Z18

Pour ce nouveau Track-by-track (le 89ème), un classique, sorti en 1978 sous une pochette très Time Magazine, j'ai nommé Public Image/First Issue, premier album de Public Image Limited (aussi connu sous le raccourci de PiL), groupe de punk/new-wave/post-punk fondé en 1978 par John Lydon, chanteur des Sex Pistols (sous le pseudonyme de Johnny Rotten), après qu'il ait quitté le fameux groupe punk. Le guitariste est Keith Levene, qui a fait partie des Clash avant même leur premier album (Lydon persiflait à ce sujet en disant que Levene est la seule bonne chose que The Clash a eu de sa carrière), le bassiste est Jah Wooble, un hooligan, et le batteur, pour ce disque, est un certain Walker, un Canadien qui ne restera pas longtemps dans le groupe (malgré son talent). Le disque offre 39 minutes de son très bordélique, en 8 titres, très expérimental et saisissant. Encore un peu punk, mais très expérimental, PiL, ici, sonne vraiment new-wave inclassable ! Ce disque, le voici :

Theme : Attention, choc absolu. Pendant 9 minutes, Theme propose : un long magma sonique à base de guitare, de batterie ultra-violente et de basse virevoltante. Avec, en prime, les glapissements terrifiants de Lydon (on sent une influence de cette manière de chanter chez Thom Yorke de Radiohead), qui te vous te pousse de ces cris atroces, et chante un texte aussi minimaliste (peu de variations) que morbide : Now I understand... And I wish I could die... I will survive...but I wish I could die... L'effet, couplé avec le son très violent et space de la musique, est marquant comme un coup de boule. Il paraît que dans les instituts psychiatriques britanniques, Theme a été utilisé, en thérapie, pour montrer aux maniaco-dépressifs qu'ils ne sont pas seuls à souffrir (cette anecdote vient de Lydon lui-même, des années après). En tout cas, avec le Peking O de Can, Theme constitue un exemple parfait de rock psychiatrique : c'est terrifiant, marquant, dingue de chez dingue, suicidaire et renversant. Bref, Theme est aussi dingue que génial, enfin, selon moi. Les derniers mots sont pour Lydon, qui achève le morceau d'un I just die sec, et d'un Terminal Boredom on ne peut plus glacial et morne.

Religion I : Une minute et des poussières pendant laquelle Lydon, sans aucun accompagnement musical, et d'une voix froide comme la pierre, déclame les paroles de la chanson suivante, Religion II. Ca fait donc un peu doublon, mais sans aucune gravité, car on a la possibilité d'entendre clairement le texte, sauvagement anticlérical (Do you pray to the Holy Ghost when you suck your host ? ou There's a liar in the altar, entre autres joyeusetés, montrent bien l'étendue de l'agressivité du texte). Musicalement nul, inexistant, mais très engagé et cynique !

Religion II : Niveau du texte, c'est la même chose que pour Religion I. En revanche, là, c'est largement plus long (un petit peu moins de 6 minutes) et entièrement musical. Basse parfaite, batterie qui fait bobo, guitare tronçonneuse, et le chant, froid, distant, en écho, de John Lydon. Pendant les refrains, tous se regroupent sur un seul canal audio, formant un magma assez brutal (et la production a vieilli un petit peu, autant le dire, d'autant plus que le CD, datant de 1986, n'est pas remastérisé), mais pendant les couplets, on entend Lydon d'un côté, et le groupe de l'autre. Niveau du texte, c'est agressif. Musicalement, c'est punk, avec cependant quelques touches de piano free (qui en joue ?) très bizarres. Du PiL pur jus !

Annalisa : 6 minutes achevant la face A, et pendant lesquelles Lydon interprète, d'une voix hystérique (plongeant, vers la fin, dans la folie pure), une sinistre histoire, celle d'une petite Allemande, Annalisa, enfermée dans la cave de ses parents, qui vont la laisser crever, persuadés qu'ils sont qu'elle est possédée par le diable. Une chanson en forme de faits divers (Annalisa est inspirée par un fait divers réel, la tragique histoire d'Anneliese Michel). Musicalement, c'est un des titres les plus punk de l'album, un morceau féroce, surexcité, sans répit. Le problème, c'est sa longueur, éreintante. Avec deux minutes de moins, ça aurait été grandiose, mais Annalisa n'est que très bon.

