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Nouveau Track-by-track, et un des meilleurs albums des Rolling Stones pour la peine (et l'album du groupe que Mick Jagger a dit préférer parmi les autres) : Let It Bleed, sorti en 1969, album saignant à plus d'un titre ! Ce disque est une pure bombe rock, et accessoirement le dernier sur lequel joue Brian Jones, qui décèdera en 1969 d'un accident de piscine aussi con que rock'n'roll. Il sera remplacé par Mick Taylor (guitare), qui joue un peu sur cet album aussi, mais pas crédité officiellement comme membre du groupe (ça, ce sera pour le disque suivant, un live, Get Yer Ya-Ya's Out !). Rempli de classiques (en fait, il ne contient que ça !), Let It Bleed était vendu avec un poster, et son titre est une allusion assez sanglante aux Beatles. Même si le Let It Be des Beatles ne sortira pas avant 1970, donc cette allusion m'a toujours semblé louche, et je ne suis pas sûr que ça en soit une, au fond !! Ce disque stonien, sinon, le voici :

Gimmie Shelter : Un des nombreux gros classiques de l'album, ce Gimmie Shelter interprété en duo entre Jagger et Mary Clayton (quelle voix !! Le passage Rape, murder, it's just a shot away, it's just a shot away, qu'elle interprète, est inoubliable, à vous coller des frissons). Tout est mythique ici, du riffd'intro aux paroles, en passant par le chant... Tout. Chanson tellement mythique qu'elle donnera son nom à un documentaire mythique sur le groupe. Difficile de parler de Gimmie Shelter, tant la chanson est culte et intouchable, j'ai peur de l'écorner, de mal en parler, alors je me tais.

Love In Vain : Participation amicale de Ry Cooder (mandoline) sur cette chanson admirable, reprise de Robert Johnson. Love In Vain est une chanson sombre, triste, lente et mélancolique, sur laquelle Jagger chante comme un vrai bluesman, avec force et, en même temps, sobriété (pas de hurlements, ici, la chanson est vraiment lente et sombre). C'est une vraie réussite qui plaira aux amateurs de blues.

Country Honk : Version country et quelque peu embryonnique de la chanson Honky Tonk Women que le groupe sortira en single la même année (une de leurs meilleures chansons, un classique absolu en live, avec un riff de malade en intro). Ici, le riff est royalement absent (mais on notera la participation de Mick Taylor à la slide, remarquable), mais ça n'empêche pas cette version country, rebaptisée en l'occurrence Country Honk, d'être très sympathique, à défaut d'être le sommet de l'album !

Live With Me : Pour être honnête, voici la chanson que j'aime le moins (et nettement, en plus !!) sur l'album. Je ne sais pas pourquoi, surtout que le rythme est parfait (quelle intro de basse ! Chapeau, Bill Wyman !) et que Jagger chante avec conviction, encore une fois, il est en forme et ça se ressent. Mais Live With Me, que je préfère en live sur Get Yer Ya-Ya's Out !, est une chanson qui ne m'a jamais vraiment plu. Je sais, je suis un peu con, parfois... Mick Taylor joue sur ce titre, ainsi que le saxophoniste Bobby Keyes et les pianistes Leon Russell et Nicky Hopkins.

Let It Bleed : Avec Ian Stewart au piano (le pianiste attitré du groupe jusqu'à sa mort en 1986, pendant les sessions de Dirty Work), cette chanson-titre est remarquable, portée par une rythmique très boogie. Sans doute un petit peu longuette, car elle dure 5 minutes et des poussières, et je pense qu'une minute de moins aurait été parfait. Mais cette chanson achevant la première face n'en demeure pas moins une réussite, cynique (les paroles) et endiablée. Et j'adore son intro !

Midnight Rambler : Attention, sommet ! En un peu moins de 7 minutes, Midnight Rambler (sur lequel Brian Jones joue du tambourin, c'est une des deux chansons de l'album sur lesquelles il est crédité) est le THE gros classique de l'album. En live, ce titre sera toujours prétexte à de grosses cavalcades blues-rock, parfois très longues (10-12 minutes). En studio, déjà, c'est un monstre, chanson qui parle d'un homme rôdant, la nuit, un tueur, un sadique (I'll put my knife right down your throat, baby, and it hurts), un maniaque. Sanglant ! Tout est parfait ici. Inoubliable harmonica (de Jagger), inoubliable riff, chant parfait, durée parfaite, rythmique grandiose, paroles remarquables... Intouchable.

You Got The Silver : Magnifiique et courte (moins de 3 minutes) chanson sur laquelle Brian Jones est crédité (autoharp), et sur laquelle, aussi et surtout, Keith Richards poussa la chansonnette (une des premières chansons du groupe qu'il chante lui tout seul comme un grand). Présente dans la bande-son du film Zabriskie Point d'Antonioni (mais pas sur l'album de la bande-son, du moins, en vinyle - j'ignore pour le CD), You Got The Silver est une magnificence absolue, commençant doucement (guitare slide, très bluesy) et se poursuivant avec énergie, mais jamais avec violence. Un de mes chouchous du disque.

Monkey Man : Quelle intro ! Probablement la meilleure intro de l'album, et ma préférée des Rouling Cailloux, aussi. Il faut dire que cette collision piano (Nicky Hopkins, son cristallin, d'une pureté admirable et totale) et basse (Wyman, groovy !), avec guitare pour agrémenter le tout, et, ensuite, la batterie de Watts qui déboule, le tout en moins de 30 secondes, cette intro, donc, est grandiose. Après, les paroles sont très connes (I'm a cold Italian pizza, I just need a lemon squeezer...), mais le chant est parfait, et Monkey Man, dans l'ensemble, est une tuerie de plus, rien à dire (à part les paroles débiles).

You Can't Always Get What You Want : Un peu plus de 7 minutes pour une féerie totale bénéficiant d'arrangements de choeurs (The London Bach Choir) par Jack Nitzche, et d'un orgue joué par le grand Al Kooper. Sans oublier la batterie, jouée non pas par Charlie Watts mais, chose rare, par Jimmy Miller, producteur du disque (et d'autres albums du groupe, les meilleurs en l'occurrence). Classique absolu parmi les classiques du groupe, interprété très souvent en live, You Can't Alway Get What You Want (but if you try sometimes, you just might find, you get what you need) fait partie de ces chansons sur lesquelles il est difficile de parler. C'est juste imparable !

Bref, ce disque, en 42 minutes pour 9 titres, est un sommet absolu, un des meilleurs albums du groupe de Jagger et Richards. En fait, et même si Sticky Fingers et Exile On Main St.  (1971 et 1972) sont immenses, je préfère cet album à eux deux réunis, hé oui ! Pourquoi, je ne sais pas. Pas parce que ce fut mon premier Stone, car il ne fut pas mon premier Stones (ce fut le live Flashpoint). En fait, parce que je trouve son ambiance remarquable, et parce que les chansons présentes ici sont, à deux exception près, toutes très présentes dans mon coeur... Un joyau brut(al) et fantastique qu'il faut, selon l'avertissement présent sur la pochette, écouter très fort (This record should be played LOUD).