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88ème Track-by-track, et un disque assez controversé pour la peine : Passé Le Rio Grande..., le sixième album studio d'Alain Bashung, sorti en 1986. Après deux albums (Play Blessures, Figure Imposée) faits respectivement avec Serge Gainsbourg et Pascal Jacquemin, cet album marque le retour de la collaboration entre Bashung et son parolier Boris Bergman, collaboration qui s'arrêtera définitivement en 1989 avec Novice (qui marquera aussi le début d'une collaboration avec Jean Fauque, ami de longue date de Bashung). L'album, qui obtiendra la Victoire de la Musique de l'album rock en 1986 (la première Victoire de Bashung, il y en aura d'autres !), sera un gros succès. Mais il est aussi fardé de défauts : production qui a pris un coup dans l'aile, jeux de mots assez lourdingues des paroles... Néanmoins, ce disque, qui voici, je l'aime de plus en plus !

Helvète Underground : Mon morceau préféré de l'album, oui, je le revendique haut et fort, sans honte, sans hésitation. Oui, les paroles sont remplies de jeux de mots foireux (Chili Concarneau, pourquoi tant de haine ? ou bien mon préféré Robinson Crusoë n'a plus un vendredi d'libre/Au printemps j'redoute qu'un des Trois Suisses me livre). Oui, le chant de Bashung est parfois poussif (on ne se remettra probablement jamais de ses Guilli guilli ! braillés dans les refrains, ni de ce fameux Pense à dire du bien d'Charles Trenet, ooohouwohouwooooh). Mais j'adore l'ambiance Phil Spector déglingué du morceau, ainsi que le lyrisme du refrain (je parle de la musique). Dans l'ensemble, je le reconnais, Helvète Underground (jeu de mots moins pourri que pour le titre de la chanson suivante) est une chanson mineure. Mais sympathique comme tout. Bref, je l'adore !

Camping Jazz : Rien que le titre... Bon pour tout dire, Camping Jazz est une des moins bonnes de l'album, clairement. Ceux qui connaissent l'album savent ce que je veux dire : Passé Le Rio Grande... n'est pas un grand cru de Bashung ; il y à des chansons moins bonnes que les autres ici ; compte tenu du niveau moyen du disque, les chansons les moins bonnes ne sont VRAIMENT pas bonnes du tout ! Ici, entre intro très datée et faussement tribale (batterie au son kitsch, choeurs tribaux et virils assez chelous) et paroles à la c... (J'passe l'oral sans Hardy ou bien encore, mon préféré de tous, Sur le perron parfois tu m'évitas ; ça va, vous avez compris le jeu de mots ? Evita Peron ? Perron ? Evitas ? Oui ? OK). Musicalement moyen, et plutôt moyennement interprété, une chanson pop rigolote mais ratée. Ah oui, j'adore le jeu de mots du refrain, trouvé par hasard par un ami anglais de Bashung et Bergman, sachant mal parler français, au cours d'une soirée arrosée, alors que Bashung rapportait une bonne bouteille de bourgogne de la cave : Encore une nuit sans Georges. Fallait le faire, celui-là !!

Dean Martin : Entre jeux de mots bouseux (Elle fait l'amour à Dieu, elle fait ça qu'avec God ; Le paso va doubler ; Zorro s'est décommandé, a d'autres chattes à fouetter/J'en ai les bals masqués... vous en voulez encore ? Salauds, va ! Attendez les autres chansons !) et ce refrain atrocement poussif (la voix de Bashung, rauque, quand il glapit Dean Martin, j'entends des voix de velours), sans parler de la musique très 'mid-80's', rien à sauver de cette chanson franchement médiocre. Une des plus mauvaises de l'album, tout simplement ! En plus, elle dure 4,17 minutes...

Douane Eddy : Encore un titre à la mords-moi-l'paf (et deuxième allusion aux USA de l'Âge d'Or de part son titre, avec Dean Martin), Douane Eddy possède son lot de jeux de mots vaseux, dont voici un florilège non exhaustif et dont je ne garantit pas la fraîcheur : J'annule la manucure, ça lui fera les pieds ; Joyeux Nobel et encore bananier (cruel, celui-là, de part sa nullité ! Boris Bergman s'est laissé aller !!) ; Pas de nouvelles, nouvelle vague/L'année dernière à marée basse (oh, la vache, celui-là !!!) ; Elle m'a plaqué or/Pas de Cartier dans le quartier ; Je noie le poisson rouge deux fois par jour... Stop, j'en peux plus !!! Sinon, j'aime bien le refrain, mais dans l'ensemble, même si c'est légèrement meilleur que les deux précédentes chansons, c'est quand même bien foiré.

Malédiction : Ambiance country/western à la Gram Parsons/Kris Kristofferson, mais pas de Hickory Winds ou de Me & Bobby McGee ici, juste une chanson ayant encore une fois son lot de jeux de mots bizarres (Et tu caresses ton personnel pour éviter que les bonnes causent/Laisse pas tomber comme ça l'épine, ça ferait trop de peine à Rose/Pourquoi faut-il, Grand Manitou, que le magicien dose ?). Malédiction, cependant, chanson achevant la face A, est une réussite, la meilleure chanson de la face A. Je préfère Helvète Underground, je l'ai dit, mais je suis réaliste, Malédiction est sans aucun doute la meilleure chanson de l'album, musicalement parlant, une chanson country un peu caricaturale, mais bien torchée, drôle et pas ratée du tout. Un petit charme désuet plane durant les 3,35 minutes de la chanson, chanson qui redonne espoir, après trois titres moyens (pléonasme), en l'album et en Bashung. Je ne dis pas que ça n'a pas vieilli, mais ça a mieux vieilli que Camping Jazz !

