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Attention, sommet ! Pour ce nouveau Track-by-track, un disque scandaleusement oublié, n'ayant eu que peu de succès à sa sortie, mais capable de rivaliser avec n'importe lequel des premier albums de Led Zeppelin (jusqu'au quatrième sans nom) : Beck-Ola, deuxième album du Jeff Beck Group, sorti en 1969. Quel groupe ! Jeff Beck à la guitare, Ron Wood (futur Faces et Stones) à la basse, Rod Stewart (futur Faces et solo) au chant, Nicky Hopkins au piano, Tony Newman à la batterie. Le but de Beck était de faire un disque sauvage, carnassier, afin de faire ravaler sa gloire à Led Zeppelin, afin de prouver à Jimmy Page, du Zep', ancien complice de Beck au sein des Yardbirds et ayant piqué pas mal d'idées de Beck pour Led Zeppelin, afin de lui prouver, donc, qu'il peut faire plus bourrin et heavy que lui. Même si l'album de Beck n'aura que peu de succès, l'exercice est couronné de réussite, cet album étant plus heavy que Led Zeppelin II sorti la même année ! Et ce disque, le voici :

All Shook Up : Reprise frappante, tapageuse, brutale et totalement réussie d'une chanson d'Elvis Presley, All Shook Up permet à Rod Stewart de briller, pour la première fois sur l'album. Voix si particulière de bluesman blanc, voix de lad en furie et en goguette ; oubliez le chanteur de D'Ya Think I'm Sexy ?, il n'en a jamais été aussi éloigné ! Guitare en fusion, basse parfaite, batterie tueuse, et ce piano pour contrebalancer tout ça... Immense !

Spanish Boots : Magnifique chanson, dotée d'un solo de basse (en final) remarquable de Ron Wood. Woody est un bon guitariste, mais il était meilleur à la basse qu'à la guitare, franchement, et Spanish Boots le prouve totalement. La chanson est bourrine comme il faut, pas subtile, mais franchement efficace. Un petit chef d'oeuvre !

Girl From Mill Valley : Un instrumental radicalement opposé au reste de l'album, et pour cause : on y entend uniquement le piano de Nicky Hopkins (lequel était un remarquable pianiste rock). Girl From Mill Valley est une pièce instrumentale magnifique, reposante, le calme pendant la tempête de l'album. C'est juste magnifique, pas de violence ou de tension ici, juste un sublime moment de douceur pianistique...

Jailhouse Rock : Autre reprise du King Elvis pour achever la première face de Beck-Ola, et pas n'importe laquelle, Jailhouse Rock. Encore une fois, ambiance de feu et un Rod Stewart en forme olympique pour une reprise très efficace, même si c'est, aussi, le moins bon des morceaux de la première face. Et comme les trois morceaux de la face B sont supérieurs à cette reprise, on peut donc dire que, malgré que Jailhouse Rock soit efficace, c'est le moins bon des 7 titres de l'album ! Après, faut relativiser, c'est tout de même excellent.

Plynth (Water Down The Drain) : Petite intro au piano, guillerette, boogie, mais ça ne dure que quelques minuscules secondes. Le reste de ce Plynth (Water Down The Drain) est du pur hard-rock bien bourrin, interprété à la perfection par un Jeff Beck Group au sommet, encore une fois. Que demander de plus pour ouvrir, avec force et fracas, la face B de ce si magnifique album ? Ce morceau, il me semble, a été utilisé en face B du single Jailhouse Rock.

The Hangman's Knee : Un blues-rock haletant faisant penser au meilleur de Led Zeppelin, c'est dire si The Hangman's Knee est puissant ! Le riff, l'ambiance, le chant, tout est lourd, ici, pesant (volontairement), blues, sombre, on y parle, après tout, d'un bourreau, et d'un homme, à ses pieds, le suppliant de l'épargner, un peu comme le Gallows Pole de Led Zep (avec un an d'avance, et en mode hard, Gallows Pole étant acoustique). Quasiment 5 minutes de total bonheur.

Rice Pudding : Autre instrumental, mais cette fois-ci, pas de douceur ! En 7,20 minutes (le morceau, et donc l'album, se finit brutalement, en plein riff), Rice Pudding offre un défilé hallucinant de riffs, de breaks, de tension rock absolue. Hendrix lui-même piochera un riff dévastateur (celui qui ouvre le morceau, je crois) dans ce titre pour son In From The Storm (voir le live Blue Wild Angel : Live At The Isle Of Wight). Dans l'ensemble, ce titre, le plus long de l'album, est un pur trésor hard-rock, une réussite absolue qui montre toute l'étendue du talent de Jeff Beck.

Au total, 30 minutes et des poussières, seulement 7 titres, mais quel sommet ! Sous sa pochette utilisant La Chambre D'Ecoute de Magritte (et qui semble par la même occasion une pique aux Beatles...), Beck-Ola, sous-titré Cosa Nostra sur la pochette, est un sommet absolu de hard-rock, presque du heavy-metal tant la musique est, ici, lourde, saturée, chargée. Musiciens en forme, chanteur extraordinaire (littéralement, Rod Stewart est crédité ainsi sur la pochette), chansons de folie, production puissante, ce disque est un joyau brut ! Indispensable, donc.