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Pour ce nouveau Track-by-track, un sommet de hard-rock français, j'ai nommé Répression, deuxième album de Trust, album sorti en 1980. Le groupe, ici, rend hommage à deux personnalités bien distinctes (pléonasme). La première est un de leurs amis, mort en 1980, au moment de l'enregistrement du disque (sur leur album suivant, Ton Dernier Acte lui rendra hommage), Bon Scott, leader d'AC/DC, copain avec Trust. Le deuxième, Truste ne lui rend pas vraiment hommage, mais deux chansons parlent bien de lui, c'est Jacques Mesrine, abattu par la police en 1979, ennemi public N°1. Renaud lui dédiera Marche A L'Ombre (l'album), sous le nom de "Paul Toul de Paris", la même année que Répression de Trust. Mais revenons à Trust, qui nous livre ici un disque furax, littéralement, et que voici :

Antisocial : Ouvrir l'album sur son tube absolu, 5 minutes de folie heavy, paroles virulentes et riff tronçonneuse, a de quoi étonner, dans un sens. Comme à chaque fois que la chanson la plus connue d'un album l'ouvre, en fait. Inutile de dire que cette chanson est réussie, je pense que tout le monde connaissant un tant soit peu la musique rock le sait. Heureusement que le reste de l'album est d'un très très bon niveau aussi, car sinon, ouvrir Répression par une telle bombe atomique aurait pu être maladroit (du style 'après cette chanson, c'est moins bon'). Un must.

Monsieur Comédie : Chanson efficace comme un coup de boule donné par quelqu'un portant un casque à pointes, Monsieur Comédie parle de fanatisme religieux, et plus particulièrement de l'ayatollah Khomeini (on voir le jeu de mots du titre), qui dirigeait l'Iran à l'époque, et qui s'était un temps réfugié en France avant de rentrer dans son pays pour y faire règner sa loi, une fois la révolution islamique du pays effectuée. Un fanatique sanguinaire. Derrière le vieux croyant se terrait le tortionnaire. Chanson très virulente et sanguinaire, Trust n'y va pas par quatre chemins. Une de mes préférées de l'album avec Le Mitard, Saumur et la suivante (et, oui, la précédente).

Instinct De Mort : Chanson fantastique, démarrant à peu près de la même manière qu'Antisocial, à savoir, calmement, avant de plonger dans la furie métallique. Première des deux chansons de l'album à être en lien avec Mesrine (le titre de la chanson est aussi celui du livre que Mesrine écrira en prison, et qui deviendra le titre du premier des deux films de Richet avec Vincent Cassel dans le rôle du truand). Paroles en béton armé, musique d'enfer, ambiance parfaite, chant idem, Instinct De Mort est un des grands classiques de Trust !

Au Nom De La Race : Titre de chanson assez hargneux et violent, douteux, même, pour une chanson qui, on s'en doute, fustige le racisme et les inégalités. Le narrateur de la chanson est un vrai salopard (Au nom de la race, je passe/ Sans te regarder, non identifié/Au nom de la crasse, je grimace/Pour rien au monde je ne cèderais ma place). Les paroles sont excellentes, la musique, un petit peu moins, mais dans l'ensemble, c'est efficace !

Passe : Refrain imparable (Passe, passe devant moi/Tel le rapace, je peux surveiller mes proies), et musique bien bourrine, pour une chanson assez teigneuse, mais que je trouve un peu moins explosive et forte que les précédentes. La face A s'achevait avec ce titre assez sympathique, efficace, mais au demeurant un petit peu plat, quand même. Enfin, c'est pas mauvais, mais force est de reconnaître que les fins de face de l'album sont un peu mineures (c'est le cas aussi de la face B, donc, qui s'achève sur une chanson un peu moyenne)...

Fatalité : Très courte (2,55 minutes) chanson ouvrant la face B avec panache, et sur un sujet de plus en plus actuel, la misère sociale dans les banlieues dites chaudes, les banlieues où, soit-disant, grouille la vermine selon les fascistes du pays. Trust, on le devine aisément, défend ces banlieues, sans en faire l'apologie. Un peu comme Deuxième Génération de Renaud (1983), avec quelques années d'avance et mille fois plus de virulence et de hargne. Très bon.

