Z36

Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet absolu de rock, de hard-rock en fait, et un disque très récent, puisque sorti en 2009 : le premier album, éponyme, des Them Crooked Vultures. Qui sont les Them Crooked Vultures ? Un super-groupe d'enfer, un trio constitué de trois légendes de générations diverses : le chanteur et guitariste est Joshua Homme, anciennement de Kyuss, puis des Queens Of The Stone Age, un géant rouquin fan de stoner (genre musical mélangeant punk, grunge et metal, qu'il pratique avec QOTSA) ; le batteur est Dave Grohl, batteur de Nirvana, ayant participé à un album des QOTSA (et, en plus, le meilleur : Songs For The Deaf) et ayant fondé son groupe, les Foo Fighters, où il tient le chant et la guitare ; et enfin, le bassiste et claviériste, le seul Anglais du groupe, est une légende vivante du rock, j'ai nommé John Paul Jones, qui fut bassiste et claviériste, excusez du peu, de Led Zeppelin. Trois légendes vivantes se réunissant, ça fait durcir le slip, pas vrai ? L'album fut attendu des rockeux, et, à sa sortie, fut une bombe, malgré un succès d'estime (pas de tube, pas de promotion TV ou radio) pour le grand public. Ce disque, 67 minutes, le voici :

No One Loves Me & Neither Do I : Intro remarquable, au rythme assez pesant (riff de la mort, bien cradingue et lourd, du pur stoner à la Queens Of The Stone Age), voix claire de Homme, No One Loves Me & Neither Do I ('Personne ne m'aime, et moi non plus') est une réussite. En même temps, avec de tels musiciens (assistés d'un autre QOTSA pour les choeurs, Alain Johannes), difficile de foirer quoi que ce soit ! A noter, le final, surprenant et violent, une montée en puissance limite flippante, survenant après un break de folie (et un son qui monte en force après ce break). Infernal !

Mind Eraser, No Chaser : Riff tueur en intro pour cette chanson qui, il me semble, est sortie en single pour promouvoir le disque. Présence remarquée, pour les choeurs du refrain (All I want to do is got my mind erased), de John Paul Jones (et Grohl aussi, vraisemblablement, lequel est vraiment un Dieu de la batterie). Dans l'ensemble, cette chanson est une tuerie absolue, jouissive, bourrine, certes, mais vraiment grandiose. Après une telle salve d'intro, le doute n'est pluspermis, ce premier album des TCV va être immense ! A noter, final délirant à base de fanfare un peu décalée, effet assez rigolo.

New Fang : Argh, petite (et première) déception ; New Fang n'est qu'une très bonne petite chanson, rien de comparable avec les deux premiers titres (et avec les suivants). Rien de vraiment notable ici. Attention, rien de mauvais non plus, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que cette chanson au demeurant assez courte (3,50 minutes, mais ce n'est pas la plus courte) est assez décevante, peu originale.

Dead End Friends : La voilà, la chanson la plus courte, 3,15 minutes seulement, mais en revanche, elle est vraiment belle ! Dead End Friends redonne espoir après un New Fang un peu banal. Et la suite sera elle aussi bien efficace, et même meilleure ! Ici, c'est à la fois nerveux et mélodique, le chant de Homme est juste admirable - j'adore vraiment la voix de ce type, qui peut être à la fois agressive et douce. Une grande chanson, donc !

Elephants : Ce morceau, très zeppelinien dans l'âme, mérite bien son nom, tant la guitare sonne comme un...barrissement d'éléphant ! Elephants est une chanson très puissante, au rythme lourd, pachydermique, ce qui est volontaire évidemment. Une des meilleures du projet, tout simplement, et la voix de Homme est juste parfaite ici. Un morceau radical, certes très long (presque 7 minutes, pas le plus long, mais un des plus longs), mais immense !

Scumbag Blues : Double influence ici : Led Zeppelin, d'abord, comme pour quasiment tout l'album (rien que par le fait que John Paul Jones était membre du groupe), et surtout pour ce remarquable petit solo de clavinet, joué par Jones, et faisant furieusement penser au Trampled Under Foot de Led Zep (Physical Graffiti, 1975) ; mais la référence la plus évidente est, ici, Cream : entre le chant haut-perché de Homme faisant penser à celui de Jack Bruce sur une chanson telle que Strange Brew, et le son de guitare assez claptonien, sans parler des choeurs, tout ramène à Cream ici. Une chanson aussi efficace que faire se peut !

