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Attention, chef d'oeuvre absolu pour ce nouveau Track-by-track (le 83ème) : le deuxième album des Stooges, sorti en 1970, Fun House. Produit par Don Gallucci, Fun House (le titre de l'album vient du surnom que les Stooges donnaient à leur quartier général à Ann Harbor) est un disque court (36 minutes, 7 titres - mais, des trois disques que les Stooges ont sorti entre 1969 et 1973, leurs trois albums officiels avant leur retour il y à quelques années, c'est le plus long), mais intense, furieux, un disque de garage-rock emblématique et faisant partie de ceux ayant considérablement influencé la vague punk. Avec le MC5 (venant, comme eux, de Detroit), les Stooges sont les papas du punk-rock. Le groupe était constitué, alors, d'Iggy Pop (chant), Dave Alexander (basse), Scott Asheton (batterie) et Ron Asheton, frangin du précédent, à la guitare. Avec participation de Steven Mackay au saxophone. Le disque ? Le voici :

Down On The Street : Sortie en single (aucun succès, comme l'album), Down On The Street est irrésistible, une des meilleures de l'album (pas la meilleure absolue, car Dirt est indépassable). Sur ce titre, entre la guitare tronçonneuse de Ron, la batterie brutale de Scott, la basse de Dave et surtout le chant déglingué et cynique d'Iggy (vois narquoise, nasillarde), je me demande vraiment ce qui est meilleur que le reste. Sans doute l'alchimie parfaite entre la guitare et la voix. Brutal, sanglant, le morceau est une furie de 3,30 minutes, qui met la patate d'entrée de jeu.

Loose : Tout aussi efficace que Down On The Street, et même totalement jouissif, ce Loose infernal ! Riff démentiel, rythmique de feu, juste la production un peu vieillotte (le disque sonne live, mais accuse le coup des 40 ans, aussi). La voix de l'Iguane est juste incroyable ici, I'm loose. Une chanson purement démoniaque, une de celles qui font d'un album une légende du rock.

T.V. Eye : She's got a T.V. eye on me, she's got a T.V. eye... Pour être honnête, à la longue, ce morceau m'ennuie un petit peu, même si elle reste absolument fantastique. En fait, si j'adore la voix d'Iggy sur le disque, elle m'ennuie un petit peu sur cette chanson pourtant totalement culte et musicalement très proche de la tuerie absolue. Une chanson mythique, dont le titre est une allusion à un terme d'argot (signifiant 'dévorer quelqu'un des yeux'), mais pas ma préférée de l'album, donc, et même loin de là.

Dirt : 7 minutes sensationnelles, intenses, achevant la face A avec force. Dirt, c'est le sommet de l'album, une chanson sacrée, puissante. I been dirt, and I don't care... Sur une ligne de basse imparable et sobre (bravo Dave Alexander, lequel décèdera quelques années plus tard...), avec quelques giclées de guitare bien senties pour contrebalancer le tout et une batterie efficace et en même temps très disciplinée, Iggy chante, de sa voix si cynique, mais tout de même bien maîtrisée et posée ici, un texte très bien foutu sur un type venant de déconner, mais s'en foutant, symbole même du rebelle. Durée parfaite, mélodie entêtante et minimaliste (comme le We Will Fall du précédent album, mais en moins expérimental), chant remarquable, Dirt est vraiment immense.

1970 : La face B s'ouvrait sur 1970, chanson qui semble répondre aux interrogations cyniques et angoissées de 1969, chanson du premier album éponyme du groupe. Là, c'est ultra vibrant, violent, bien trépidant, avec un Iggy Pop au sommet et en forme, I feel alriiiiiiiight, feel alriiiiight... et des cris incroyables semblent tout droit sortis de L.A. Blues, dernier morceau de l'album, lequel est, vous le verrez en arrivant plus bas dans l'article, pas piqué des hannetons. A noter, première participation, sur l'album, de Steven Mackay au saxophone, qui livre une performance assez free, très colemanienne par moments, dans la dernière partie du morceau.

Fun House : Morceau le plus long, 7,40 minutes, et c'est juste puissant. Retour du saxophoniste Mackay pour un morceau assez free et jazzy, tout en étant éminemment protopunk et bien violent, sanglant, ce que vous voulez. On sent le groupe soudé autour du saxophone, bien présent ici, et le groupe semble aussi soudé contre Iggy, qui se retrouve seul au milieu d'un magma sonore insensé. Comme forcé de clamer 'hey, je suis là, les mecs', de brailler, d'imposer sa présence. Fun House est un très grand morceau, qui l'aurait été tout autant s'il avait été instrumental, ce qui n'est pas le cas des autres titres de l'album.

L.A. Blues : Un bordel sonore absolu, inaudible à jeun, et qui fait penser au European Son du Velvet Underground (plus de 7 minutes de bordel auditif achevant leur premier album, celui avec la banane, 1967), en plus violent et agressif encore (mais en plus court : 5 minutes seulement). Bon, autant le dire, si vous n'aimez pas L.A. Blues, pas grave. On sent bien la folie du groupe ici, mais c'est vraiment cacophonique, bordélique, brutal et non-mélodique. Perso, j'ai un petit peu de mal, et je le dis clair et fort : sans ce morceau, Fun House serait meilleur. N'empêche, ils n'y ont pas été avec une demi-molle, sur ce coup !  

Au final, un disque infernal comme sa pochette rouge de feu, un album violent, terrible, sanguinaire et qui, malgré son âge avancé (41 ans !), s'écoute toujours avec passion et reste tout aussi efficace, violent et puissant qu'à sa sortie (il fut un bide commercial, comme les autres albums du groupe). Le groupe, renommé Iggy & The Stooges, fera, en 1973, un Raw Power encore plus violent et puissant (leur meilleur selon moi, et mon préféré d'eux), mais Fun House reste vraiment une claque. Et, selon les membres du groupe, leur meilleur, car le seul qui sonne vraiment live et incontrôlable, le mérite allant à la production sèche et sans artifices. Yaaaarrrggghhh !!!!