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Pour ce nouveau Track-by-track, un album remarquable sorti en 1978, signé Jacques Higelin, et qu'Higelin, après l'avoir enregistré (en 1977, pendant qu'Iggy Pop et Bowie faisaient The Idiot, au même endroit, le Château d'Hérouville), considèrera comme raté (il reviendra totalement sur cette opinion par la suite, estimant avoir mis du temps à la comprendre, et depuis, c'est un de ses albums préférés). Cet album, gros succès commercial, c'est No Man's Land, qui contient le premier tube d'Higelin, Pars. L'album a été enregistré avec des musiciens de grand talent, comme Dan Ar Braz, Francis Moze, Michel Santangelli, Pierre Chereze, Serge Perathoner ou Christian Leroux.

Banlieue Boogie Blues : Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'adore vraiment ce son de guitare acoustique qui résonne agréablement dans les oreilles, dès le morceau (et l'album, donc) démarré. Banlieue Boogie Blues, dont une version remarquable se trouve sur le triple live (double CD depuis) Hold Tight - A Mogador de 1981, est une merveille nostalgique sur la vie dans la banlieue, avec ses risques, ses inconvénients, mais aussi ses atouts (peu nombreux). Chanson à la fois folk, bluesy et boogie, faut le faire ! Higelin chante à merveille un texte sublime (qu'il a lui-même écrit, comme l'album en général).

Pars : Premier tube pour Higelin, une chanson remarquable, introspective, enregistrée dans la douleur au cours d'une session nocturne difficile et longue. Le moog chamberlain que l'on entend sur le morceau était celui que Brian Eno avait fait pour Bowie, pour Low, et que Bowie (qui enregistrait en même temps qu'Higelin au même endroit) a prêté gentimé à Higelin pour l'occasion ! Une chanson touchante, efficace et sobre, la quintessence de la ballade higelinienne en quelque sorte. Mélodie imparable et inoubliable, paroles sublimes (Pars, surtout ne te retournes pas). Pars est grandiose.

Denise : Chanson punk qui n'aurait pas dépareillé sur BBH 75, mais que, personnellement, je n'aime pas plus que ça. Pourtant, j'adore BBH 75, album punk/rock démentiel de 1974 (déjà abordé dans cette catégorie), mais Denise, bof, je la trouve un peu banale, surtout les paroles. Ce n'est pas mauvais, mais c'est clairement le morceau de No Man's Land qui me gêne un peu, sans doute est-elle trop à part par rapport aux 7 autres chansons de l'album !

Un Aviateur Dans L'Ascenseur : A toi qui veille sur l'ombre de mes nuits/Je dédie cet air qui me vient d'un très beau matin... Le début est magnifique. Après, si le morceau est un petit peu longuet (et encore, je chipote, car il dure moins de 5 minutes), Un Aviateur Dans L'Ascenseur n'en demeure pas moins une remarquable chanson, une des meilleures de l'album, et comme l'album est un des meilleurs d'Higelin, forcément... Pas ma préférée ici, mais il serait dommage s'en passer !

Lettre A La Petite Amie De L'Ennemi Public N°1 : Encore une chanson assez étonnante musicalement parlant, parfois proche du style de l'album précédent (Alertez Les Bébés !) et du suivant (le diptyque Champagne Pour Tout Le Monde.../...Caviar Pour Les Autres). Paroles encore une fois très très réussies (Vu l'portrait qu'y m'ont taillé/Y à plus personne pour repasser mes chemises), et mélodie de même. Pas ma préférée de l'album, mais cette chanson achève bien la première face.

L...Comme Beauté : Ouvrant la face B (qui ne contient donc que trois titres, mais le dernier est très long), L...Comme Beauté est une très belle chanson, même si je la trouve un chouia longuette (5 minutes) pour me plaire totalement. Elle possède de sublimes paroles, on ne saurait dire le contraire (Tu es la beauté qui s'ignore/Oubliée dans la nuit des temps est une superbe manière d'ouvrir la chanson), et est, musicalement, très sympathique, bien qu'un peu à part. Moui, dans l'ensemble, un peu trop longue, mais franchement très jolie chanson !

Les Robots : Un peu de Kraftwerk avant l'heure ! Marrant, car en 1978, Kraftwerk, fameux groupe allemand d'électrorock, sortira The Man Machine, qui contient le grandiose The Robots. Moins d'un an plus tôt, Higelin enregistre cette chanson au titre similaire, mais français, et contenant des paroles en allemand (en fait, Higelin compte 1, 2 ,3, 4... en allemand, le reste des paroles sont en français) ! Mélodie électro/funk/rock, assez improbable mais, en même temps, sublime (quel son de guitare ! La batterie ! La basse !), et qui est, je l'avoue sans aucune honte, mon préféré de l'album, devant Pars et le morceau suivant, qui est, il faut le dire, grandiose. Mais Les Robots est aussi grandiose, je le dit haut et fort !

L'Amour Sans Savoir Ce Que C'Est : 10 minutes et 30 secondes de bonheur absolu, se finissant par une chorale d'enfants (d'une école de Bondy), et démarrant par ces mots inoubliables, Y'à eu un tremblement de terre/Un champignon, la guerre/Un éclair blanc/Et je n'sais plus pourquoi/Je me retrouve sur cette route/Les cheveux balayés par le vent. Chanson-fleuve touchante aux paroles remarquables, L'Amour Sans Savoir Ce Que C'Est est assurément un sommet d'Higelin (et de l'album). Je ne suis qu'une ce ces milliards de bouches/Ouvertes à en crever... Allez, assez parlé, il suffit d'écouter. C'est admirable.

Au final, 38 minutes (presque 39) de bonheur, tour à tour rock et 'traditionnel', avec même une incartade punk (Denise) et une autre funk/électro (Les Robots). No Man's Land, incompris par Higelin à sa sortie (il s'engueulera avec Laurent Thibaut, qui a enregistré le disque, prétextant l'album raté, et Thibaut, lui, lui assura le contraire et prédira un gros succès, qui effectivement arrivera) et depuis un de ses chouchous, est une réussite absolue de plus pour le chanteur. Un disque assez populaire qui annonce, dans un sens, Champagne Pour Tout Le Monde... et ...Caviar Pour Les Autres, les deux albums suivants d'Higelin (1979 tous deux) !