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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet absolu de la chanson française, j'ai nommé Paris Ailleurs, cinquième album studio d'Etienne Daho, sorti en 1991, et incontestablement son plus grand disque. Très court (38 minutes pour 11 titres, c'est un de ses plus courts, derrière Mythomane), l'album a été enregistré principalement à New York, avec l'aide très importante d'Edith Fambuena, guitariste des Valentins (groupe rock français aussi constitué de Jean-Louis Pierot - claviers, basse - qui participe à l'album en musicien), musicienne ayant pas mal fait pour la pop/rock française de ces 20 dernières années (elle a bossé avec Bashung, Thiéfaine, Miossec, Daho...).

Des Attractions Désastre : Dayyyyyy-ho ! M'avez-vous déjà vu quelque part ? Rafraîchissez-moi donc la mémoire... Que demander de mieux, comme introduction, que cette chanson admirable, 3 petites minutes remplies de drôlerie et de douceur ? Avec la guitare toujours parfaite de la Fambuena (les refrains... Voir, aussi, le clip, dans lequel elle 'joue'), pour rythmer le tout, et des choeurs très soul pour agrémenter encore un peu plus la machine... Des Attractions Désastre est un des classiques absolus de Daho, et à l'écouter, on devine bien pourquoi. C'est classieux, entraînant, super bien foutu, avec une petite touche un peu 'glam' (si on peut dire)... Parfait !

Saudade : Tube absolu dont le titre est le nom d'une émotion, en portugais : la saudade, c'est une tristesse nostalgique, un spleen, mais dans le sens 'triste' du terme. La chanson, pourtant, n'est pas triste du tout, elle est au contraire très enjouée (en tout cas, le piano omniprésent et le chant enlevé de Daho ne rendent pas ce morceau triste et sombre, bien au contraire, mais assez lumineux). Une chanson purement et simplement majestueuse, un sommet absolu, un des nombreux sommets de Paris Ailleurs !

Comme Un Igloo : Autre tube absolu pour l'album, Comme Un Igloo est une tentative réussie de chanson soul/Motown à la française, une chanson éminemment groovy, sur laquelle Daho est en grande forme (C'est en toi que l'amour se love, jeu de mots franchement réussi). Les refrains sont irrésistibles, les choeurs, comme pour Des Attractions Désastre (notamment), apportent une touche supplémentaire et non négligeable au morceau, qui est un des meilleurs de l'album. Parfait !

Les Voyages Immobiles : Superbe chanson co-écrite par Daho et Helen Turner, Les Voyages Immobiles est une merveille aux accents western-spaghetti à la Leone/Morricone, la mélodie, lancinante, fait aussi penser à un des thèmes du film Kill Bill de Tarantino (lequel thème vient probablement, avant ça, d'un western, de toute façon !). C'est certes lent (ce qui n'empêche pas le morceau de se finir assez sèchement), mais c'est absolument sublime.

Un Homme A La Mer : Chanson datant de 1989, soit deux ans avant l'enregistrement de l'album, et qui fait partie de la bande-son d'un film intitulé Tant Pis Pour L'Idaho, un film qui, si je ne m'abuse, est un film musical/rockumentaire sur Etienne Daho, non ? (je ne l'ai pas vu) C'est un gros tube de plus, probablement même le plus gros tube de cet album ayant obtenu un disque de platine (et d'or, avant) en 1992. Refrain irrésistible, mais tout est grandiose ici ; une chanson aussi cartonneuse et magistrale que le sont Le Grand Sommeil (La Notte, La Notte), Epaule Tattoo (Pop Satori) ou Bleu Comme Toi (Pour Nos Vies Martiennes), une chanson importante dans la carrière de Daho, un de ses tubes absolus fédérateurs.