Saumur : Chanson que je pensais, au départ, être anti-militariste (enfin, dans un sens, elle l'est aussi), critiquant la fameuse école militaire du Cadre Noir, mais, en fait, Saumur est une chanson qui défonce la ville bourgeoise du même nom, en partie pour reprendre l'expérience d'un ami du groupe (Patrick Coutin, chanteur de J'Aime Regarder Les Filles), lequel, à son retour à Saumur, s'est vu devenir persona non grata, et aussi une expérience personnelle de Trust, qui s'est vu interdire de concerts à Saumur et s'est vengé avec cette chanson (Et on pisse sur Saumur/Le bastion de l'ordure). Une chanson teigneuse, virulente de presque 6 minutes (la plus longue de l'album), assez bluesy par moments (rythmique), et franchement, qui déplaira aux militaires et bourgeois, ainsi qu'aux originaires de Saumur ne faisant pas partie des classes populaires ou moyennes ! Excellente chanson, au demeurant.

Le Mitard : Pour moi, le sommet de l'album et de Trust, c'est clair, évident. 5 minutes remarquables, s'achevant par un caméo vocal de Jacques Mesrine, extrait d'une bande-sonore que l'ennemi public N°1 avait enregistré, peu avant sa mort. Je suis dans une cellule dont on ne s'évade pas. Mesrine, d'ailleurs, est l'auteur de 99% du texte de cette chanson, texte écrit en prison (ou entre deux passages), et que Trust s'est réapproprié en rajoutant Mesrine de temps en temps (fin de refrains, et ce final dantesque). Guitare tronçonneuse, mais, avant ça, intro lente, juste la voix de Bonvoisin déclamant le début du texte. Puis, ça explose et s'emballe, Fleury-Mérogis, un jour de septembre 76/Où j'existais si peu que j'n'étais même pas personne... Le Mitard, bombe anti-prisons, est un choc. Je vous vois une larme, pourquoi vous attrister ? "Pauvre chien", me dites-vous ; en voilà une erreur/Car c'est un homme, madame...il est emprisonné/C'est celui que vos pairs ont si bien condamné, Mesrine !

Sors Tes Griffes : Que ressent un ex-taulard ayant payé sa dette envers la société, etant sorti de taule, et ayant envie de reprendre une vie normale ? On lui refuse un emploi stable et normal sous prétexte qu'il a fait de la taule, et diverses autres brimades et humilations. Dans cette chanson, Bonvoisin et ses p'tits potes encouragent les gens dans cette situation à sortir leurs griffes pour se faire respecter (On parle autour de toi), pour reprendre confiance en eux aussi. Musicalement, bourrin comme d'habitude (un excellent guitariste, ce Nono Krief !). Pas la meilleure de Répression, mais efficace.

Les Sectes : La chanson la plus courte de l'album, 2,45 minutes, et probablement pas une des meilleures. Mais Les Sectes est quand même bien nerveuse, speedée, limite punk, et, surtout, elle dénonce, comme les autres titres de l'album. Ici, des hindouistes à ce malade de Jim Jones, la chanson démantibule allègrement et hargneusement les groupes sectaires (Cotise, cotise, pour la Terre promise). J'ai toujours aimé le Et merde ! final, limite rieur, de Bonvoisin. Pas très subtil, assez bourrin (par conséquent), mais efficace, à défaut d'être totalement réussi.

Album violent, virulent surtout, un des disques les plus engagés et contestataires que je connaisse, Répression est, selon moi, le meilleur album de Trust (bien que Marche Ou Crève, leur suivant, soit également remarquable). On l'a vu, quasiment que des classiques ici, et si cinq chansons sont plus grandioses encore que les autres, aucune des dix chansons n'est mauvaise (tout au plus, deux sont moyennes). 40 minutes mouvementées, rythmées par la voix de Bernie Bonvoisin, agressive et revendicative. Un disque puissant et culte !