L'Arrivée Du Tour : Autre grande chanson, qui sortira en single (clip déjanté conçu par Kiki Picasso, plein de couleurs, très daté), et que j'adore. Oui, je l'adore (ça s'écrit A-D-O-R-E), cette chanson pourtant ayant ses défauts ! Défaut majeur : musicalement, elle n'est pas originale, son riff, bien saignant (limite du hard-FM !) est totalement pompé sur le Ghostbusters de Ray Parker Jr. Ensuite, les paroles sont remplies, gavées de jeux de mots délirants et parfois pourris (Non, y à pas l'feu au Q.G. ; Hey, tu m'la garde mobile ; J'suis trop pompé pour le César ; et ma préférence absolue ici : Ouvrez, ouvrez la charentaise/Touche-moi l'pompon t'auras une rime en 'aise'). A l'évidence, Boris Bergman a laissé ouvert ses robinets à calembours (Qu'est-ce tu fais, mais tu tapines Hambourg ?) et Bashung, réjoui d'avoir retrouvé son pote auteur de Vertige De L'Amour et Bijou, Bijou, a suivi, emballé. Il s'est fait plaisir à la chanter, ça s'entend, mais on ne peut pas dire que c'est du grand art. J'adore, personnellement, mais je reconnais aussi que c'est fardé de défauts et que ça a vieilli ! Plaisir coupable, donc !

Herr Major : Pas mal, cette chanson, enfin, pas trop mal. Herr Major possède un refrain remarquable, même, malgré un jeu de mots louche en final : L'ambiance est au pressing). Clairement, cette chanson pourtant pas connue du tout (sauf des détenteurs de l'album, sauf, aussi et surtout, des connaisseurs es Bashung), est une des meilleures de ce disque inégal dont on se demande quand même un peu comment il a fait pour autant cartonner (on se le demande aussi pour le Love On The Beat de Gainsbourg). Encore quelques jeux de mots pourris (Avec les moutons y'à pas de mai ; L'oncle Tom recule de deux cases ; L'ennemi a mis le cheik à la fraise), mais comme la chanson le dit textuellement, A vue d'oeil, on s'améliore.

Milady : Redescente non climatisée (private joke pour les connaisseurs en Thiéfaine) avec cette chanson ratée, remplie de jeux de mots odieux de nullité (Cantonnées à Paris, il arrive que les Chinoises rient, oh mon Dieu...), refrain poussif, mélodie dont on ne se souvient jamais vraiment (c'est dire si elle ne marque pas les esprits !!), paroles à la gomme, chant pas terrible... J'suis moins belle en lady... Oui, il est sûrement moins belle en lady, mais on n'a pas envie de le vérifier ! Franchement nul.

Rognons 1515 : Et ça continue dans le registre 'plus c'est nul, plus c'est bon' ! Rien que le titre, déjà, fallait oser. Il pleut des cordes sur ma guitare/Te souviens-tu du merle hagard ? (bon, OK, celui-là est pas trop mal troussé) ; J'eusse aimé qu'elle revinsse/Avant que Monseigneur ne pince ; Scarabée, scarabée, sergent pépère (quelle honte) ; Jésus sait plus où il crèche ; Encore eut-il fallu que Peggy le sut... Stop ! peux plus, peux plus !!! Si on y rajoute une musique nullissime et deschoeurs poussifs (Oouh, mes rognons 1515...), on a ici un ratage intersidérant de nullité, la pire de l'album. Voilà.

Chat : 2,37 minutes à la Randy Newman, très jolies, reposantes, une superbe chanson, vraiment, qui achève le disque sur une note un peu positive. Malgré des jeux de mots encore une fois pas top du tout (J'enfile des perles à rebours ; Capitaine prend le nemo), mais quand même en mode 'pause' ici. C'est court, sympathique et frais comme tout, on en redemande. Pas ma préférée, mais Chat est très jolie, vraiment !

Bref, un disque inégal, mineur dans la discographie bashungienne, mais je l'aime vraiment, même si trois chansons m'insupportent totalement. Production datée (c'était super à l'époque, mais depuis, on est passé à autre chose de bien plus sobre et classieux), jeux de mots débiles (il y en à tellement qu'on pourrait sortir un petit bouquin de poche, une brochure, si on les répertoriait tous), chant parfois poussif, chansons pas toujours au top, mais il y à un je-ne-sais-quoi qui me plaît bien ici, sans doute un petit côté 'nanar', série B. C'est un album qui, selon les dires de Bashung et Bergman, fut fait pour se marrer, sceller les retrouvailles du duo avec un album 'solaire', lumineux, rigolo, joyeux. Vu de cette optique, c'est réussi. Après, c'est clair, ce disque est sympa, parfois lourd, et toujours mineur, incomparable avec les vrais joyaux de Bashung (Play Blessures, Fantaisie Militaire, Novice, L'Imprudence, Bleu Pétrole). Mais je l'aime, oui, et ce n'était pas le cas autrefois (voir ma chronique, ici, ancienne) !