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Attention, album polémique, article polémique, pour ce nouveau Track-by-track ! Le troisième album d'Hubert-Félix Thiéfaine, sorti en 1980 sous une atroce pochette laissant présumer d'un nanar musical des plus abjects. Ce troisième album s'appelle De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? et c'est le dernier album de Thiéfaine avant son revirement de style musical (plus rock, moins folk bouseux et givré). L'album contient 8 titres, dont trois classiques du chanteur jurassien, mais il contient aussi une ou deux belles petites merdes. En fait, l'album, que voici, est très inégal, mais j'avoue mieux l'apprécier maintenant qu'autrefois, sans toutefois l'adorer :

Psychanalyse Du Singe : Intro remarquable dans laquelle on entend un bruit de bistrot, puis Thiéfaine toussoter et dire au barman, d'une voix alcoolisée, Tu...tu vois... si j'étais Dieu, ben j'croirais pas en moi...mais...Mais si j'étais moi, ben...J'me méfierais... Puis une musique bien nanarde surgit, on croirait entendre les Martin Circus, c'est vous dire si ça passe difficilement ! Heureusement, Psychanalyse Du Singe est meilleur par la suite, avec des paroles assez tordantes (allusion au Voyage Au Pays Des Vivants de Johnny Hallyday, via l'allusion à un éléphant mort le jour de sa naissance, et que Thiéfaine, depuis, porte autour du cou...moins pratique que pour le scarabée de Johnny, hein ?). Dans l'ensemble, c'est sympa, très rock, un peu cacophonique, mais sympa.

Groupie 89 Turbo 6 : Un titre de chanson à la gomme, incompréhensible comme il en existe pas mal chez HFT (Alligators 427, par exemple). Là, c'est l'histoire d'un homme, un chanteur probablement (car une groupie est une fille qui accompagne, qui suit un chanteur ou un groupe dans ses pérégrinations), qui se tape une fille un peu bizarre, très baraquée, violente, cruelle, agressive, dominatrice, qui lui fait subir mille sorts. Le pauvre. Mais ça a l'air de bien lui plaire, en même temps (Aaah !, tu n'es pas la première fille qui me tape/Tape-moi encore, plus fort...Aaaaah !). Musicalement, un peu moyen, mais quand même très drôle. Trop long, en tout cas (5 minutes).

L'Amour Mou : Une des plus mauvaises chansons de l'album, avec 2,27 minutes au compteur (la plus courte). e chant est speedé, ultra speedé même, une histoire d'amour entre deux jeunes gens se rencontrant dans la gare de Saint-Lazare, et se quittant au même endroit. Le refrain, chanté très calmement, est totalement givré et me fera toujours bien marrer (la voix de HFT quand il dit, très sobrement, L'amour le mord, l'amour le moud, l'amour ça mord, l'amour c'est mou, l'amour ça meurt à la mi-août, sans mots, sans remords ni remous). L'Amour Mou est franchement mauvais, mais c'est quand même rigolo.

Scorbut : Selon la pochette, Scorbut est une chanson présente dans un film du nom de Rock A La Préfecture. Après consultation du Web, ce film est apparemment tombé dans un oubli absolu (seule certitude : il existe et est sorti). J'imagine un gros navet comique bien pourrave tourné avec trois francs soixante-seize, des 'acteurs' inconnus, peut-être dans la région de Dôle (Jura, d'où est originaire Thiéfaine) ou en région parisienne (plus probable), et qui n'a pas du rester très longtemps dans le peu de salles où il est sorti. Bref, oublions. Mais la chanson ? Je l'adore. Hé oui. Bon, elle est nulle, c'est vrai, mais fendarde au plus haut point, avec sa mélodie de limonaire de fête foraine, son accent bouseux franc-comtois impayable, ses paroles délirantes (le passage du chien, le refrain, le pont du cheval deux trois). Bref, c'est à chier, mais hilarant !!

