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Nouveau Track-by-track, et album immense et complexe, un des albums les plus controverses de Pink Floyd, j'ai nommé Atom Heart Mother, alias l'album à la vache, sorti en 1970, et leur cinquième opus studio (et opus tout court). C'est un disque empli d'un climat de violence latente, de folie contenue, et c'est même le dernier album du groupe à posséder ce genre d'ambiances (survenues dès A Saucerful Of Secrets, deuxième opus du Floyd). Parfois flippant, parfois reposant, totalement schizophrène, ce disque est long (52 minutes) et très difficile d'accès, il faut plusieurs écoutes (et une compréhension totale du style du groupe) pour bien l'assimiler. Mais c'est un des sommets du groupe (et un de mes préférés, mais j'adore toute la période 1968-1970), et cet album, en 5 titres, le voici :

Atom Heart Mother (Father's Shout/Breast Milky/Mother Fore/Funky Dung/Mind Your Throats Please/Remergence) : Occupant toute la face A, Atom Heart Mother, scindé en six sous-parties (toutes sur une seule plage audio de 23,35 minutes), est un instrumental saisissant. Assurément, ce morceau-titre expérimental composé par le groupe avec l'aide de Ron Geesin (un musicien expérimental anglais) est le grand morceau de l'album, le meilleur morceau du disque, la grosse viande, quoi. Qu'a-t-on sur ce morceau ? Pas mal de cuivres, des choeurs assez glauques, oppressants, une guitare 'cocotte' très funky, un passage bruitiste flippant, une reprise finale du thème d'ouverture, lequel revient de temps à autre d'ailleurs... Mis à part une prise de son qui a légèrement vieilli, notamment pour la batterie qui fait un peu 'poum' (mais ce défaut touche l'album, pas seulement le morceau-titre), rien à dire, c'est immense. Complexe, mais immense.

If : La face B s'ouvre sur la première chanson de l'album, et le morceau le plus court avec 4,30 minutes, If, une ballade acoustique (guitare sèche et électrique, piano, et batterie très discrète) superbe, écrite et interprétée par Rober Waters (lequel est, rappelons-le, le bassiste du groupe). La face B de l'album, si on excepte le dernier titre, c'est un peu comme le disque studio d'Ummagumma : des pièces solo des membres du groupe. Celle-ci, touchante, très belle, aurait pu être interprétée par Barrett, tant on sent sa patte, ici. Doux, apaisant, If est une splendeur absolue.

Summer 68 : Conçue et interprétée par le claviériste Rick Wright (son piano rythme bien le morceau, mais on a aussi beaucoup de cuivres), Summer 68 est une des rarissimes chansons du groupe à ouvertement parler de sexe (on y parle d'un homme qui vit une relation intense avec une femme, ou plus exactement, qui se souvient de l'été 1968, où il vécût une histoire d'amour avec une femme qu'il n'a depuis pas revue). Tout du long de ses 5,30 minutes, la chanson est touchante et en même temps assez entraînante. Il semblerait que ce fut une des chansons préférées, du moins parmi les anglophones, de Léo Ferré, et c'est sans aucun doute vrai. Quoi qu'il en soit, c'est une des meilleures chansons de Wright, lequel est probablement mon Floyd préféré (RIP, il est mort en 2008). Sublime.

Fat Old Sun : 5,30 admirables interprétées et, avant ça, écrites, par le guitariste David Gilmour. Avec son solo de guitare admirable en final et son chant touchant (décidément, j'utilise souvent ce terme, mais il convient bien à ces trois chansons de la face B, je trouve) et très posé, avec son ambiance bucolique faisant penser à Grantchester Meadows ou Cirrus Minor, Fat Old Sun est ma préférée des trois chansons de l'album. Une merveille totale, absolue, une complète réussite. Et quel solo final, aussi !

Alan's Psychedelic Breakfast (Rise And Shine/Sunny Side Up/Morning Glory) : Instrumental en trois sous-parties (toutes sur une seule plage audio de 13 minutes), Alan's Psychedelic Breakfast est indéniablement le maillon faible de l'album à la vache. Le morceau propose donc trois sous-parties titrées qui sont intercalées entre des passages sonores dans lequels on entend l'Alan du titre (qui n'est pas Alan Parsons, ingénieur-son du groupe qui fondera son groupe par la suite, Alan Parsons Project, mais Alan Stiles, un roadie du Floyd) marmonner, parler tout seul en se préparant un breakfast digne de ce nom. Les trois segments musicaux sont sympas, surtout le dernier, plus abouti que les autres, mais dans l'ensemble, c'est un peu longuet et inégal. Sans être raté, Alan's Psychedelic Breakfast, clairement, n'atteint pas le niveau du reste de l'album. 13 minutes un petit peu chiantes, et c'est un gros fan du groupe (et de l'album) qui le dit !

 Au final, on a donc un disque aussi remarquable que très complexe, doté d'une ambiance assez oppressante et dérangeante. Un disque recherché, expérimental, parfois acoustique (la face B, qui offre donc trois merveilles absolues), presque parfait, car, on l'a vu, le dernier titre laisse un petit peu à désirer. Mais malgré ça, Atom Heart Mother est une vraie claque auditive !