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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque assez inclassable, car mélangeant adroitement plusieurs genres musicaux. Ce disque, sorti en 1977 (année punk), disque produit assez étrangement (aucun producteur cité explicitement sur la pochette)et sorti à l'époque sur un label indépendant (Stiff), s'appelle New Boots And Panties !!, et son auteur n'est autre que Ian Dury. Sur la pochette, Ian Dury, qui fut victime de polio étant enfant et en conservera une séquelle physique (impossible de se déplacer sans une canne), pose devant une boutique de fripe londonienne, avec son gosse Baxter (lequel, en 2000, année de la mort de Dury, chantera une chanson en hommage à son père, à son enterrement : My Old Man, chanson présente à la base sur le disque, et très émouvante). Le titre de l'album s'explique par le fait que Dury, avec l'argent qu'il commençait à gagner, pouvait s'acheter de nouvelles godasses et fringues !

Wake Up And Make Love With Me : Sublime coulée de piano, ambiance jazz-rock, cabaret, du plus bel effet. Clairement, le ton est donné, avec cette chanson imparable, une des meilleures de l'album (et de Dury, même si je connais nettement moins le reste de sa discographie). Les paroles sont impayables : I come awake with a gift for womankind ('Je me suis réveillé avec un cadeau pour la féminité', autrement dit, il s'est réveillé avec le gourdin...), l'histoire d'un homme se réveillant excité et essayant de convaincre sa femme/petite amie de lui faire l'amour, tôt au matin. Il lui fera son breakfast, il ira se geler le derche à chercher des croissants, il fera tout ce qu'elle lui demande, mais, chérie, fais-moi l'amour ce matin. Concentré de machisme et d'humour, avec sa musique funky-jazzy-cockney (et absolument magnifique), cette chanson est un régal !

Sweet Gene Vincent : Une chanson en hommage à Gene Vincent, fameux rockeur, mais aussi à cette période bénie des années 50/60. Ce n'est pas la chanson que je préfère sur l'album ; en fait, c'est même celle que j'aime le moins, mais elle est quand même très bonne (et sortira, je crois, en single). Première partie assez calme, aérienne, et ensuite, le morceau s'emballe, mais rien de violent, ça devient juste rock'n'roll. On sent que Dury aime pas mal de genres musicaux (la suite de l'album en est la preuve), et ce disque est une sorte de catalogue de ses goûts, justement. Une bonne chanson, mais la suite de l'album est nettement meilleure que Sweet Gene Vincent selon moi !

I'm Partial To Your Abracadabra : Une chanson assez étrange, du pub-rock teinté de pop jazzy, swingante, avec piano irrésistible et, tout aussi irrésistible, la voix cockney de Ian Dury. En 2001 (enfin, je crois), un album du nom de Brand New Boots And Panties est sorti, qui contient l'ensemble des morceaux de l'album, interprétés par divers artistes, un album-hommage à Dury, décédé en 2000. Sur cet album, c'est Paul McCartney qui reprend I'm Partial To Your Abracadabra, c'était pour l'anecdote sans grand intérêt qui me permet de rajouter quelques lignes pour cette chanson, que j'aime assez, mais pour laquelle j'ai du mal à argumenter (désolé) !

My Old Man : Comme je l'ai dit plus haut, dans l'intro de l'article, Baxter, fils de Ian Dury (sur la pochette avec son père), lors de l'enterrement de Dury en 2000, interprètera cette chanson très émouvante et de circonstance. Mais cette chanson a été écrite et composée par Ian Dury en hommage à son père à lui, qui était chauffeur routier, un pur cockney, un pur british rural avectout ce que ça implique. Sur un fond musical ska (pas étonnant que, sur l'album en hommage à Dury et son album, dont j'ai parlé un peu plus haut, ça soit Madness qui reprenne la chanson !), My Old Man est émouvante, magnifique et on ne peut plus sobre et respectueuse. On sent l'amour d'un fils pour son père. L'émotion dans la voix, aussi.

Billericay Dickie : Good evening ! I'm from Essex, in case you couldn't tell. My given name is Dickie. I'm from Billericay. And I'm doing...very well !/Had a love affaire with Nina/In the back of my Cortina/A seasoned up hyena/Could not have been more obscener... Billericay Dickie commence ainsi, par un petit spoken-word, puis, par la chanson elle-même, et si vous êtes un tantinet anglophile, vous aurez compris  de quoi parle la chanson : d'un certain Dickie, qui vient d'une petite ville de l'Essex (un comté anglais) du nom de Billericay, et qui, dans cette chanson, énumère ses aventures sexuelles.J'ai eu une histoire de cul avec Nina/A l'arrière de ma Cortina/Une hyène en chaleur/N'aurait pas eu plus d'ardeurs... Amis de la poésie, c'est sans aucun doute sur le trottoir d'en face ! Musique pub-rock du plus bel effet, cette chanson hilarante achève à merveille une très très réussie face A !