Comme Un Chien Dans Un Cimetière (Le 14 Juillet) : Achevant la première face, cette chanson est la plus mauvaise de l'album. De plus, elle est vraiment trop longue, avec ses 4,47 minutes ! Les paroles sont franchement mauvaises (T'as été à l'herbe aux lapins mais t'as fait un faux numéro/Si tu crois que j'en ai du chagrin, téléphone à la météo... mais ça veut dire quoi, ça ??). Mélodie faussement reggae, avec ces claviers assez lourdingues à chaque fin de couplet, ces choeurs insipides sur les refrains, cette voix morne de HFT, qui se la joue je m'emmerde en chantant ça (ça se sent)... Franchement, mis à part une ou deux trouvailles de texte (Le ciel est bleu, le jour est J, la bombe est H, mais mon grand-père s'ennuie), c'est à bannir !!

De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? : Aah, que c'est délirant ! Ouverture de la face B en fanfare avec cette chanson-titre qui, en 4 minutes, montre Thiéfaine déclamer son texte avec un arrière-plan musical très zen et classique. Paroles VRAIMENT dingues, hilarantes, je me tape souvent une bonne grosse barre en écoutant ce morceau : Je claquerai connement la tête coincée dans un strapontin/Ce sera pendant l'été de 1515 sur l'aéroport de Marignane/Je claquerai vraiment connement, mais je ressusciterai le troisième jour, et ce troisième jour sera l'avant-veille de l'attentat de Sarajevo... ou ce cultissime J'étais beau comme un passage à niveau, et toi, tu étais douce, douce comme les roubignolles d'un nouveau-né... ). C'est du Thiéfaine première période, donc, bien fendard et absurde ! Ca passe ou ça casse.

L'Agence Des Amants De Madame Müller : Presque 9 minutes (en tout, 8,48 minutes précisément) de folie furieuse. Attention, ce morceau se paie le luxe de commencer par une des introductions les plus minables et nullissimes qui existent. Cette intro, on dirait une bande-son d'un film de Max Pécas ou de Phillipe Clair (spécialistes des comédies franchouillardes abominables, navets absolus jamais drôles et misant tout sur la lourdeur et l'érotisme soft), vous dire le niveau ! Mais dès que la vix de Thiéfaine déboule, on plonge dans un océan de délire absolu. Quelques paroles absolument dingues et grandioses (Je joue de la chasse d'eau dans un orchestre de free-jazz, ça veut dire tout ce que HFT pense de ce courant musical...). Jamais long malgré sa durée, ce morceau est le sommet de l'album, et un des sommets du chanteur. Visitez sans plus tarder cette Agence Des Amants De Madame Müller !!

Vendôme Gardénal Snack : Déclamation finale qui, en 4,40 minutes (un poil longuet, non ?), offre un texte à la fois touchant et bien délirant. Vendôme Gardénal Snack, encore un de ces titres de chansons à la mords-moi-l'paf-si-ça-dépasse-du-fute, est une chanson poético-rigolote, qui laisse un arrière-goût bizarre, elle est vraiment inclassable. Pour tout dire, j'ai toujours eu du mal à savoir si j'aimais ou si je détestais ce titre, car c'est un petit peu des deux !!! En tout cas, ça ne laisse pas indifférent...

Au final, voilà ce qu'il faut retenir de ce disque foutraque : pochette merdique, deux chansons hautement nullissimes (mais l'une des deux reste quand même rigolote, L'Amour Mou), et une petite poignée de chansons plus réussies et même un immense classique probablement jamais (ou très rarement) joué live, cette L'Agence... de folie.  Ce troisième cru du Franc-Comtois est, de son propre avis, mineur, Thiéfaine, une fois le disque enregistré (dans un climat tendu, le groupe l'accompagnant commençant à se désolidariser), s'en désintéressera pour préparer son suivant, Dernières Balises (Avant Mutation) de 1981, qui sera un changement de cap radical. Pour en revenir à ce disque de 1980, il n'est pas nullissime, mais pas génial. Oui, c'est moyen, parfois même médiocre, mais allez savoir, j'ai appris à l'apprécier (sauf la cinquième chanson) !