Public Image : Un must. Même pas 3 minutes (à 2 secondes près, en fait...), mais un joyau absolu, et un des morceaux les plus rock de l'album. Public Image sortira en single promotionnel (pochette en forme de une de newspaper), et est une pépite punk ravageuse, dans laquelle Lydon règle ses comptes avec Malcolm McLaren (manager des Sex Pistols, créateur du groupe en fait, et un des fondateurs du mouvement punk avec Vivienne Westwood), glapissant un texte violent et agressif. Sur fond de basse vrombissante et de guitare tronçonneuse au son tout simplement jouissif. You neved listened to a word I said, You only see my by the clothes I wear...

Low Life : Autre travail de démolition, en 3,30 minutes, mais contre Sid Vicious, cette fois-ci (en 1978, Vicious n'avait pas encore été arrêté pour le meurtre de sa Nancy, et, donc, n'était pas encore mort par overdose, laquelle est survenue juste après une libération sous caution - ce fait divers n'allait cependant pas tarder à arriver...). Low Life, avec sa mélodie imparable (en revanche, production correcte, mais pas géniale) est une des meilleures chansons de l'album, Lydon est en forme redoutable ici (sa voix, quand il glapit le titre de la chanson, est magnifique). La question est de savoir si Lydon aurait fait cette chanson s'il avait su ce qui se passerait avec Sid, s'il aurait fait Low Life si ce fait divers sordide serait arrivé plus tôt... Probablement non, mais allez savoir ! Peut-être que si, en fait...

Attack : Le morceau le moins bien produit de l'album (avec le suivant, mais c'est pire que le suivant, en fait). Dommage, car Attack, qui mérite bien son nom, est une réussite absolue de plus, presque 3 minutes de violence, d'agressivité, de brutalité, sur fond de musique très très punk (mais que la production affaiblit considérablement...ce son de guitare, mon Dieu, comme il est faiblard !!). I dreamed, I could dream and I have to die... Encore une fois, c'est aussi répétitif que cinglé, quoique nettement plus mainstream, rock, que la face A. C'est remarquable, mais, une dernière fois, quelle production de merde, sur ce titre !

Fodderstompf : Attention, dinguerie. Pendant 7,40 minutes, Fodderstompf, dont le gros défaut est d'être assez mal  produit (le son de batterie est risible, plat comme une limande passée sous un 38-tonnes), est un final totalement givré. Pas dans le style de Theme, quoique, dans un sens, si (répétitif). Basse virevoltante de Jah Wooble, batterie monolithique, guitare discrète (la basse fait tout, ici). Et Lydon, qui glapit sans arrêt, d'une hilarante petite voix pleurnicharde (il est aidé par le groupe, qui fait des choeurs), We only wanted to be loved, en insistant bien sur le dernier mot, looooooooooooooooved. C'est fendard, et totalement cintré, on aimera ou on détestera. Mais on ne restera pas indifférent. Musique assez funky/groovy, et chant borderline, Fodderstompf est hilarant, même si, quelque part, toute cette folie furieuse, bien que légère ici (le texte est amusant), est un petit peu flippante. Encore une réussite barge pour PiL ! 

 Au final, un disque déglingué, parfois flippant de part sa dinguerie assumée et totale. Il faut bien s'accrocher, car, entre les 9 minutes de Theme et les presque 8 de Fodderstompf, ce premier album de PiL pose les bases d'un son terriblement explosif et décalé. Le groupe fera encore plus fort, dans un sens, avec leur Metal Box, en 1979, sortie à l'époque dans un boîtier rond de métal avectrois maxi 45-tours (depuis, un simple CD d'une heure, mais dans un boîtier métal rond, aussi). Avec sa production sèche et brute, ce premier album est aussi bien punk qu'expérimental, et fait partie des plus essentiels du rock, mais aussi et surtout des plus dingues (avec The Modern Dance de Pere Ubu, même style, même année) !