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Pour ce nouveau Track-by-track, rien de moins que le meilleur album de Francis Cabrel (et un des meilleurs albums de chanson française), Samedi Soir Sur La Terre, immense album sorti en 1994. Cabrel, entre temps, avait déjà fait quelques albums très réussis (Sarbacane, Photos De Voyages), mais aucun de ses précédents albums n'est aussi parfait que celui-ci, dont le succès sera immense. Allez, on commence de suite ! :

La Corrida : Depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire/J'entend qu'on s'amuse et qu'on chante au bout du couloir... Dès les premières paroles, on a le frisson. Entre les paroles lourdes de sens et la musique légèrement hispanisante, entre les montées en puissance (J'en ai poursuivi des fantômes, presque touché leur ballerines) et ce final faisant intervenir les Gypsy Kings (en tout cas, leur leader), avec paroles en espagnol, rien ne manque à La Corrida pour être un chef d'oeuvre, et cette chanson en est un. C'est tout simplement le sommet de l'album, et même de Cabrel, tout simplement. En plus de dénoncer violemment la corrida (ce 'sport' barbare et débile, sanguinaire et cruel), la chanson montre la corrida sous l'angle du taureau (Je ne pensais pas qu'on puisse autant s'amuser autour du tombe, final qui file le frisson et des envie de pleurer). Grandiose, tout simplement.

Assis Sur Le Rebord Du Monde : Un blues dans le plus pur style, chanson aux paroles lourdes de sens encore une fois (Dieu s'assoit sur le rebord du monde pour voir comment les Hommes ont arrangé la Terre qu'il leur a offert, et il finit par chialer devant tant d'injustice, de dégâts, de gâchis...). Guitare slide ou électrique, ambiance bluesy à la Robert Johnson/Willie Dixon, cette chanson, sandwichée entre deux tubes, est franchement aussi réussie que courte (et elle ne dure que 3,25 minutes, c'est la plus courte de l'album) !

La Cabane Du Pêcheur : Autre tube national, le deuxième de l'album (1994, comme 1989 - Sarbacane -, est l'année Cabrel !). Une chanson réjouissante, guillerette, jolie comme tout, un vrai moment de fraîcheur et de bonheur musical, interprété à la perfection. Assurément une des plus grandes chansons de l'artiste. Elle m'a dit 'justement, c'est c'que j'voudrais savoir'/Je lui ai dit 'viens t'asseoir dans la cabane du pêcheur'/Le monde est toujours trop clair ou trop noir/Alors viens faire toi-même le mélange des couleurs/Sur les murs de la cabane du Pêcheur. Oui, ce refrain, rien que ce refrain, est magnifique, et suffit à faire de la chanson un must !

Samedi Soir Sur La Terre : Quasiment 7 minutes (avec Le Noceur, c'est la plus longue, les deux chansons faisant la même durée) qui prennent leur temps et qui furent un autre tube absolu pour le disque. C'est une superbe chanson qui raconte une histoire ordinaire, l'histoire d'un homme et d'une femme qui se rencontrent et s'aiment. Une histoire banale, ordinaire, comme Cabrel le dit quasi-textuellement dans les paroles, en fait. Une réussite de plus pour l'album, qui lui doit son nom.

Je T'Aimais, Je T'Aime, Je T'Aimerai : Dernier des tubes de l'album, une chanson touchante, agrémentée de choeurs quasiment angéliques, et qui parle de l'enfant de Cabrel (Aurélie, je crois, qui posera des choeurs sur une des chansons de Des Roses & Des Orties, en 2008). Que dire sur cette chanson ? Elle a bien entendu été parodiée (ainsi que La Cabane Du Pêcheur) par Laurent Gerra, pour sa fameuse chanson pastiche, mais elle n'en demeure pas moins sublimissime. J'avoue que je ne l'aimais pas trop autrefois (il y à longtemps), sans doute la trouvais-je trop mièvre. En même temps, oui, elle l'est, mais elle est aussi et surtout vraiment belle !

Les Vidanges Du Diable : Superbe et méconnue chanson, aux paroles assez sombres, qui semble parler de la dégénérescence du monde (pollution, guerre, crise, violence...). Seul l'amour est valable pour continuer à survivre dans ce monde, c'est en gros ce que Cabrel dit, via le refrain, dans cette chanson franchement réussie, pas le sommet absolu de l'album, mais une chanson que j'ai toujours beaucoup de plaisir à écouter et réécouter.

L'Arbre Va Tomber : Cette chanson offre pas mal d'accordéon, et est très terroir par moments. Elle est franchement sympathique, cette chanson écolo qui parle, avec fatalisme, d'un arbre centenaire (voire plus), et qui, par l'action des hommes, et malgré qu'il soit vénérable, va tomber et mourir, pour laisser la place au progrès. Probablement la chanson que j'aime le moins ici, mais elle est loin d'être mauvaise, ni moyenne.

Octobre : Superbe chanson, a prédominance acoustique, une ballade sur un joli mois d'automne qui est par la même occasion mon mois de naissance, ah ah ah. Quelle n'a pas été ma surprise et ma joie, lors du dernier spectacle des Enfoirés (il y à quelques mois, très peu de temps en fait), d'entendre la troupe (parmi eux, Cabrel, on le sait), reprendre cette superbe chanson ! Assurément une des meilleures chansons acoustiques de Cabrel. Magnifique.

Le Noceur : Une des chansons les plus longues de l'album avec la chanson-titre ; elle fait la même durée, autrement dit, presque 7 minutes. Très bluesy dans l'âme, elle est aussi assez rythmée, groovy, avec une ambiance un peu 'fin de nuit'. On y parle d'un homme, un noceur invétéré, qui drague les filles pour les embarquer dans sa belle bagnole, leur faire passer une nuit inoubliable, etc. Et les filles lui répondent no sir, no sir (jeu de mots, évidemment). Bien qu'un petit peu trop longue quand même (une minute de moins, ça aurait été préférable), Le Noceur n'est franchement pas mauvaise du tout. Je l'aime bien ! Elle détonne pas mal par rapport aux autres chansons de l'album, en tout cas.

Tôt Ou Tard S'En Aller : Magnifique complainte acoustique, sur laquelle Cabrel chante admirablement bien des paroles très profondes et mélancoliques. Une de mes grandes préférées de tout l'album, un disque, on l'a vu, rempli jusqu'à la gueule de classiques et de grands moments, ne recelant aucune mauvaise chanson. Celle-ci n'est pas une des plus connues, mais elle achève divinement bien ce disque grandiose. Superbe.

 Au final, que dire ? Oui, c'est le meilleur album de Cabrel, devant d'autres réussites telles Des Roses & Des Orties ou Sarbacane. Avec ses quatre gros tubes, Samedi Soir Sur La Terre, superbement bien produit, n'a qu'un seul défaut, mais tout petit, ce défaut : il offre tout ses tubes d'un coup, en début d'album, au lieu de les dispatcher sur toute la surface de l'album. Arrivé à la chanson 6, on est dans l'inconnu (pour la première écoute). Mais, heureusement, les chansons les moins connues sont aussi belles que les tubes. Un sublime album, bénéficiant de la participation de grands musiciens (Denis Benarrosh, Manu Katché, Jean-Pierre Buccolo, Denys Lable, Jean-Louis Roques, Bernard Paganotti...). Remarquable !