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Pour ce 93ème Track-by-track, un disque essentiel, important, considéré dès sa sortie en 1972 comme un des meilleurs premiers albums de l'histoire du rock : Roxy Music, premier album (éponyme) de Roxy Music, groupe de glam-rock britannique ayant accueilli en son sein Brian Eno (qui partira après For Your Pleasure, le deuxième opus du groupe, en 1973). Au chant et claviers, Bryan Ferry ; à la guitare, Phil Manzanera ; aux claviers, Eno ; au saxophone et hautbois, Andy Mackay ; à la basse, Graham Simpson ; à la batterie, Paul Thompson. Tel est le groupe sur ce premier disque produit par Peter Sinfield (ancien parolier de King Crimson) et dont la pochette, très glamour, représente Kari-Ann Muller, ancienne petite amie de Keith Richards et future belle-soeur de Mick Jagger (première pin-up sur une pochette du groupe, il y aura, par la suite, Amanda Lear ou Jerry Hall). L'album ? Le voici :

 Re-Make/Re-Model : Après quelques secondes de bruit de foule, la chanson démarre. Et quelle intro ! Un piano entêtant et magnifique, le genre de mélodie qui reste immédiatement en tête. Mais ça ne dure pas, et la chanson explose quasi immédiatement, après ces quelques lignes de piano. I tried, but I couldn't find a way/Lookin' back, all I did is look away... Chanson admirable dans laquelle Ferry nous raconte qu'il est amoureux d'une certaine CPL 593 H, laquelle est une bagnole. Exemple parfait du son, Roxy Music, Re-Make/Re-Model contient un passage instrumental saissant pendant lequel chacun des musiciens du groupe s'offre un léger et court (quelques secondes) solo. On se souviendra de ceux de Mackay, Manzanera, Eno et surtout du bassiste Graham Simpson, lequel nous joue brièvement le riff du Day Tripper des Beatles avec sa basse. Une chanson fantastique !

Ladytron : Ladytron met du temps à démarrer, on est d'abord dans un climat très étrange. Eno nous offre un long tunnel sonore, ambiant et électro, futuristico-médiéval (difficile à décrire, mais magnifique à entendre). Quand la voix de Ferry déboule, surgie de nulle part, c'est à se p*sser dessus de bonheur. Inimaginablement beau. You got me girl on a runaround, runaround, you got me all around town... Puis la chanson démarre vraiment, et se finit d'une manière plus conventionnelle (si tant est que ce terme signifie quelque chose avec ce groupe : car on a droit aussi à un superbe solo de hautbois, et à un final destroy à la guitare). Totalement admirable, et probablement ma préférée de l'album, même !

If There Is Something : Chanson étonnante qui, en un peu plus de 6 minutes, s'offre le luxe de démarrer en rock pur, un peu beaucoup rétro, et de se finir à la Roxy Music, autrement dit, en glam déjanté et expérimental. Le début est assez amusant, même si la voix de Ferry, qui caricaturise d'une manière assez drôle les chanteurs de rock'n'roll un peu crooners (marrant, car Ferry est, dans un sens, un crooner), est un peu chiante. La suite du morceau, après un passage instrumental, est inimaginablement belle. Bref, ce morceau démarre bizarrement, et pas très remarquablement selon moi, mais il se finit en beauté (ce piano !!! La voix de Ferry ! Les choeurs !). Autre grand classique du groupe.

Virginia Plain (absent du vinyle original) : Comme je le précise, Virginia Plain ne se trouvait pas sur l'album initial, qui ne contenait donc que 9 titres. Mais cette chanson, qui sortira en single en même temps que le disque (pratique courante à l'époque, de sortir une chanson absente d'un album, en même temps que l'album, encourageant les fans à acheter à la fois l'album et le single !), sera un succès monstrueux et est tellement ad hoc avec l'album que son inclusion sur le CD (et certaines éditions vinyle d'époque, comme aux USA) est totalement méritée et justifiée. Contrairement à certains bonus-tracks qui n'apportent rien à un album, Virginia Plain, placée en quatrième position sur le CD et non pas à la fin, ne semble pas en trop, ni intruse. Chanson courte (2,58 minutes) et parfaite, pop et glam, avec des musiciens en forme (Eno et ses bidouillages, le hautbois et le saxo de Mackay, les claviers pop de Ferry et sa voix si particulière, Baby Jane's in Acapulco, we are flying down to Rio)... Que dire ? Un très très grand classique du rock !

