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Quatrième album de Steely Dan et troisième de leurs albums à être abordé dans les Track-by-track, Katy Lied date de 1975. C'est un disque que le groupe (qui, dès cet album, n'est plus qu'un duo, Walter Becker et Donald Fagen ; l'ensemble des musiciens officiant sur ce disque et les suivants sont des musiciens de studio et invités) n'aime pas. En fait, Becker et Fagen, tous deux TRES pointilleux et tatillons, très sévères avec eux-mêmes, estiment la production de ce disque ratée. Ils ne se sont d'ailleurs pas gênés pour le dire directement sur la pochette, dans les notes. De plus, dans les hilarantes notes de pochette de la réédition CD, Becker et Fagen disent bien qu'une réécoute de l'album est pour le moment hors de question (le texte date de 1999). Katy Lied (dont le titre est un jeu de mots avec Katydid, lequel mot désigne une variété de criquet, par exemple celui que l'on voit sur la très belle pochette) est donc un cru mal-aimé du Dan. Qu'en est-il, sinon, de son niveau ? On va le voir tout de suite :

Black Friday : Morceau très rock pour ouvrir le bale l'album. Une chanson assez énergique, au sujet assez sombre, car il me semble bien qu'on y parle de la crise, d'une crise économique. Malgré ça, des paroles franchement drôles (When Black Friday comes/I'll stand by the door/And catch the grey men when they dive from the 14th floor), une atmosphère irrésistible, à la fois pop et rock, avec musiciens en folie (et quels musiciens : outre Becker - guitare et basse - et Fagen - claviers, on a Jeff Porcaro - batterie, Denny Dias - guitare, Chuck Rainey - basse...). Excellentissime chanson !

Bad Sneakers : Après une chanson bien rock en ouverture, place à un peu de douceur pop (teintée de jazz), avec Bad Sneakers (littéralement 'mauvaises baskets'). Avec, notamment, des choeurs magnifiques d'un certain Michael McDonald (qui, dès l'année suivante, tout en continuant de bosser avec le groupe et d'autres artistes, rejoindra les Doobie Brothers, dont il prendra la tête, au grand dam des fans de la première heure) et, toujours, une production épatante, n'en déplaise aux deux tyrans du groupe, Bad Sneakers est une chanson irrésistible. Que dire de plus ? Ma préférée de l'album, clairement !

Rose Darling : Encore plus pop que Bad Sneakers, il faut le faire ! Plus suave et doux, sucré, même, ce Rose Darling encore une fois avec de jolis et très présents choeurs de Mike McDonald (je trouve même qu'il est un peu trop présent en tant que choriste, il bouffe pas mal sur la voix de Fagen). Chanson, encore une fois, courte (3 minutes en moyenne, comme les deux précédentes - de toute façon, sur les 10 titres de l'album, un seul atteint et dépasse les 4 minutes...et aucun ne fait moins de 3 minutes, aussi !), et très fraîche ; ce n'est pas le sommet de l'album, mais certainement pas une chanson 'moyenne'. Je préfère les couplets au refrain.

Daddy Don't Live In That New York City No More : Le titre de chanson le plus long de l'album, de loin, et une des chansons les plus rock et énergiques de l'album, tout en ayant une grosse ambiance pop/jazz. C'est un peu comme Black Friday, quoi. J'aime beaucoup cette chanson assez sympathique et caustique. Pour info, originaires de New York, les p'tits gars du Dan furent quasiment contraints de déménager pour une ville qu'ils détestent, Los Angeles. Car tous les grands musiciens rock et jazzy de studio (Blaine, Porcaro, Carlton, McDonald, Rainey, Felder, Brecker Brothers...) s'y trouvent. Un mal pour un bien ! Très bonne chanson.

