Z

Nouveau Track-by-track, et comme pour le précédent (Quadrophenia des Who), voici un disque anglais de 1973. Et pas n'importe lequel : Aladdin Sane, considéré, très souvent, comme un des sommets de David Bowie. Je vais vous expliquer ici, dans cet article, que, pour moi en tout cas, ce n'est pas tout à fait le cas. J'aime énormément ce disque (je ne l'aborderais pas ici sinon), mais pour moi, ce n'est pas un des sommets de Bowie, alors encore en pleine période glam (mais plus pour très longtemps). Sous sa magistrale pochette (qui est, elle, clairement, une des plus belles, si ce n'est la plus belle, de Bowie), Aladdin Sane (jeu de mots : Aladdin sane : 'Aladdin sain d'esprit', et A lad insane, 'un mec malsain/fou') est un disque contenant de vrais trésors, c'est clair (mais aussi des chansons un peu bof). C'est parti pour la partie 'décorticage' de l'album ! :

Watch That Man : Attention, c'est du lourd ! Watch That Man, avec ses paroles vraiment décadentes (Everybody drank a lot of something nice... et on y parle notamment d'un révérend dansant sur ses genoux, au cours d'une party endiablée...), est une chanson vraiment mouvementée, avec riff bien saignant de Mick Ronson en intro, son assez gras et saturé, on a même parfois du mal, surtout au début de la chanson, à entendre la voix de Bowie, lequel chante d'une voix très enjouée. Enormément de choeurs féminins sur les refrains et les fins de couplets, un vrai boucan musical, une chanson très sympa, mais on peut s'en lasser un petit peu...

Aladdin Sane (1913 - 1938 - 197?) : Who will love Aladdin Sane ? Pour moi, le sommet de l'album, en tout cas une des chansons les plus mémorables de l'album. Une des meilleures chansons de Bowie, tout simplement, et quand je dis une des meilleures, je veux dire, une des 5 meilleures ! Sur ce titre admirable qui est presque (à quelques secondes près) le plus long de l'album, Bowie chante à merveille, d'une voix posée, sobre, un texte assez étrange. Le titre, déjà, est un poème, entre le titre de l'album dont j'ai déjà fait la précision du jeu de mots et, entre parenthèses, trois dates. La première et la dexième date sont les années précédant les deux guerres mondiales. Et quant à la troisième...disons que, pour Bowie, la troisième aurait lieu dans les années 70, à une année encore incertaine ! Heureusement, ça ne s'est pas produit... Musicalement, cette chanson est fantastique, notamment le long et passionnant solo de piano free, bien bizarre et en même temps très jazzy, de Mike Garson. Et ce refrain, et cette intro, et cette voix... Un sommet !

Drive-In Saturday : Le slow pour ménagères de moins de 50 ans, chapitre 1 (le chapitre 2, ça sera Rock'n'Roll With Me, un an plus tard, sur Diamond Dogs). Sortie en single, Drive-In Saturday offre une belle performance vocale pour Bowie, mais est quand même assez indigente, banale, chiante même. On s'en lasse très très vite (de plus, le morceau fait 4,30 minutes, un peu long). N'empêche, c'est vrai que l'intro, le final et la voix de Bowie sont très très bons ici.

Panic In Detroit : Il me semble que cette chanson parle d'un certain James William Osterberg. Comment ça, vous ne savez pas de qui il s'agit ? Mais c'est le vrai nom d'Iggy Pop, les mecs ! Oui, bon, je suppose que vous le saviez, quand même, notamment les plus calés d'entre vous et les fans de l'Iguane... Panic In Detroit (les Stooges, groupe d'Iggy, vient de cette ville) est musicalement très réussie, un hard-glam-rock bien bourrin, riff efficace. Au niveau des paroles, c'est quand même assez idiot, ridicule (Panic in Detroit, I asked for an autograph, he wanted to stay home, I wish someone would phone). Je ne suis pas fan de cette chanson, pour tout dire.

