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70ème Track-by-track ! Et pour la peine, un disque qui m'est très très, mais alors très très, mais alors vraiment très très cher : Diesel And Dust, album de Midnight Oil (groupe de rock australien), datant de 1987. Vous connaissez ce groupe, pas vrai, avec son chanteur charismatique, géant (de par la taille, donc, au sens propre) chauve à la voix un peu irritante (par moments) du nom de Peter Garrett, qui deviendra ministre dans son pays par la suite. Un mec très préoccupé par l'écologie et les droits civiques, du moins, au sein de Midnight Oil. L'album, qui fut conçu après que les Oils passèrent un an dans le bush australien, dans une petite cabane, à la manière aborigène, l'album, donc, sera un immense succès commercial, grâce à la présence de plusieurs tubes. L'album, aussi et surtout, est un plaidoyer de 47 minutes en faveur des droits des aborigènes australiens, peuple quasiment chassé de sa terre natale par les Blancs. A noter, aucun des membres du groupe n'est aborigène, donc, cet engagement n'est pas subjectif. L'album, le voici :

Beds Are Burning : On peut vraiment parler de tube atomique avec cette chanson ouvrant le bal. Encore diffusée assez régulièrement à la radio, Beds Are Burning est une chanson sociale clamant qu'il faut rendre à César ce qui est à César, en l'occurence, ici, il faut rendre leur terre aux aborigènes, chassés de chez eux par le progrès et l'Homme Blanc (dont les Oils font partie). How can we dance while the Earth is turning ?/How do we sleep while our beds are burning ?/The time has come/To say fair-fair/To pay the rent, to pay our share. Musicalement, c'est jouissif. Idéologiquement, c'est superbe.

Put Down That Weapon : Même sujet, à peu près, que la précédente chanson (en fait, ici, on parle du progrès qui a tout ravagé : That's the grey metal ships called home). Musicalement, c'est sans aucun doute ma chanson préférée de tout le répertoire du groupe, et, donc, de l'album (forcément). Les paroles sont marquantes, Put down that weapon, or we all be gone/You must be crazy, if you think you're strong. Il y à un je-ne-sais-quoi, ici, sans doute les claviers dans les refrains, qui me filent la chair de poule. Grandiose, j'adore !

Dreamworld : Chanson courte (dans les 3,30 minutes), très énergique et pop, pas la plus subtile de l'album, c'est clair, mais franchement sympathique. End, your dreamworld is just about to end... Là encore, texte engagé, fort, et chant concerné. La musique est sans doute un peu trop guillerette, parfois, ou un peu trop 'forte'. Dreamworld est une bonne chanson, oui, mais une grande chanson ? Non. Elle n'est pas du niveau des deux précédentes chansons, ou de pas mal des suivantes ; mais elle est vraiment pas mal du tout !

Arctic World : Changement de ton, Arctic World est plus sombre, plus calme, plus froid, même (d'ailleurs, le titre est en osmose avec cette froideur !). Superbe chanson sur laquelle le chant de Garrett est plus sobre, on ne peut pas dire que sa voix soit irritante ici. On y dénonce la pollution, les dérives sociales, There is nothing that grows in your arctic world. Le message, encore une fois, est on ne peut plus clair et bien exposé. Superbe chanson, même si son côté introspectif et lent peut ennuyer à la première écoute.

Warakurna : Contenant le titre de l'album dans ses paroles (Diesel and dust is what we breathe), Warakurna (un mot sans aucun doute d'origine aborigène) est une chanson qui, tout comme Beds Are Burning ou la suivante (et d'autres encore), aborde le douloureux problème des aborigènes et de la terre qui leur a été volée par les Blancs. Some folks live in water tanks, some folks live in red brick flats. Et ce refrain : Warakurna, camels roam/Fires are warm and dogs are cold/Not since Lassiter was here/Black man's got a lot to fear/Some people laugh, some never learn/This land must change or land must burn... Energique, mélodique, agressif, engagé : toute la force du message des Oils est dans cette chanson.

