont aussi assez fendardes (je buvais du gin, et tu buvais du gin... citron/Je regardais tes yeux, mais y avait pas tes yeux, juste tes paupières penchées sur le verre !). Et comme je le disais, Premières Fois constitue une des meilleurs mélodies de l'album ! La fin en fade-up est magnifique... Excellent.

Les Lettres De L'Autoroute : Serait-ce la meilleure chanson de Pigalle ? Une des meilleures, en tous cas. De très loin la plus longue de l'album sous ses quasi-5 minutes, un pur sommet qui narre les aventures d'un constructeur d'autoroute qui écrit à sa femme une fausse réalité. Il lui dit que tout va bien, mais finalement, il se laisse aller dans ce monde cruel entre alcool, putes et séduction... A chaque partie des paroles correspond un thème musical différent, et vous aurez compris que Les Lettres De L'Autoroute est une merveille ! Le meilleur titre de l'album, tout simplement !

Dans La Salle Du Bar-Tabac De La Rue Des Martyrs : Et le tube absolu... Le classique des classiques Pigallien... Tout le monde connaît cette chanson immense, un des meilleurs passages de ce disque fabuleux. Pas besoin que je m'y attarde, quiconque a déjà entendu cette chanson sait à quel point elle est magistrale !

Sophie De Nantes : Acoustique et superbe. Un des moments légers de l'album. Et pourtant, une chanson sombre, triste, comme la plupart de l'album. Titre aussi franchement court, ce qui est le cas de la plupart des sommets de l'album, et est un point bien faible et dommage... Mais ne boudons pas notre plaisir, ce superbe Sophie De Nantes est indispensable !

Eternel Salaud : Autant Les Lettres De L'Autoroute est drôle dans son genre, autant Eternel Salaud est carrément noire, très noire. Une des plus sombres de l'album, pour tout dire. Une histoire de couple brisé à cause de ce salaud de mari, qui se fait également le narrateur. Et je t'aimerais encore, te traîtant de putain, avec tous mes copains, le soir au bar du coin ! Tel est le final de la chanson. Désespérée et volontairement pleine de clichés... Immense !

Chez Rascal Et Ronan : Ca peut paraître idiot, mais cette chanson me fera toujours frissonner jusqu'au plus profond des tripes. Très nostalgique, cette chanson, qui parle des débuts des Garçons Bouchers, groupe mythique de punk français dans lequel Hadji-Lazaro officiait, mais aussi des Wampas, et de toute la scène alternative française en général, dans les bars de Paname. Chez Rascal Et Ronan est un sommet, il n'y a rien à dire d'autre. Rarement une chanson nostalgique n'aura été aussi émouvante. Une pure merveille !

Dans Les Prisons : Une de mes préférées de l'album. L'histoire d'un mec qui, par désespoir de sa relation avec sa femme, se met à enchaîner les conneries, et finit en taule, pour ne découvrir qu'un désespoir encore plus grand. Comme le dit Hadji-Lazaro, ce type en a gros sur la patate, et la prison n'arrange rien ! La musique très speedée s'accorde parfaitement avec l'histoire. Pourquoi c'est pas plus long, bordel ?? 2'03 seulement pour cette tuerie...

Angèle : Un des classiques de l'album, pour lequel un clip sera fait. Et pourtant, Angèle est l'une des chansons les plus courte du disque ! Sous des arrangements électro-rock, un texte bien fendard et assez érotisant sur cette Angèle. Encore une fois, une excellente chanson, même si pas une des meilleures de l'album.

En Bas, En Haut : Deux quartiers de Paname en comparaison. En bas, c'est le quartier chinois, c'est Chinatown. En haut, c'est la belle mais malsaine place de Clichy et ses bars. En bas, c'est assez lent et calme, c'est les couplets. Les refrains, en haut, c'est très speedé, ça représente les coups de feu du soir, comme dit dans le texte. Bref, pas besoin d'en faire des tonnes, En Bas, En Haut est géniale !

Le Chaland : 2 minutes, et on regrette que ça ne soit pas plus long, parce que c'est tout simplement admirable. Le Chaland est une chanson déchirante, racontant l'histoire d'un homme seul, attendant au bar, attendant éternellement... le chaland. Musicalement, c'est juste sublime, et au final, Le Chaland est l'une des plus belles chansons de l'album, une chanson qui retourne et sera encore plus forte en live ! Immense.

Un Petit Paradis : Encore une chanson nostalgique, un très bon titre bien pop-rock qui parle une nouvelle fois de Paris, comme la plupart des chansons de l'album. Pas une des meilleures, mais tout de même une assez bonne chanson !

Paris Le Soir : Un des sommets de l'album ! Titre très sombre, encore sur Paname (rien que le titre le dit !), encore et toujours sur Paname. Rythmique d'enfer, gratte superbe et discrète dans un esprit purement Pigallien... Bref, Paris Le Soir est un chef d'oeuvre de plus dans cet album géant !

Renaître : Une des plus longues de l'album, ce Renaître ! Et aussi le final. Pas exceptionnel, un peu mineur et longuet pour tout dire, mais ça reste quand même acceptable. C'est un seul et même texte ad vitam aeternam. Pas grandiose, mais une bonne conclusion !

Et voilà ce qu'est Regards Affligés: un album sombre et monumental, qui enferme l'auditeur dans un Paris sombre et crépusculaire. Ce disque a 20 ans mais il ne vieillit pas, et, si Pigalle fera d'autres excellents albums par la suite (Rire Et Pleurer, notemment), celui-ci reste leur sommet, et le sommet de Hadji-Lazaro, tous groupes confondus. Un inoubliable album.