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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet de Queen, sorti en 1976, A Day At The Races. L'album fait penser au précédent, A Night At The Opera : le titre est, comme pour l'album de 1975, aussi celui d'un film des Marx Brothers ; le style de l'album (un fourre-tout entre rock, glam et hard) est identique ; et la pochette aussi est similaire, malgré le contraste de couleurs (celle de A Night At The Opera, malgré la mention 'night' du titre, est blanche ; celle-ci, malgré la mention 'day', est noire, et le graphisme est moins ciselé, moins subtil). Enregistré alors que l'Angleterre (le monde, même) va passer au punk-rock (Sid Vicious des Sex Pistols aurait croisé Mercury dans les studios, ils enregistraient en même temps, et la discussion aurait été courtoise, bien qu'un peu ironique, Mercury ayant appelé Sid Sid Ferocious), l'album, que voici, est une réussite absolue :

Intro/Tie Your Mother Down : A Night At The Opera commençait par une intro assez étrange, calme puis oppressante, avant de passer au premier morceau proprement dit (cette intro se trouvait cependant sur la plage audio du premier morceau, et pas séparément). Pour A Day At The Races, c'est pareil (et c'est aussi sur la même plage audio que le premier morceau). L'intro, ici, est assez nipponisante au premier abord, puis le son devient plus inquiétant, et, enfin, le riff de Tie Your Mother Down déboule. La chanson est un pur hard-rock qui remue son monde, une chanson efficace comme un coup de boule et qui sera jouée souvent en live. Chant énergique, groupe en furie (quelle guitare ! quelle batterie ! et la basse, évidemment), la chanson est limite punk, en fait. Une belle furie, et un des meilleurs moments de l'album, qui n'en manque de toute façon pas.

You Take My Breath Away : Changement radical de style avec cette chanson commançant par une petite aria de Mercury (solo vocal). Là, on touche au sublime, avec cette chanson, autant le dire ! Du piano (joué par Freddie) au chant, en passant par les choeurs (de Taylor et May, Deacon le bassiste n'ayant jamais posé de voix, même en choeurs, sur un album du groupe), You Take My Breath Away est juste inoubliable. C'est une ballade quasiment acoustique (peu de guitare, mis à part un beau petit solo sans violence, avec un son très queenien), très reposante, une des meilleures que le groupe ait offertes. On pense à Love Of My Life, en plus lyrique et avec le piano à la place de la harpe. Que dire ? Vraiment inoubliable.

Long Away : Mercury a beau être le chanteur officiel du groupe, il n'est pas le seul à poser des voix sur les albums de Queen. Dès le premier album (Queen, 1973), Brian May (guitare) et Roger Taylor (batterie) ont commencé à interpréter une chanson sur chaque album, et parfois plus d'une chanson (jamais plus de deux par album et par membre, cependant). Long Away est de ce fait interprétée par May, et sa voix si touchante. May ne devait pas souvent chanter ses chansons en live ('39, une de ses plus belles, est, sur le Live Killers, chantée par Mercury...qui la chante d'ailleurs bien, ce n'est pas le problème), et c'est dommage si c'est le cas, car celle-ci, notamment, est magnifique. Douce comme une pluie d'été, mélodique (superbes arpèges), chant parfait, Long Away a tout à fait sa place ici, c'est sublime, une de mes préférées de l'album, depuis la première écoute (il y à longtemps).

The Millionaire Waltz : Celle-là, en revanche, contrairement à Long Away, j'ai mis plusieurs écoutes espacées pour bien l'aimer (aujourd'hui, je l'adore, mais au départ, tout le contraire !!). The Millionaire Waltz est sans doute un peu trop longue (encore qu'elle ne dure pas si longtemps que ça, presque 5 minutes), mais est quand même superbe. Le chant de Mercury est bien queenien, dans le registre 'so very précieux, my dear' de, par exemple, Seaside Rendez-Vous ou Killer Queen. Beaucoup de choeurs, une mélodie très chargée (queenienne, quoi, avec ce son de guitare très symphonique, cher au groupe), une ambiance un peu 'valse', justement, comme le titre de la chanson l'indique. Oui, c'est une bien belle chanson, même s'il faut bien deux ou trois écoutes pour bien l'apprécier

You And I : Composée et écrite par Deacon (qui a signé de bien belles chanson pour le groupe : Another One Bites The Dust, par exemple), You And I achevait la face A avec douceur et tact, une sublime petite chanson aussi calme et touchante que faire se peut.Encore une fois, beaucoup de choeurs très réussis, et une partition de piano entêtante et parfaite. Une bien jolie petite chanson, assez courte (3,30 minutes), idéale pour marquer la rupture entre les deux faces.

