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Encore un monument pour la catégorie Track-by-track, et pas n'importe lequel : sorti en 1976, il est le meilleur album studio de David Bowie, et il s'appelle Station To Station. A l'époque, sa pochette était un tantinet différente (noir et blanc, avec un cadre blanc, assez large, autour de la photo - le titre de l'album et le nom de l'artiste étaient écrits de la même manière, même couleur, dans le haut du cadre), et c'est depuis le CD qu'elle est en plein cadre et en couleurs (la photo est issue du film L'Homme Qui Venait D'Ailleurs de Nicholas Roeg, 1976, premier rôle au cinéma de Bowie, film dont une autre photographie sera utilisée pour la pochette de l'album suivant de Bowie, Low). Station To Station est un disque mythique, court (6 morceaux pour 38 minutes et 10 secondes précisément) mais intense et parfait, un mélange savant entre rock et funk, le tout très cocaïné et paranoïaque (et sombre). Pas encore cold-wave (ça sera pour l'album suivant), mais en bonne voie !

Station To Station : Bruit de train en marche...Guitare lointaine, stridente, résonnante, on croirait entendre Robert Fripp (mais il ne joue pas sur l'album)...Piano (de Roy Bittan, du E-Street Band de Springsteen, invité par Bowie sur le disque) assez répétitif, angoissant, répétant deux notes... Basse, et batterie (respectivement George Murray et Dennis Davis) qui déboulent, calmement... Et l'explosion, tout se met en place, musique assez funky, avec guitare bien rock, écorchée vive. Enfin, la voix de Bowie qui déboule elle aussi, The return of the Thin White Duke, throwing darts in lover's eyes (Thin White Duke sera le surnom de Bowie durant la période 1976, et un peu au-delà, allusion à sa tenue de scène, classieuse et sobre, en noir & blanc). Bowie, en forme olympique, nous interprète alors une première partie magistrale, paroles parfois étranges (Here are we, one magical movement from Kether to Malkuth), puis reprise du mantra d'intro, et la musique change, en funk-rock parfait, avec piano de Bittan également parfait pour couronner le tout. It's not the side-effect of the cocaine/I'm thinking that it must be love. Alors en pleine période cocaïnée, Bowie nous offre, ici, 10 minutes (durée totale du morceau, le plus long de l'album et le meilleur) absolument titanesques, indescriptibles en fait. Son meilleur morceau ?

Golden Years : 4 petites minutes (chanson la plus courte du disque) qui furent, à la base, proposées à Elvis Presley (qui était sur la même maison de disques, RCA, que Bowie), mais qui refusera de la chanter. Bowie, alors, se la fera tout seul (il l'a écrite, composée tout seul comme un grand). Riff funk-rock de toute beauté, chant parfait, ambiance rétro et funky à la fois (Golden years, gooooold, wop wop wop), avec ses guitares funkisantes et sa rythmique rock, ce morceau est une petite pépite un peu oubliée (sauf des fans), et franchement remarquable. Les Angel que Bowie prononce en fin de phrase sont tuants, tout comme les refrains (Nothing's gonna touch you in these golden years). Quelle voix !! Quelle chanson, aussi et surtout !

Word On A Wing : Immense influence Scott Walker/Jacques Brel ici, avec Word On A Wing, chanson tuante de mélancolie et de douceur, achevant à merveille la face A. C'est juste puissant, avec ce piano doux à en mourir, cette voix apaisante, apaisée, montant parfois très haut, ces paroles quasiment religieuses (enfin, quasiment... non, c'est une chanson qui tutoie le Très-Haut, ça !), et une durée parfaite de 6 minutes. La chanson est sublime, impossible de s'en lasser. Une des meilleures de Bowie (et de l'album), mais c'est aussi le cas des autres chansons de Station To Station, en même temps...

TVC 15 : Avec 5,30 minutes, TVC 15 est la chanson la plus courte de la face B (mais, on l'a vu, pas la plus courte de l'album), une chanson assez rigolote, mais aussi assez sombre et parano, qui parle...d'une télévision, de la marque TVC 15, qui...hé bien, qui...avale celui ou celle qui se met devant pour la regarder ! Avec 6 ans d'avance, et en version musicale, ce n'est ni plus ni moins que Vidéodrome (fameux film de David Cronenberg) avant l'heure ! Piano bar très très réussi et sympa, le chant est assez guilleret, mais également un peu al limite parfois (on sent le Thin White Duke au bord de l'hystérie), seuls les Traaaaaansition, traaaaaaansmission, traaaaaansition, traaaaaaansmission me sont, à la longue, un peu saoûlants. Oh my TVC 15, oh-oh, TVC 15... Pas la meilleure de l'album, mais foutralement efficace !

Stay : Riff bien mortel (de Carlos Alomar ? Earl Slick ? Bowie lui-même ?), efficace à 100% en tant qu'ouverture du morceau. Stay a cependant beau démarrer de la façon la plus rock possible (enfin, le son un peu 'cocotte' de la guitare fait très funky), ce morceau de 6,15 minutes n'en demeure pas moins un funk-rock de la plus belle eau, totalement décomplexé, mais aussi très sombre (du moins, la voix de Bowie n'est pas très très élevée et joyeuse, alors ça peut tromper son homme). Heartwrecker, heartwrecker, make me delight/Life is so vague when it brings someone new/This time tomorrow I'll know what to do/I know it happened to you. Les paroles sont excellentes, interprétées à la perfection, la musique funk-rock est incroyable. Et quel son de guitare ! Stay est un monstre de plus pour l'album.

Wild Is The Wind : Reprise d'une chanson issue d'un western (je ne sais plus lequel, je ne sais en fait même plus si c'est bien d'un western dont est issue la chanson), écrite et composée par Dimitri Tiomkin et Ned Washington (le premier a fait pas mal de musiques de westerns ricains des années 50), Wild Is The Wind, du long de ses 6 minutes, achève en fanfare, mais aussi en douceur et mélancolie, l'album. Tout comme Word On A Wing (dont le titre est quasi similaire), on a ici une chanson douce, portée par des arrangements somptueux et discrets (arpèges de guitare, batterie efficace et sobre) et une interprétation sans failles de Bowie, voix fragile, apaisée. Le morceau est juste beau à pleurer. Le final est grandiose, on ne saurait rêver meilleure chanson pour achever un album.

Bref, vous l'avez bien pigé, enfin je l'espère, Station To Station est un authentique sommet absolu, un disque parfait, 6 morceaux admirables, qu'ils soient rock ou funky, ou même expérimentaux (le premier, longue montée en puissante remplie de rythmes changeants). Beaucoup d'albums de Bowie sont remarquables et indispensables, mais ce disque de 1976 est, selon moi, le plus indispensable de tous, carrément. C'est, dans un sens, dommage qu'il soit si court, même s'il a, en même temps, une durée parfaite, compte tenu que rien n'est en trop ici. Oui, un immense album de rock !