Clevor Trever : Ouverture étonnante de la face B, Clevor Trever est une réussite un peu aérienne, musique un peu planante, étrange, difficile à décrire (mais ô combien remarquable). Chanson un peu longue (5 minutes), mais franchement remarquable, musicalement étonnante, et interprétée, encore une fois, à la perfection par Ian Dury. Un must !!

If I Was With A Woman : Dans le même registre (pour la musique funky/pub-rock, difficile à décrire, mais immédiatement accrocheuse !) que Wake Up And Make Love With Me, cette chanson, dont le refrain est irrésistible, est une réussite absolue. Aussi, la dernière chanson 'normale' de l'album avant un final destroy et virulent. Que dire au sujet de cette chanson, si ce n'est qu'elle est magnifique, très bien écrite et interprétée ?

Blockheads : Première chanson punk de l'album (les deux suivantes et dernières aussi), où comment achever en violence ce qui a commencé en douceur. Blockheads est une chanson bien rigolote et teigneuse, violente, virulente. Le titre de la chanson est aussi celui du groupe qui accompagnera Dury durant toute sa carrière (Ian Dury & The Blockheads). On sent bien que Dury se paie une certaine tranche de la société britannique, une classe sociale ou autre, qui en prend vraiment pour son grade ici. C'est du lourd, du brutal, et c'est très très speedé ! Excellent.

Plaistow Patricia : Arseholes, bastards, fucking cunts and pricks...aerosol...the bricks... C'est comme ça, et sur une tapis de guitares assez remarquable, que démarre Plaistow Patricia, chanson éminemment violente et punk, une des plus brutales de l'album. Définitivement une excellente et originale idée d'achever l'album par des chansons punk, alors que le reste du disque est plus sobre et classique ! A noter, les injures entendues en intro (voix inimitable) ont parfois été censurées sur certaines rééditions CD ou même vinyle (ouf, celle que j'ai, éditée par Code 90 avec un seul bonus-track, est entière !). Le morceau, une fois cette intro finie, part en mode 'speed', avec pas mal de hoï hoï ! de Dury, grognements très punks par excellence, et un groupe qui joue à une vitesse, mais à une vitesse... Pour les paroles, j'imagine que c'est du salace, mais c'est si rapide que je n'ai quasiment rien capté, faudrait que je regarde sur le Net... En tout cas, c'est du vicieux et du teigneux, et c'est excellent !

Blackmail Man : Comme Philippe Manoeuvre, dans son article concernant cet album (lorsqu'il l'a abordé, il y à quelques mois, quasiment un an en fait, dans la rubrique "Discothèque Idéale" de Rock'n'Folk), le disait au sujet de Blackmail Man, ce morceau très court (2,15 minutes) montre un groupe de jazz-rock jouer à une vitesse rarissime pour ce genre de groupe (Manoeuvre utilisait un terme plus direct, plus imagé). Jazz-rock, alors que cette chanson est du punk-rock (et même du thrash-punk, si on y réfléchit bien) de la plus belle eau ? C'est rapport aux musiciens accompagnant Dury sur le disque, qui jouaient essentiellement du jazz-rock avant d'enregistrer ce disque ! Final destroy, totalement destroy, et qui va très très (mais alors très) vite !

Bonus-track CD :

Sex, Drugs And Rock'n'Roll : Riff de basse imparable et la voix de Dury, avec son impayable (et naturel) accent cockney. Cette chanson loin d'être violente (au contraire, mis à part le riff de basse, qui est très rock, la chanson est du style de celles de la face A de l'album, du pub-rock classique et sobre) pose les bases de la religion rock. Du sexe, des drogues, du rock'n'roll. Simpliste, mais efficace. On ne demande pas mieux ! Ah oui, dommage que la chanson ne se trouve pas sur le vinyle original (et si elle s'y serait trouvée, il aurait mieux valu ne pas la mettre en final, car après un final aussi destroy que les trois derniers morceaux, ça fait un peu bizarre d'entendre un morceau si 'normal' !)... Précisons que l'édition CD de New Boots And Panties !! (en tout cas, celle que je possède, avec cet unique bonus-track - d'autres éditions offrent plusieurs bonus-tracks) dure 40 minutes. Cette chanson durant 3 minutes, ça fait donc dans les 37 minutes pour l'album original. Oui, ils auraient franchement pu foutre cette chanson sur l'album de base, quand même !

Au final, que dire ? Mélangeant adroitement pub-rock (à la base, Ian Dury est un artiste de ce genre musical), rock, pop, punk et ska, ce disque de 1977 est immortel. L'ajout de Sex, Drugs And Rock'n'Roll en bonus-track, pour le CD, n'entache en rien le disque, qui est tout aussi bon avec ce morceau cultissime, sorti en single en même temps que le disque, et dont le titre est aussi l'emblème idéal du rock. Un disque hétéroclite, magistralement interprété, parfois drôle, parfois émouvant, toujours trépidant. Et quelle idée que de finir le disque avec des chansons punk et trash !