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Attention, sommet absolu pour ce 56ème Track-by-track : Marquee Moon, premier album du groupe de rock (apparenté au punk-rock, mais pour moi, c'est une erreur ; disons plutôt proto-punk, instigateurs de ce mouvement) américain, et même new-yorkais, Television. Le disque est sorti en 1977, mais le groupe l'a enregistré (et composé, en fait) entre 1975 et 1977. Avec Patti Smith et les Modern Lovers (et les Heartbreakers de Johnny Thunders), c'est un des groupes ayant lancé la mode punk, l'ayant, en fait, préfigurée. Ce disque est une pure merveille pour amoureux de rock, de guitare. Son seul défaut, c'est la voix de Tom Verlaine (chant, guitare), parfois assez irritante. Mais c'est bien le seul défaut ! Allez, on commence :

See No Evil : Riff efficace et entêtant en intro, rythmique imparable (Billy Ficca est un bon batteur, Fred Smith est un bon bassiste - ce n'est pas le même Fred Smith que celui, guitariste mort en 1994 et mari de Patti Smith, du MC5 !), et voix si particulière, haut-perchée et un peu irritante parfois, de Tom Verlaine. See No Evil est un des classiques de l'album, un album qui, de toute façon, ne contient quasiment que ça (une chanson seulement n'est pas aussi 'classique' que les 7 autres). Une chanson trépidante, au chant parfois un peu hystérique (le eviiiiiiiiiiil de Verlaine dans les refrains est éloquent), mais remarquable.

Venus : Un autre riff remarquable en intro, pour une chanson encore une fois imparablement bien construite, structurée, une vraie église. Oui, les choeurs peuvent sembler un peu bizarres (surtout les huh ? en fait, comprendra qui a déjà écouté cette chanson), mais cette Venus (qui n'a rien à voir avec une future chanson de Bananarama, ah ah ah ! Oui, je sais, c'était facile), très légère, est franchement excellente. Encore une fois, Verlaine peut diviser avec sa voix, mais on ne saurait nier qu'il apporte une touche à part au son de Television.

Friction : Chanson éminemment plus rock, rien que l'intro en témoigne : le riff est acéré, sec, vif, moins léger que pour Venus et See No Evil. Le chant est moins irritant, plus posé, plus sombre aussi. A noter, un jeu de mots trivial (You can tell about my dick...tion), assez étonnant et amusant, mais, au final, Friction est nettement plus violente que les précédentes chansons. Que les suivantes, aussi. Si une chanson de Marquee Moon mérite le terme 'punk', c'est celle-là, en fait. Et, oui, c'est encore une fois excellentissime.

Marquee Moon : 10 minutes et 30 secondes imparables (erreur de minutage sur le CD et le vinyle : il est crédité à un petit peu moins de 10 minutes). Là, le silence se fait. Intro légendaire (ce riff, mon Dieu...), chant parfait (toujours la même remarque concernant la voix, ceci dit, mais on s'y fait), multiples soli de guitare, d'abord de Lloyd (après le deuxième refrain), ensuite, plus long et réussi (sans vouloir dire du mal de celui de Lloyd, qui est excellent, mais plus simple et court), celui de Verlaine. Un entrelac de guitares, un vrai duel au sommet entre les deux bretteurs de Television, on imagine les notes se croiser comme des épées, s'entremêler, se nouer... Rythmique impeccable (l'enregistrement de ce titre fut étrange : le batteur, jusqu'au bout de la prise, croira avoir enregistré une répétition du morceau, et réalisera après coup qu'en fait, le morceau fut mis en boîte d'une manière assez naturelle et rapide), paroles en béton, final dantesque. Ce morceau est la vraie viande de l'album, il réduit les 7 autres titres, pourtant excellents, en poussière. Bref, il est immense, et c'est un bien faible mot, en fait.

Elevation : Ouverture de la face B avec Elevation, une chanson qui mérite bien son titre, car elle s'élève au plus haut (pas aussi haut que Marquee Moon, mais c'est quand même exceptionnel - en fait, c'est la deuxième meilleure chanson de l'album après la chanson-titre, rien que ça). Chant parfait, sans doute, même, moins irritant que de coutume, et guitares admirables pendant le refrain. Durée idéale (5 minutes) pour une chanson plus ou moins sombre, grave, nettement moins légère, en tout cas, que Venus ou que la suivante. Fantastique !!!

Guiding Light : Après autant d'énergie (Elevation), place à un peu de douceur, avec Guiding Light. Cette chanson est le slow, la ballade de Marquee Moon. Une pure merveille sur laquelle Tom Verlaine chante superbement bien, d'une voix douce, apaisante, reposante. De plus, on trouve, sur ce titre, un solo de guitare absolument inoubliable, assurément un des plus réussis de l'album avec ceux de Marquee Moon et de See No Evil. Bref, je pense que vous avez compris à quel point cette chanson est sublime !

Prove It : Si je devais choisir une chanson, parmi les 8, que je classerais en tout dernier, par ordre de préférence, c'est Prove It, malgré son excellent refrain et son ambiance trépidante, que je choisirais. Oui, c'est la chanson que j'aime le moins ici (il en faut une, bien souvent), même si, je l'avoue, cette chanson est plus que convenable. Par la suite, Television fera encore un disque, Adventure, qui n'est franchement pas bon. Prove It, bien que la moins époustouflante de Marquee Moon, est à elle seule mille fois supérieure à tout Adventure. C'est donc très bon. Mais c'est la  seule chanson de l'album sur laquelle la voix de Verlaine me gêne vraiment, mais alors vraiment (le refrain).

Torn Curtain : Final de presque 7 minutes, assez triste, mélancolique, sur laquelle Verlaine glapit plus qu'il ne chante (sa voix est parfois déchirante, au bord de la crise), et même le son de sa guitare est au bord de la rupture, il la fait pleurer (c'est une image). Riff étiré en longueur, bluesy, lent, et ambiance pesante... Ce morceau achevant l'album est une pure merveille atmosphérique et mélancolique, assez sombre, aux antipodes du précédent morceau. Remarquable !

 A l'arrivée, solo de guitare sur chaque morceau (le plus : dans le livret, ils sont répertoriés en fonction de qui les joue, Tom Verlaine ou Richard Lloyd), interprétation sans failles, durée idéale (45 minutes), morceaux légendaires à foison, ambiance parfaite, ce Marquee Moon a tout du grand. Et c'est un très grand disque, justement ! Sorti à l'époque sous l'appellation punk, avec stickers sur la pochette, c'est en fait un vrai disque de pur rock, une cathédrale sonore où aucun morceau ne manque ou n'est en trop. On sent une influence très jazz sur ce morceau, du style Coltrane/Davis/Parker. Il faut dire que Tom Verlaine, qui puise son pseudonyme du fameux poète français et fut amant de Patti Smith, joue de la guitare comme Coltrane de son saxo, ou Davis de sa trompette. Un album génial, aucun autre terme ne convient (ah si : grandiose) !