Cracked Actor : Une chanson courte (3 minutes tout rond) et très vicelarde et sexuelle, c'est même limite choquant, de la part de Bowie (même si Bowie accumulait les scandales de ce genre, en proclamant qu'il était bisexuel, ou autres choses de ce genre, rien que ses tenues faisaient scandale) de faire une chanson aussi sexuellement explicite : Suck, baby suck, give me your head, on dirait du Gainsbourg période Love On The Beat/You're Under Arrest, mais dans la langue de Shakespeare. Ce n'est franchement pas terrible, sauf pour la musique, assez efficace et musclée (Aladdin Sane, dans ses moments rock, ne fait pas dans la dentelle).

Time : Chanson la plus longue de l'album avec 5,13 minutes (6 secondes de plus que la chanson-titre !), et une magnifique ouverture pour la face B, une face plus sobre et glam que bourrine dans l'ensemble. Time est remarquable, ça fait très 'cabaret allemand de la république de Weimar', ambiance faisant penser, avec son piano-bar et ses orchestrations, au film Cabaret de Bob Fosse. Le final de la chanson (We should be on by now) est superbe, et fait oublier quelques longueurs centrales. Chant parfait. Solo de guitare parfait de Ronson. Piano magnifique de Garson. C'est très beau.

The Prettiest Star : Jamais été très fan de cette chanson qui, pourtant, est loin d'être nulle. Elle symbolise parfaitement le son glam-rock anglais de cette époque, avec choeurs doo-wop, jolis cuivres (saxophone joué par Bowie), musiciens en forme, Bowie qui chante bien, très bien même. Mais elle m'a toujours un petit peu énervée, sans doute par sa trop grande préciosité (hey, c'est du pur glam, en même temps, c'est une chanson qui fait vraiment 'glitter') !

Let's Spend The Night Together : Reprise assez nerveuse, mais quand même moyenne, du tube des Rolling Stones, de 1967 (Between The Buttons, du moins dans la version U.S. de l'album stonien). Bowie y a rajouté des paroles (le passage Come on...let's...make...love). C'est pas mauvais, mais, tout comme Cracked Actor, c'est franchement en-dessous du niveau des autres titres de l'album. Une reprise nerveuse, rock et glam, mais pas foncièrement utile.  Moyen, quoi, et un peu vain.

The Jean Genie : Avec son titre en hommage à Jean Genet, écrivain français idole des homosexuels et loubards, et son riff puisé dans celui de La Fille Du Père Noël de Dutronc (laquelle chanson puise son riff, il me semble, d'une autre chanson, je ne sais plus laquelle), The Jean Genie a également été source d'inspiration pour le rock, car le groupe Simple Minds ont puisé leur nom des paroles de la chanson (He's so simple-minded). C'est franchement une remarquable chanson hard-glam, très nerveuse (Mick Ronson, ce Dieu), très efficace, cultissime. Une réussite, quoi ! He loved to be loved...

Lady Grinning Soul : Admirable à 1000%, cette chanson en hommage à Claudia Lennear (chanteuse/choriste ne participant cependant pas à l'album) est une merveille de douceur, de subtilité, d'émotion. Que dire ? Le piano de Garson est inoubliable, de belles coulées de notes sensuelles, touchantes, mélodiques. Le chant est parfait, les paroles (She will be your living end, ah, ce final...) aussi. Lady Grinning Soul est, avec Aladdin Sane (1913 - 1938 - 197?), le sommet de l'album, clairement. Et tout comme elle, elle entre dans le Top 5 bowien pour les chansons. Clairement.

 Bref, Aladdin Sane, qui marque donc la première collaboration entre Bowie et le pianiste Mike Garson, est un disque un peu inégal, mais quand même très conseillé pour les fans de Bowie, de glam-rock, et de rock tout court, on y trouve quand même plus de grandes chansons (ou de bonnes chansons, tout simplement) que de déceptions. Le son est un peu saturé, un peu gras, un peu trop 'américanisé' (et pour cause, l'album a été enregistré aux USA pendant une tournée de Bowie et de ses Spiders From Mars, Bowie était encore sous le personnage de Ziggy Stardust), on en parlera même comme du "carnet de route de Ziggy aux USA", mais il est aussi très culte, ce disque, et il fait partie des albums indispensables de Bowie, même si, pour moi, il ne fait pas partie des 5 meilleurs (en revanche, des 10 meilleurs, oui, évidemment, je le classerais en 7ème position, je pense). Bref, un très très bon disque !