Doctor Wu : Doctor Wu achève la face A sur une note on ne peut plus jazzy. C'est clairement une des meilleures chansons de Katy Lied, et même du groupe, en fin de compte, et on y trouve une allusion au titre de l'album (ou alors, Steely Dan a appelé l'album ainsi rapport à cette chanson) : Katy lies. Le refrain est très chaloupé, jazzy, entraînant, là où les couplets sont plus sobres et posés, un peu comme Rose Darling, par exemple. C'est franchement remarquable, et encore, c'est un mot trop faible !

Everyone's Gone To The Movies : Chanson assez drôle mais franchement scandaleuse, l'équivalent en musique du Lolita de Nabokov, pour tout dire. L'histoire d'un homme qui, sous prétexte que les adultes sont partis se faire une toile, en profite pour pervertir les enfants qu'il a en garde, pour leur montrer des films pornographiques, seul avec eux. Gasp... Everyone's gone to the movies, now we're alone at last ('Ils sont tous partis au cinéma, maintenant, nous sommes enfin seuls'). Sujet glauque, tabou, choquant, et musique calypso. Paroles heurtantes, et chant guilleret. Cette chanson fait sourire, mais un gros sourire coupable, de malaise, aussi.

Your Gold Teeth II : En 1973, sur le deuxième album du groupe (Countdown To Ecstasy), se trouvait une remarquable chanson du nom de Your Gold Teeth. Deux ans plus tard, le Dan en fait une suite, Your Gold Teeth II, que je trouve tout aussi bonne que l'originale, mais plus rythmée, courte (elle fait 4,12 minutes, c'est cependant la plus longue de l'album ; mais l'originale faisait 7 minutes), très jazzy, swinguante même. Le chant de Fagen, son talent de pianiste, et l'excellence des musikos, font que ce morceau est un des plus attachants de l'album.

Chain Lightning : 3 petites minutes très bluesy et lentes, la chanson va lentement, elle paraît même plus longue que 3 minutes (qu'elle fait cependant à la seconde près). Pas la meilleure de l'album, c'est clair (je trouve que la face B est un chouia moins exemplaire que la A, de toute façon ; les chansons les moins bonnes de l'album s'y trouvent), mais Chain Lightning possède une ambiance franchement excellente et réussie, et le chant y est, comme toujours, parfait. Quand le Dan, spécialisé dans la pop luxuriante et jazzy, se la joue bluesy, ça donne ça, et c'est loin d'être mauvais !

Any World (That I'm Welcome To) : Comme pour Rose Darling, sans doute trop de choeurs de McDonald, il en arrive à parasiter, à vampiriser la voix de Fagen (pourtant le chanteur du groupe). Mais, entre le refrain attachant et entraînant, immédiatement retenable, et la musique pop jazzy racée et chatoyante, superbement bien produite, le miracle steelydanien se fait encore une fois ici. Bref, Any World (That I'm Welcome To) n'est pas la meilleure de l'album, et j'ai même, parfois, un petit peu de mal avec elle, mais elle est quand même pas mal du tout !

Throw Back The Little Ones : En revanche, je ne suis pas fan du tout de ce Throw Back The Little Ones qui achève (malheureusement, car l'album se finit sur une note décevante, ce qui n'est jamais bon) l'album. La musique, jazzy, est pas mal, mais le chant me semble forcé, et l'ensemble est très répétitif, redondant. Oui, j'ose le dire clairement, crûment : je n'aime pas du tout cette chanson !! Katy Lied aurait été meilleur sans elle, j'ose, aussi, le dire.

On l'a donc vu, Katy Lied, bien que mal aimé du groupe et même de certains fans, est franchement une excellente livraison du Dan. 35 minutes (album court, donc) franchement sympathiques, même si je suis moins fan des deux dernières chansons, et surtout de la dernière, Throw Back The Little Ones. A l'arrivée, même si je préfère largement Pretzel Logic, AJA et surtout The Royal Scam, Katy Lied est indéniablement mon quatrième album préféré du groupe, et un disque de pop/rock racé et légèrement jazzy tout simplement somptueux !