The Dead Heart : Ouverture de la face B avec un tube, sans doute le deuxième plus gros tube de l'album après Beds Are Burning, j'ai nommé The Dead Heart. Et là, c'est immense. Que dire ? Chant ultra concerné de Garrett, choeurs parfaits du groupe dans le refrain (We carry in our heart the true country/And that cannot be stolen/We follow in the steps of our ancestry/And that cannot be broken). On l'aura compris en lisant les paroles du refrain (mais pas que du refrain), The Dead Heart, avec sa mélodie entêtante en vocalises, son rythme lancinant, est une chanson de plus en faveur de la cause aborigène. Une de celles avec laquelle le message passe vraiment le plus dans les esprits. En dehors de ce côté engagé, la chanson, vraiment, est sublimissime. Un chef d'oeuvre !

Whoah : Petite déception avec Whoah. Déjà, le titre est ridicule. Mais bon, la chanson est indéniablement la moins bonne de tout l'album, et le pire : elle est coincée entre deux sommets (car Bullroarer, la suivante, mon Dieu, est un sommet !). Un peu comme Arctic World, dans un sens, à savoir, chant un peu plus posé et sobre, mais ici, la sauce prend nettement moins bien, pléonasme. Ce n'est pas mauvais, mais c'est moyen, même si le refrain est meilleur que les couplets. Oui, définitivement le maillon faible de l'album.

Bullroarer : Intro grandiose, mélodie parfaite, refrain immense, paroles fantastiques, que dire ? Bullroarer est une des plus grandes chansons de l'album et du groupe. Même les nananana nananana assez répétitifs sont remarquables, jamais chiants, et pourtant, 9 fois sur 10, ce genre de vocalises répétitives sont ennuyeuses à la longue. Durée parfaite, de plus, et interprétation sans failles, cette chanson engagée en faveur de qui vous savez (les aborigènes) est une merveille absolue de plus.

Sell My Soul : Ambiance plus pesante, lente, chant limite tribale, Sell My Soul est une de mes grandes préférées de l'album, mais j'ai mis, je l'avoue, beaucoup de temps à l'aimer. Le titre ('vendre mon âme') est éloquent, c'est encore une fois une chanson engagée, texte fort et puissant. Le chant posé de Garrett accentue encore le côté tribal et engagé de la chanson, qui est franchement remarquable.

Sometimes : Dans la lignée de Dreamworld, autrement dit, pop, pop, pop à outrance, très énergique, avec un refrain très entêtant et moyennement subtil dans sa mélodie. C'est pas recherché, c'est de la pop de stade, mais c'est franchement sympa, aussi. Sometimes est presque un morceau mineur, mais il est agréable, et le reste après plusieurs écoutes. Bref, comme Dreamworld : loin d'être un des meilleurs morceaux, mais assez bon !

Gunbarrell Highway : Sur cette chanson achevant vraiment bien l'album, j'aime surtout le refrain et le son de la guitare (intro). Sinon, on ne peut pas dire que Gunbarrel Highway brille par son originalité : la chanson est très pop/rock, bien interprétée, même style de chant que pour les autres chansons, et le texte est engagé, comme pour les autres chansons ici. Mais cette chanson assure vraiment dans son refrain, et en tant que final pour Diesel And Dust, c'est très efficace ! J'adore, donc !

Au final, que dire ? 10 grandes chansons (et une, Whoah, qui l'est moins, sans être pour autant à chier), une excellente production, un grand cri du coeur en faveur d'une cause sociale et ethnographique, et des textes parfaits. Le chant de Garrett, on l'a vu, est parfois un petit peu over the top dans les aigus, mais c'est son style, il a toujours chanté comme ça, depuis les débuts (années 70) du groupe. Rempli de tubes et de classiques, ce disque est le meilleur du groupe, leur best-seller aussi, celui qui fera connaître les Oils dans le monde entier...C'est, aussi, l'album qui marque la limite : si les fans écoutent l'ensemble de la discographie du groupe, riche en grands albums (Head Injuries, Breathe ou 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1), dans l'ensemble, pour le grand public, Midnight Oil = Beds Are Burning épicétou, et c'est franchement dommage. Bref, ce que je veux dire, c'est : il faut à tout prix écouter cet album, mais aussi découvrir les autres albums du groupe !