Somebody To Love : Gros classique, gros tube, sorti en single, Somebody To Love ouvrait la face B avec efficacité. Cette chanson a été reprise par la suite par George Michael (au cours d'un concert en hommage à Mercury, où il joua, ainsi que d'autres artistes, avec Queen), qui a failli, un temps, rejoindre Queen pour une reformation (c'est Paul Rodgers qui a eu l'honneur, ou le déshonneur, vu que le résultat était franchement médiocre). Avec ses allures de gospel, avec ce chant inoubliable de Mercury (qui est ici en grande forme, sa meilleure performance vocale de l'album, probablement), Somebody To Love est ce que l'on appelle vraiment un intouchable, un gros classique. Le final est à tomber par terre (d'ailleurs, relevez-vous !)...

White Man : Après une telle douceur (Somebody To Love), et avant une autre (chanson suivante), place à un peu de violence : White Man est le deuxième hard-rock de l'album après Tie Your Mother Down (le dernier morceau hard-rock de l'album, aussi), et c'est le plus époustouflant des deux selon moi. Chanson teigneuse, virulente, sanguinaire, sur le massacre des Indiens d'Amérique par les Américains, les colons, les cow-boys. L'équivalent musical du roman Méridien De Sang de Cormac McCarthy. Une chanson brutale, efficace (riff et solo d'enfer !), Mercury, en forme, braille comme rarement il le fera par la suite. Un des derniers hard-rocks du groupe, en fin de compte, qui passera surtout à la pop dans les années à venir (il y aura encore quelques chansons bien heavy sur News Of The World, ceci dit). Grandiose.

Good Old-Fashioned Lover Boy : Chanson la plus courte de l'album (moins de 3 minutes), et bien qu'elle fasse partie des classiques (présence dans les best-ofs du groupe, jouée live, sortie en single, même, si je ne m'abuse), Good Old-Fashioned Lover Boy n'est franchement pas une chanson que j'affectionne plus que ça. Je ne la déteste pas vraiment, mais si je devais choisir une chanson à retirer à l'album, c'est celle-là qui y passerait. Je la trouve mièvre, kitsch (en même temps, je crois que c'était le but du groupe de faire une chanson rétro à la Seaside Rendez-Vous), la sauce ne prend pas, en tout cas, en ce qui me concerne ! Belle partition de piano, cependant.

Drowse : Long Away était interprétée par May, Drowse (le mot signifie 'sieste') est, elle, interprétée (et écrite et composée) par Roger Taylor. Taylor était habitué à faire des chansons assez énergiques (Modern Times Rock'n'Roll, The Loser In The End, I'm In Love With My Car, Tenement Funster, et par la suite Sheer Heart Attack, Fun It, Dancer), or Drowse est, elle, très calme, elle possède même un climat assez vaporeux, éthéré. Malgré un passage énergique, sec, dans son centre, mais ce passage ne dure pas. Je vais sans doute paraître bizarre à vous yeux, mais j'ai toujours adoré (et c'est toujours le cas) cette chanson. Encore plus fort, ce fut pendant un temps ma préférée de l'album !!! Je la trouve vraiment excellente, cette petite chanson, Taylor la chante super bien, elle mérite la découverte ! Bien meilleure que la précédente, en tout cas !

Teo Torriatte (Let Us Cling Together)/Outro : Chanson étonnante, la plus longue de l'album avec 6 minutes, et dont les dernières secondes reprennent le thème d'intro de l'album (bref, un cycle parfait). Mais Teo Torriatte (Let Us Cling Together) est une chanson assez progressive, sans, toutefois, de synthés (Queen, de 1973 à 1978, n'en a jamais utilisé, et l'indiquait fièrement sur ses albums), mais avec changements de rythmes, différentes (petites) parties. On notera un passage en japonais (le refrain), ce que Queen a fait pour faire plaisir à ses nombreux fans au Japon. Une chanson très belle, assez lyrique, pas trop violente malgré de belles envolées. Une de mes préférées de l'album, même si le passage choral final m'a toujours un peu gêné, ça fait vraiment 'Les 500 choristes' comme sur TF1 !

 Au final, A Day At The Races est un disque aussi raffiné que parfois très rock (White Man est un bon gros hard-rock qui tâche tandis que les deux morceaux qui le sandwichent sont très calmes), une réussite absolue de la part de Queen. Même si leur album suivant, News Of The World, sera très réussi, A Day At The Races reste quand même le dernier chef d'oeuvre de Queen, du moins jusqu'à Innuendo en 1991, même si Innuendo est quand même légèrement moins époustouflant que les albums de la période 1974/1976, la meilleure. Bref, ce disque de 1976 est un triomphe de plus pour la Reine !