2 H.B. : Achevant la face A, cette chanson est féérique, avec ses claviers étranges et son chant glamour de Ferry. Le titre est étrange, mais à l'écoute des paroles (allusions au cinéma, à un grand écran, et une réplique fameuse de l'histoire du cinéma, Here's looking at you, kid, issue du film Casablanca), on comprend rapidement ce que 2 H.B. signifie : "To Humphrey Bogart". Bryan Ferry est un fan de cinéma, le nom de son groupe est une allusion évidente (Roxy étant un nom très courant pour les salles de cinéma, comme le sont aussi Odéon ou Rex), et il est aussi fan de ce grand acteur américain des années 40, ayant notamment, on le sait, joué dans Casablanca. La chanson, ode à cet acteur, est touchante, magnifique, et un peu étonnante (musicalement). Superbe.

The Bob (Medley) : Le titre de la chanson signifie vraisemblablement Battle Of Britain. C'est une chanson assez étrange, étonnante, pas trop longue (dans les 5 minutes) malgré son statut de medley (la chanson contient plusieurs rythmes, plusieurs parties). Le ton de la chanson est, comme Ladytron, à la fois novateur et médiéval, bravo à la fois à Mackay et son hautbois, et aux bidouillages insensés de Brian Eno (après son départ, Roxy Music a pas mal perdu au change...). Pas mon morceau préféré de l'album, il est un peu bordélique, mais il est quand même très bon, et puis, il n'y à aucune mauvaise chanson ici, alors...

Chance Meeting : Magnifique, magistral. Chanson assez sombre, sobre, qui se finit d'une manière un peu oppressante (mélodie assez sombre, en une ligne de piano entêtante et froide, et un son de guitare très agressif et écorché vif, à la Fripp). Le chant de Ferry est posé, sobre, calme, un peu glacial aussi. Cette chanson est une pure merveille à ambiance, une des meilleures de l'album (voire même du groupe). J'adore !

Would You Believe ? : Chanson remarquable et très enlevée, sur laquelle Ferry semble s'être bien éclaté. La chanson commence doucement, calmement, avec un drive assez glam, mais passe ensuite le relais à une ambiance plus rock'n'roll, un peu comme If There Is Something (le début de cette chanson, je veux dire). Dans l'ensemble, j'aime assez ce Would You Believe ? Très sympathique et frais !

Sea Breezes : 7 minutes incroyables. Le hautbois de Mackay, le clavier de Ferry, et sa voix touchante et douce, sobre, apportent une atmosphère mélancolique de toute beauté à la chanson. Qui se termine de la même manière qu'elle démarre, par ailleurs, mais change pas mal de rythme aussi. Un peu comme If There Is Something ou The Bob (Medley), Sea Breezes est une épopée miniature, et indéniablement la plus belle des trois (le morceau le plus long de l'album, aussi). Juste imparable.

Bitters End : 2 petites minutes très sympathiques pour achever l'album. Ce n'est pas une fin amère, comme le titre, pourtant, le clame, mais Bitters End est assez sobre. Piano discret, la voix de Ferry, et des choeurs un peu doo-wop en arrière-plan. Radicalement opposé au reste de l'album, Bitters End est une chansonnette que j'aime moins que le reste, mais c'est un goût personnel. Dans l'ensemble, cette petite chanson de conclusion est vraiment réussie !

 Bref, ce premier opus de Roxy Music, cet album éponyme, est une pure merveille ne contenant aucun mauvais titre, aucune chanson moyenne. Certes, il faut passer le cap de quelques écoutes (deux ou trois) pour bien l'assimiler, mais au final, rien à dire. A la fois novateur (Eno) et old school, avec le hautbois de Mackay qui apporte souvent un son assez médiéval, Roxy Music est un disque fantastique. La suite de la carrière du groupe, avec Eno (For Your Pleasure) ou sans lui (le reste : Country Life, Stranded...) sera également remarquable, mais je pense vraiment que ce premier opus éponyme est le sommet du groupe de Bryan Ferry. Parfait !