Interlude A La Désirade : Chanson la plus courte de l'album, et placée en son centre parfait, Interlude A La Désirade mérite bien son titre, c'est plus un interlude qu'autre chose. Moins de 2 minutes (à 10 secondes près), mais c'est quand même sublime, avec sa mélodie aérienne, éthérée, qui fait planer, et son chant parfait de Daho. En fait, c'est tellement réussi qu'une ou deux minutes de plus n'auraient pas été de refus, c'est dire ! Le morceau sert bien à scinder l'album en deux : après les merveilles de la première partie, place aux merveilles de la seconde partie !

Toi + Moi : Une guitare très présente et remarquable, mais aussi pas mal de cuivres (c'est le morceau qui, avec Comme Un Igloo, en contient le plus), pour une chanson touchante et en même temps très enlevée et virevoltante, au refrain en anglais (There's a place for us...), et qui, me semble-t-il, parle de la paternité. En tout cas, des allusions (Quand tu suces mon pouce, notamment) m'y font penser. C'est totalement réussi, une merveille de plus pour l'album !

Rue Des Petits Hôtels : Chanson très calme, avec la participation de Jean-Louis Pierot à l'orgue, et dont les paroles contiennent le titre de l'album (Parcours par coeur, Paris Ailleurs/Les souvenirs se traînent, l'enfance se promène/Rue des Petits Hôtels). C'est mélancolique, sublime, un de mes coups de coeurs de l'album parmi les chanson les moins 'cartonneuses' de l'album (entendons-nous bien, je veux dire par là, ce n'est pas un tube, c'est tout). Superbe ! 

La Berlue : Reprise d'une fameuse chanson de Françoise Hardy datant de 1972 (non, je ne suis pas fan de Françoise Hardy, je n'ai aucun mérite pour donner l'année d'écriture de cette chanson : c'est précisé dans le livret de l'album, ah ah ah !), La Berlue est une petite chanson assez entraînante, sympathique, mais mine de rien, c'est le morceau que j'aime le moins ici, sans pour autant dire que c'est une chanson que je n'aime pas du tout. C'est sympa, Daho la reprend bien, une guitare assez rock vient rythmer le tout, c'est bien plus pop que l'originale, mais aussi moins fort (pas le même style). La seule chanson de l'album pour laquelle on peut dire 'c'est pas mal' et non pas 'c'est grandiose', quoi. 

Double Zéro Et L'Infini : Morceau le plus long de l'album, avec, tenez-vous bien, tenez-vous mieux que ça, voilà, parfait, lâchez plus... 4,25 minutes. Une paille ! Et tout en étant le morceau le plus long de Paris Ailleurs, Double Zéro Et L'Infini est aussi une des meilleures chansons du lot, une chanson co-composée par Daho et Rico Conning, qui a pas mal bossé avec Daho dans les années 80 (Conning est, avec Fambuena, Arnold Turboust ou Jérôme Soligny, un des membres les plus influents et présents de la galaxie Daho). Une chanson assez électro/pop, refrain irrésistible, mélodie synthétique entêtante... Grandiose !

Paris Ailleurs : Final assez étrange et totalement réussi, presque instrumental tant les paroles sont rares (le gros du texte est débité en mode 'rapide' dans les trente dernières secondes du morceau, qui dure 3,45 minutes), et sur lequel un riff de guitare totalement irrésistible d'Edith Fambuena fait l'affaire. Une sorte de boucle sonore parfaite, agrémentée de choeurs également parfaits (Paaaaaris - Où ça ? - Paaaaris - Ailleurs). Ce morceau forme une paire parfaite avec le très électro/pop morceau précédent, et termine l'album avec panache ! Il donne, de plus, totalement envie de remettre ça.

 Paris Ailleurs est donc un must-have absolu, un chef d'oeuvre rempli de trésors. Un disque certes court, mais parfait, aucune mauvaise chanson, rien n'est en trop. A l'évidence, si Daho a offert ou offrira d'autres grands disques (Pop Satori, Pour Nos Vies Martiennes, Corps Et Armes, L'Invitation, Réévolution), ce disque de 1991 est vraiment son sommet, son plus grand disque, et un album indispensable pour tout fan de pop/rock française et de chanson française. Voilà, c'est dit !