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Nouveau Track-by-track, et un classique absolu de la pop/rock, j'ai nommé Hotel California, cinquième album des Eagles, et leur sommet, sorti en 1976. L'album sera un succès immense, leur plus grosse vente de disques (avec leurs best-ofs), et leur album le plus connu. C'est, aussi, leur sommet, bien que One Of These Nights (leur précédent), soit également une totale réussite, que j'aborderai ici un de ces jours, forcément. Les Eagles ont remplacé leur guitariste/banjotiste Bernie Leadon par Joe Walsh, qui apporte un son plus rock à l'ensemble. Les classiques, on va le voir, abondent sur ce disque de 43 minutes pour 9 titres, et ces 9 titres, les voici :

Hotel California : 6,30 admirables, cultissimes, un des slows par excellence. Oui, cette chanson a réellement gavé le monde du rock de 1976 et des années suivantes, elle fut matraquée sur les ondes radio, à la TV, dans les boîtes... On en oublierait presque le sujet de la chanson : sous des allures de chanson parlant d'un hotel hanté, rempli de créatures, et qui aspire toute personne y pénétrant (You can check it any time you like, but you can never leave), la chanson parle, en fait, d'addiction à la drogue, aux drogues dures (la même phrase en exemple, et qui signifie 'Vous pouvez venir quand vous voulez, mais vous ne pourrez jamais partir'). On notera aussi une caustique allusion à Steely Dan (They stabbed it with their steely knives but the just can't kill the beast), réponse à une phrase assassine (Turn up the Eagles, the neighbors are listening) que Steely Dan avait placé dans leur chanson Everything You Did, sur The Royal Scam, en cette même année 1976, quelques mois ou semaines plus tôt. Sinon, de ses paroles à son solo, en passant par le chant du batteur Don Henley, c'est une immense chanson.

New Kid In Town : Glenn Frey (guitare) au chant, pour une pure merveille qui sortira en single (trois singles sortiront, issus de l'album), et qui, en 5 minutes, offre un condensé admirable de pop californienne à la Fleetwood Mac. Une chanson sur le mode de vie à la californienne, une chanson toute en douceur, en calme, magnifiquement interprétée, immédiatement culte et retenable. Johnny come lately, the new kid in town, will she still love you, when you're not around ? Une grande chanson pop.

Life In The Fast Lane : Changement de style radical. Riff efficace (de Joe Walsh, ou de Don Felder), et chant musclé de Don Henley, pour ce troisième single à succès pour l'album. Life In The Fast Lane, rempli de reverb, d'écho, de riffs décapants, portée par un rythme aussi effréné que le titre de la chanson ('La vie sur la voie rapide'), est une réussite de plus. J'avoue cependant que c'est la chanson qui me plaît le moins ici, sans doute parce qu'elle détonne trop par rapport aux autres, elle est trop évidente, limite vulgaire dans son étalage de rock heavy. Je préfère les Eagles plus subtils, comme les précédents opus (assez country-rock) ou comme les autres chansons de l'album. Mais c'est quand même très bon !

Wasted Time : Superbe chanson, toute en émotion, interprétée par un Henley en forme (excellent chanteur, de toute façon). Tout est beau ici : la musique, surtout l'introduction, est magnifique, le chant assure, les paroles sont sans doute pas totalement originales, mais elles sont belles, et la durée (un peu moins de 5 minutes) est idéale. Dans l'ensemble, une superbe chanson, achevant idéalement la première face.

Wasted Time (Reprise) : 1,25 minutes ouvrant la face B, une reprise instrumentale et symphonique (réellement, pas d'instruments rock traditionnels ici) de Wasted Time. C'est joli, très très joli. Après, c'est un intermède de 1,25 minutes servant à ouvrir la face B, rien de plus.

Victim Of Love : Morceau très rock, s'ouvrant en fanfare (le décalage avec Wasted Time (Reprise) est incroyable), interprété par Henley, et foutralement efficace, on ne saurait dire le contraire. Refrain imparable, guitare slide remarquable (de Walsh, je crois), le chant assure, et si les paroles font un peu con-con (rien que le titre de la chanson ne fait pas preuve d'originalité...), Victim Of Love, dans l'ensemble, est une réussite de plus !

Pretty Maids All In A Row : On touche, progressivement, au sublime ici. Interprétée par le nouveau-venu Joe Walsh, Pretty Maids All In A Row ('Jolies filles à la queue leu leu'), tout en faisant des allusions aux groupies qui devaient pulluler autour du groupe (comme autour de pas mal de groupes de rock tels Led Zeppelin ou AC/DC), est une petite merveille de douceur musicale, démarrant lentement, progressivement. Le chant de Walsh est superbe, posé, calme, beaucoup de piano et une guitare slide remarquable. Le final, tout en vocalises, est sublime ; cette chanson a un je-ne-sais-quoi de touchant, qui la rend totalement attachante, c'est un de mes coups de coeur de l'album et du groupe.

Try And Love Again : Nouveau chanteur (enfin, nouveau, non, car il chante sur les albums précédents du groupe) : le bassiste Randy Meisner, et sa voix haut-perchée. Meisner, présent depuis le début des Eagles, quittera le groupe après ce disque (il sera remplacé par Timothy B. Schmitt pour l'album suivant, The Long Run, 1979, qui est remarquablement et excessivement mauvais). Son de guitare claironnant en intro (mon Dieu que j'adore ce son de guitare !!), chant remarquable même s'il faut sans doute se faire à sa voix si on ne la connaît pas encore, et durée parfaite de 5 minutes, Try And Love Again est, avec la suivante, ma préférée absolue de l'album. Tout y est parfait, y compris les refrains. Une pure merveille.

The Last Resort : Frissons. 7,25 minutes de frissons, notamment ce final ahurissant, remarquable, sensationnel, à base de moog. Un son de claviers parfait, qui va en fade, avec le groupe derrière, assurant la rythmique. Un final renversant pour la chanson et l'album, qui me file des frissons, limite me fait piquer les yeux, c'est dire ! La chanson, qui parle de la conquête du Grand Ouest par les Hommes Blancs, au détriment des Indiens, et de la modernisation qui ravage tout, est une merveille absolue, paroles cinglantes, déchirantes (interprétées à la perfection par Henley), et musique le plus souvent très émouvante, toute en subtilité. Le sommet de l'album et du groupe, clairement ! ET ce final, mon Dieu, ce final...

 Au final, disque pop et rock, rempli de classiques et de tubes, Hotel California est un must absolu. On notera, pour le final, la réputation sataniste de la pochette et de la chanson-titre. Pour la chanson, j'ai eu l'occasion de dire, plus haut, les raisons de cette légende urbaine. Pour la pochette, il semblerait que, dans la photo de l'intérieur de pochette, l'être situé en haut du balcon surplombant le hall rempli de gens, cette personne étendant ses bras sur la surface situé dessous, serait Anton LaVey, leader de l'Eglise de Satan. Cet hotel se trouvant sur la pochette aurait servi pour des cérémonies occultes de ladite secte sataniste... De même, le balayeur de couleur se trouvant sur la photo du verso de pochette (même lieu que l'intérieur de pochette, mais vide) ne se serait pas trouvé sur les lieux quand la photo a été prise... Toutes ces légendes en ajoutent au côté culte de l'album, évidemment, et font bien marrer ! L'album, sinon, on l'a vu, est indispensable.