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Pour ce 96ème Track-by-track, un disque que j'affectionne particulièrement, sorti en 1977 : Bat Out Of Hell, premier album de Meat Loaf, un hard-rockeur à la voix incroyable (une des plus mythiques et belles du rock), et au look tout aussi incroyable, bien représenté par son nom de scène ('tas de viande'), vu que Meat Loaf est rondouillard (et même un peu gros) et de taille plutôt moyenne. Bref, pas un canon de beauté ! Mais il a du coffre, et une présence scénique indéniable. Ce disque, écrit par Jim Steinman et produit par Todd Rundgren (qui joue de la guitare sur l'album), ne contient que 7 titres, pour 47 minutes, et est un chef d'oeuvre. Ce sera aussi une des plus grosses ventes d'albums de l'histoire du rock, et cet album, ben, le voici :

Bat Out Of Hell : Intro légendaire. Oui, légendaire, aucun autre mot ne convient. Musiciens en grande forme (et quels musiciens : Roy Bittan et Max Weinberg du E Street Band de Springsteen ; Rundgren ; Jim Steinman ; Kasim Sulton ; Edgar Winter, même s'il ne joue pas sur ce premier titre offrant 9,50 de bonheur), Meat Loaf aussi en grande forme... Une chanson très longue, la plus longue de l'album, et totalement pharaonique. De son intro à son final, Bat Out Of Hell, c'est l'épopée rock dans toute sa splendeur. Comment une chanson parvient-elle à être aussi métallique et aussi douce en même temps (grâce à la voix de Meat Loaf, au piano cristallin de Bittan aussi) ? En tout cas, c'est juste parfait. Le sommet de l'album.

You Took The Words Right Off My Mouth (Hot Summer Night) : Passé son intro spoken-word assez kitschissime (duo entre Ellen Foley et Meat Loaf) et un début de chanson (musicalement parlant) également kitschissime (j'ai toujours pensé à ABBA en entendant le son de guitare...), cette chanson est franchement pas mal du tout. Elle a l'étoffe d'un tube, et est même sortie en single. C'est une chanson pop et rock, pas très violente, au climat assez kitsch, rétro, on pense aux années 60, American Graffiti, etc... Pas le sommet de l'album, mais honnêtement, très très bon ! I bet you say that to all the boys...

Heaven Can Wait : Une belle ballade/complainte, la voix du tas de barbaque, ici, est touchante, belle à en crever, douce comme un agneau en train de téter les pis de sa mère... Sans doute est-elle trop douce, sans doute Heaven Can Wait est, aussi et surtout, un peu trop longue (4,40 minutes, pourtant loin d'être la plus longue de l'album !), mais elle n'en demeure pas moins une très belle chanson. La moins violente de l'album, celle qui plaira aux fans de douceurs en tous genres. Mais elle est un peu à part sur l'album, je dois dire ! Attention, ce n'est pas la moins bonne, loin de là !

All Revved Up And No Place To Go : Une chanson très énergique achevant la face A avec force, mais c'est aussi la moins exceptionnelle de tout l'album (et la plus courte, avec 4,20 minutes). Ce qui est sûr et certain, c'est qu'après une telle chanson, on a vraiment envie de retourner le disque (ou de laisser le CD se poursuivre) pour écouter la suite de l'album, mais All Revved Up And No Place To Go (les titres de chansons de Meat Loaf sont souvent très longs) déçoit quand même un petit peu...

Two Out Of Three Ain't Bad : Très belle ballade pour ouvrir la face B, une chanson assez sympathique, malgré des paroles et un refrain qui font, franchement, slow pour ménagères (I want you, I need you, but there ain't no way, I'll never gonna love you/So don't be sad/'cause two out of three ain't bad : 'Je te veux, j'ai besoin de toi, mais pas moyen, je ne t'aimerais jamais/Ne sois pas triste/Deux sur trois, c'est déjà pas mal'), bien que les paroles soient un peu machistes et cyniques. Meat Loaf chante bien, c'est, dans l'ensemble, très très correct ! Le meilleur reste à venir, pour cette face B.

Paradise By The Dashboard Light : Chanson longue (plus de 8 minutes) sur un cap difficile à passer de l'adolescence, le premier flirt (poussé), le premier rencart entre un garçon et une fille. Ici encore, ça fait vraiment American Graffiti, on imagine aisément les deux jeunes tourtereaux (la chanson est un duo entre Meat Loaf et Helen Foley, et est en trois sous-parties) dans une bagnole, avec du rock'n'roll ou un match de base-ball sur l'autoradio, dans un coin isolé où personne ne les emmerdera pendant le rencart. Le garçon tente d'embrasser la fille, qui ne se laisse pas forcément faire... Le passage où la fille demande à son amoureux s'il l'aimera toute la vie et où il répond Oui plusieurs fois pour la faire taire et, enfin, se la faire, me fera toujours rire, on sent bien la frustration dans la voix de Meat Loaf ! Chanson remarquable, il faut bien le dire.

For Crying Out Loud : Autre sommet absolu après la chanson-titre, For Crying Out Loud vous fera chavirer. La chanson démarre lentement, calmement, c'est même déchirant, la voix du tas de viande est sublime, douce, mélancolique. Peu de musique, puis, lentement, des arrangements lyriques arrivent, au fil du morceau, et vers son centre (la chanson atteint les 8 minutes), c'est l'explosion libératrice, tout pète, et ça devient de plus en plus énorme. Même si le début, tout en calme, en sobriété, est sans doute le meilleur moment de la chanson. For crying out loud, you know I love you... Un grand moment, achevant à la perfection un remarquable album assez injustement décrié de nos jours (le reste de la carrière de Meat Loaf, c'est vrai, est médiocre).

 Au final, que dire ? Oui, c'est très produit, limite symphonique, avec arrangements bien pompeux, et le chant lui-même est assez chargé, parfois (même si Meat Loaf, de son vrai nom Marvin Lee Aday, acteur occasionnel et ayant joué Eddie dans The Rocky Horror Picture Show, sait aussi chanter d'une voix douce). Mais l'album, malgré ses dérives symphoniques, n'en demeure pas moins un monstre du hard-rock, avec des sons tout simplement formidables (l'intro du morceau-titre...tout le morceau-titre, en fait, et les deux derniers, aussi). Dans l'ensemble, un album inoubliable et indispensable, même si on ne l'écoutera pas tous les jours (overdose à craindre, sinon) !