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Voilà un authentique trésor, un chef d'oeuvre absolu, sorti en fin d'année 1971 sous une pochette mythique ne contenant aucune inscription (ni nom de groupe, ni nom d'album, ni même numéro de série ou mention de la maison de disques). C'est le quatrième album de Led Zeppelin, et il ne porte aucun titre, si ce n'est, sur l'étiquette du disque vinyle et sur les tranches des CD, une série de quatre runes, quatre symboles étranges représentant les quatre membres du groupe (dans l'ordre, Page, Jones, Bonham, Plant). On appelle ce disque Four Symbols, The Runes LP, Zoso (rapport au premier symbole, qui fait penser à ce mot ne voulant rien dire), ou bien, tout simplement, l'Album sans nom. Ainsi que Led Zeppelin IV, tant qu'à faire. Ce disque, le voici :

Black Dog : Avec son chant inspiré par le Oh Well de Fleetwood Mac (1969), Black Dog, qui tire son nom d'un chien noir qui venait rendre visite aux Zeppelins lorsqu'ils enregistraient à Headley Grange (le cottage, ancienne maison d'Aleister Crowley, dont Jimmy Page, il me semble, avait fait acquisition), est une remarquable chanson introductive pour l'album. Presque 5 minutes de folie, Plant en forme, Page offrant un solo remarquable en final, et quelle rythmique... Une chanson absolument grandiose, et c'est peur de le dire, même s'il y à aussi et surtout nettement meilleur sur l'album !

Rock And Roll : Inspiré (et fortement !) par le Keep A-Knockin' de Little Richard, Rock And Roll est une des chansons les plus efficaces et emblématiques du groupe, qui l'interprétera quasiment à chaque concert. La chanson est courte, moins de 4 minutes (3,40 exactement), mais radicale, du pur hard-rock bien vibrant, chant puissant, riff de folie, batterie de malade (John Bonham était vraiment un titan de la batterie, voir l'intro du morceau)... Pas mon préféré du groupe, ceci dit, mais rien à dire, c'est immense !

The Battle Of Evermore : Chanson historique, car The Battle Of Evermore est la seule chanson de tout le répertoire de Led Zeppelin à être un duo vocal (et qui plus est, avec une chanteuse, Sandy Denny, du groupe de folk-rock anglais Fairport Convention). Une chanson magnifique qui, en presque 6 minutes, aborde un sujet fréquemment utilisé dans le rock : la fantasy. Plus exactement, il y à beaucoup d'allusions au roman de Tolkien Le Seigneur Des Anneaux, ici (allusion au Ringwraiths, les Esprits Servants de l'Anneau, ou Nazgùls). Une chanson assez folk, douce, enivrante, tout simplement somptueuse, angéliqe... Un sommet.

Stairway To Heaven : Devant telle perfection, je ne peux que me taire. Oui, je sais, je joue la carte de la fainéantise pour ce coup, mais que dire devant telle chanson ?

Misty Mountain Hop : Petite (enfin, petite...) chanson pop pour ouvrir l'album, sur une mélodie très sympathique et sautillante. On y parle de montagnes brumeuses, encore une allusion au Seigneur Des Anneaux (les Monts Brumeux, chaîne montagneuse de la Terre du Milieu, où se trouvent notamment les Mines de la Moria, territoire des Nains), mais la chanson semble aussi et surtout aborder le sujet des drogues, qui n'était pas inconnues du groupe à l'époque, loin de là... Très sympathique et pop, Misty Mountain Hop est une très belle chanson. Sa position (juste après Stairway To Heaven, même si un changement de face les sépare) la rend un peu fragile, difficile de passer après la quatrième chanson, en même temps ! Mais une très belle chanson.

Four Sticks : Intitulée ainsi en raison du fait que John Bonham joue avec quatre baguettes ('quatre baguettes' est la traduction littérale de 'four sticks'), deux dans chaque main (on entend un léger cliquetis, sur tout le morceau, rapport à ça), Four Sticks est une chanson très efficace, à l'ambiance légèrement orientalisante (selon moi). Ce n'est pas le sommet absolu de l'album, mais cet album ne contient strictement aucune mauvaise ou moyenne chanson. C'est aussi un des moins réputés de l'album avec le précédent, mais, franchement, difficile de détester cette chanson très efficace ! J'avoue cependant que, des 8 titres, c'est celui que j'ai mis le plus de temps à adorer.

Going To California : Sublime ballade acoustique, de toute beauté, qui n'aurait pas dépareillé sur Led Zeppelin III (quasi-intégralement acoustique). Racontant les aventures du groupe lors de leur tournée américaine, Going To California est une pépite magnifique, courte (avec 3,2o minutes, c'est la plus courte de l'album), qui sera souvent interprétée live, notamment durant les mini-sets acoustiques que le groupe faisait parfois (voir How The West Was Won ou le DVD Led Zeppelin). Une chanson très touchante et, surtout, attachante. J'adore !

When The Levee Breaks : Là encore, que dire ? En 7 minutes, cette chanson, librement inspiré d'un standard blues de Memphis Minnie (le traitement rock rend l'adaptation méconnaissable), est celle que Jimmy Page disait préférer sur l'album, devant Stairway To Heaven, dont le côté culte l'agaçait quelque peu (lui et Plant ont parfois parlé de cette chanson en la qualifiant de 'chanson de mariages'...). When The Levee Breaks est le deuxième sommet de l'album derrière la chanson de mariages, donc, et devant The Battle Of Evermore. N'importe quel album de rock contenant au moins une de ces trois chansons serait assuré d'être quintessentiel et veinard. L'Album sans nom, lui, a les trois ! Pour en revenir à cette chanson, bluesy (harmonica fantastique de Plant) et rock en même temps, elle déchire totalement. Le riff de Page est juste irrésistible, et Bonham est en forme olympique (Studio...Olympic Studio, ah ah ah) ici. Magistral. 

Au final, rien à dire, 42 immenses minutes, le plus grand album de Led Zeppelin, un de mes albums de chevet, par excellence (c'est aussi avec cet album que j'ai vraiment découvert le groupe). Cet Album sans nom est, malgré son âge (40 ans cette année !), un must-have absolu, un disque imparable, contenant trois chansons inoubliables (inutile de les citer à nouveau), et les 5 autres sont fantastiques. Rien à jeter, un Led Zep au sommet de son art, un disque surpuissant !