Bandoliers : Lorsque Leslie Barsonsec, chroniqueur occasionnel du blog, a abordé le disque (qu'il attendait très très fort, comme moi), il a considéré Bandoliers comme son point faible, tout en avouant aimer la chanson. Quelques écoutes plus tard, il changeait quelque peu d'avis à son sujet. J'ai personnellement toujours apprécié cette chanson au rythme saccadé (multiples breaks, changements de rythmes), au riff claironnant et remarquable, au chant parfait... Pour moi, c'est clair, un des sommets de l'album !! Long (5,40 minutes) mais puissant.

Reptiles : Si Elephants était volontairement pachydermique dans son rythme, Reptiles est, lui, très sinueux, reptilien, ce qui est également volontaire (ou alors, grosse coïncidence, ah ah ah, avec son titre). J'avoue être moins fanatique de cette chanson que des trois précédentes, mais c'est de peu, car entre les guitares sinueuses et la rythmique de malade, entre le chant remarquable et l'ambiance qui l'est tout autant, cette chanson pas trop longue (elle dure 4,15 minutes) est une incontestable réussite dans le binaire. Bourrin (enfin, il existe plus bourrin encore), mais efficace.

Interlude With Ludes : Totalement psychédélique, avec son rythme chaloupé et étonnant, assez bizarroïde. Honnêtement, je n'aime pas cette chanson autant que les autres, mais elle est très drôle, fendarde, et vraiment camée ! On sent l'usage de la came en entendant ce titre qui semble avoir été fait sous LSD ou ecstasy... Comme son nom l'indique, c'est un interlude entre deux chansons pharaoniques. Un des mantras du groupe, To make the impossible totally impossible (visible sur la pochette, au dos du livret, dans un écusson) est dans les paroles de cette chanson bien barrée et lysergique, ainsi que ce que l'on lit sur le bus à impériale, dans le boîtier interne (Forever and ever, also forever) !

Warsaw Or The First Breath You Take After You Give Up : Morceau le plus long de l'album (7,50 minutes), et son titre aussi est le plus long, ce n'est sûrement pas une coïncidence ! Probablement un peu trop long (honnêtement, dans le passage un peu psychédélique central, il y à quelques longueurs ; ce morceau est vraisemblablement plus efficace en live qu'en studio, aussi, selon Leslie, qui a assisté à un rare show parisien du groupe), Warsaw Or The First Breath You Take After You Give Up ('Varsovie, ou la première bouffée d'air que l'on prend après avoir abandonné') est aussi et surtout sous influence Doors. Entre le chant, le rythme, l'ambiance, tout ramène au mythique groupe de Jim Morrison ici, en version heavy quand même. Bref, longuet par moments, mais immense aussi, je vous assure !

Caligulove : Un hard-rock assez remarquable, au titre étrange en forme de jeu de mots. Honnêtement, pas ma préférée ici, mais c'est quand même, je le redis, remarquable. Le refrain (Come on, caligulove me) assure, le jeu de guitare de Josh Homme aussi, assez tortueux, et la rythmique...entre la batterie de Grohl et la basse de Jones, c'est immense, rien à dire. Bref, encore un classique, encore une réussite, pour les TCV !

Gunman : Immense !!! 4,45 minutes au Paradis des rockeux, des métalleux, des fans de stoner aussi. Gunman, avec son rythme pesant, lourd comme une enclume, avec son chant empesé aussi, avec son refrain remarquable, sesaccents légèrement orientaux par moments (enfin, je trouve), est un des sommets ABSOLUS de Them Crooked Vultures, une chanson infernale, sans répit, un chef d'oeuvre. Rhââ, en fait, les mots me manquent...Bref, je vous conseille ardemment d'écouter cette chanson, si vous aimez le bon gros son rock, vous devriez adorer !

Spinning In Daffodils : Enfin, le final, long (7,30 minutes) mais imparable, en deux temps. Une des chansons les plus remarquables de l'album avec Elephants, Bandoliers, Gunman et Mind Eraser, No Chaser, clairement, définitivement. A noter que le titre signifie 'tourner dans les pâquerettes'. "Daffodils" fait penser à un nom de médicament, mais veut bel et bien dire 'pâquerette' ! La chanson est pesante, lysergique, parfois oppressante, même si un bon gros riff vient réveiller l'auditeur de temps en temps. Et ce final, changement de rythme, qui donne furieusement envie de réécouter les 67 minutes de l'album... Immense, quoi !

Au final, un disque qui, sous sa très moche pochette (seul défaut pour moi), offre une succession de monstrueuses chansons, 13 titres infernaux, psychédéliques, métalliques, bourrins ou subtils, remplis de références, et rendant un bel hommage au son binaire, du pur rock, du pur hard-rock. Them Crooked Vultures, qu'on espère un jour être suivi d'un nouvel album, est donc une merveille absolue qu'un fan de gros son se doit de posséder !