Endless-Boogie-Full-House-Head

Attention, choc absolu. Je sais, ce disque n'a jamais été abordé ici en tant que tel, mais un tel chef d'oeuvre absolu méritait bien un track-by-track. Full House Head est le deuxième album d'un groupe de blues-rock psychédélique américain, nommé Endless Boogie. Mené par Paul Major, un mec que, personnellement, je n'aimerais pas croiser dans la rue, Endless Boogie est un groupe très méconnu chez nous, et c'est bien dommage. Bon, pas du tout commercial, en même temps: rendez-vous compte, ce Full House Head sorti l'année dernière contient 8 titres pour... 76 minutes de musique ! On imagine donc aisément que Endless Boogie ne passe pas à la radio. De plus, le groupe est extrêmement rare sur Internet (aucune page Wikipedia, aucune trace sur Deezer ou autres...). Mais en fouillant à la FNAC, vous devriez trouver ce Full House Head absolument remarquable et immense en tous points. C'est parti !

Empty Eye : L'album s'ouvre sur l'un de ses sommets... Un monumental blues-rock bien acide et sauvage de 9 minutes. La chanson reste probablement la plus accessible de l'album, comparé à certains morceaux vraiment space qui suivront. Mais, en tant que tel, ce Empty Eye féroce et de toute beauté devrait ravir n'importe quel fan de blues et de rock. La voix de Paul Major est incroyablement dingue, difficile d'accès. Bref, on ne saurait rêver un meilleur titre d'ouverture... Grandiose !

Tarmac : L'un des deux morceaux courts de l'album. Et "court", c'est relatif, puisque Tarmac dure quand même 5 minutes ! Le morceau est d'une puissance extrême, incroyablement ravageur, presque hard-rock. Et quoiqu'il en soit, on ne s'ennuie pas une seconde face à ce sommet de rock burné qui passe comme une lettre à la poste. Encore une fois, quintessentiel !

Slow Creep : Joyau. C'est le mot qui convient. Une splendeur absolue et longue (10'50), voilà ce qu'est Slow Creep. Morceau assez étrange aussi, qui dégage une atmosphère assez froide au début. Slow Creep est en réalité une sorte de crescendo infernal, un sommet de montée en puissance langoureuse. Très calme contrairement aux deux titres qui l'entoure, il démarre comme du Radiohead, en tout cas, le son de gratte y fait penser. Quand la voix du dégénéré Major déboule, on sait malheureusement qu'on est vers la fin du morceau. 8 minutes sont passées en effet, pourtant, on a l'impression que c'est à peine trois minutes qui se sont déroulées, tellement Slow Creep est fascinant. Mo-nu-men-tal !!!

Mighty Fine Pie : Immense rock limite hard à la Steppenwolf, Mighty Fine Pie est dans la lignée de Tarmac, dévastateur. Refrain imparable qui fait se trémousser, voix de Major que l'on croirait à nouveau sortie d'une grotte au plus profond de l'ère Cro-Magnon... 6'30 bourrines et parfaites de bout en bout. Nous sommes revenus 40 ans en arrière, à l'époque de Steppenwolf et des premiers pas de Led Zep... Insurpassable !

Top Dollar Speaks His Mind : Du pur Doors expérimental. Cette fois, Major fait revivre Morisson à travers ses braillements. Nul doute que le charismatique leader des Doors a été une grande source d'inspiration pour celui d'Endless Boogie. Et je pense que les Portes n'auraient pas renié ce Top Dollar Speaks His Mind qui demeure le moment de bargerie de Full House Head. Totalement chiadé et difficile d'accès, un morceau totalement oppressant, que l'on appréciera pas forcément à la premère écoute (perso, lors de ma première écoute, il m'est apparu comme étant le point faible, mais il est finalement tout aussi fort que les autres morceaux). Immense jam, immense riff, immense solo, et on peut continuer jusqu'à la fin des temps avec le mot "immense" tant Top Dollar Speaks His Mind est... immense !

Pack Your Bags : Plus on avance dans le disque, plus on se rend compte à quel point Paul Major, du moins en tant que chanteur, est un malade. Ici, c'est carrément des rugissements qu'il pousse. Ce Pack Your Bags est un pur monument, un des meilleurs titres de Full House Head. Un bon gros blues-rock putainement trippant, une grosse furie sauvage, un voyage dont on ne sort pas indemne. Je ne vois même pas quoi dire d'autre !

New Pair Of Shoes : Titre le plus court de l'album avant la claque finale, et également le plus concis. Le plus bourrin, dirons-nous, musicalement parlant. Ici, Major atteint son sommet de bargerie, en se mettant dans la peau d'un John Lee Hooker zombie qui serait revenu parmi les vivants pour chanter. Et ce New Pair Of Shoes, bien qu'étant le titre le moins fort de l'album, demeure clairement génial et décalé.

A Life Worth Leaving : Et là... Alors là... Mes aïeux, comme certains diraient... 22 minutes. 22 putain de minutes à travers lesquelles Endless Boogie réalise un coup de maître, un sommet totalement oppressant et bien malsain, qui clairement, retourne. A la manière du Fracture de King Crimson. Rien que ça. Sauf qu'ici, on est dans le blues rock. A Life Worth Leaving, c'est un monument inégalable qui emprisonne peu à peu l'auditeur dans la musique. C'est un morceau qui achève lentement mais sûrement celui qui écoute. Malgré cela, les 22 minutes passent comme une lettre à la poste, Endless Boogie fait très fort que ce soit dans la forme ou dans le fond. A Life Worth Leaving est un crescendo tuant et mémorable, que vous n'oublierez pas même si vous ne l'écoutez qu'une fois dans votre vie. La production assez crade convient parfaitement. Clairement, A Life Worth Leaving est un tétanisant sommet de musique blues et rock que tout le monde se doit d'écouter.

Et voilà comment un groupe ultra-méconnu a sorti dans l'ombre l'année dernière un des sommets absolus du rock actuel, et même du rock tout court, je le pense vraiment. Précisons, chose effarante, que ce disque a été enregistré en... deux heures ! Quand j'y repense, quelle putain de chance j'ai eu de passer à la FNAC au moment où cet album était en fond ! Clairement, ce gros barnum mélangeant Doors, ZZ Top, Led Zep, Steppenwolf, John Lee Hooker et autres, ne sera pas surpassé avant un bon bout de temps. Ce que je sais, d'ores et déjà, c'est que ce disque est rentré, clairement, dans mon panthéon personnel. En un mot comme en cent:

INDISPENSABLE !!!