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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque fondamental du hard-rock, et même du heavy metal, un album sorti en 1973, j'ai nommé Tyranny And Mutation. Ce disque est le deuxième de Blue Öyster Cult, groupe américain considéré à l'époque comme la réponse américaine à Black Sabbath. Tyranny And Mutation, sous sa très oppressante et hypnotique pochette peinte par Gawlik (déjà auteur de la pochette du premier album éponyme du groupe), est le deuxième volet d'une trilogie commencée avec le premier album du groupe, et terminée, en 1974, par Secret Treaties, leur troisième album. C'est le meilleur album de la trilogie, et du groupe.

The Red And The Black : Grosse introduction, bien mouvementée, speedée et énergique, mais qui n'est, en fait, qu'une reprise, en version très métallique, de la chanson I'm On The Lamb, But I Ain't No Sheep, présente sur le premier album du groupe (Blue Öyster Cult, 1972). Les paroles sont strictement les mêmes, la chanson parle de la police montée canadienne, d'un homme qui, apparemment, a franchi la frontière pour leur échapper. Si on peut se poser la question de l'utilité d'une reprise, sur un deuxième album, d'une chanson déjà présente sur le précédent, ce remake est cent fois plus réussi que l'original (qui est cependant fantastique, c'est dire le niveau de ce remake) ! Bref, puissant !

O.D.'d On Life Itself : Intro bluesy pour une chanson au titre énigmatique signifiant 'La vie overdosée'. Paroles assez sombres, ambiance bluesy, crépusculaire, chant concerné d'Eric Bloom, guitaristes (Donald (Buck Dharma) Roeser et Allen Lanier) en grande forme, claviers (de Lanier) discrets et efficaces, cette chanson assure totalement. Une chanson assez cryptique, une des nombreuses chansons cryptiques du groupe ; un groupe dont le nom, le logo (Kronos), les tenues de scène, le look de motards, les thèmes SF/SM utilisés pour les chansons, plein de choses...feront qu'on les prendra pour des nazillons. Immense erreur, d'autant plus stupide que pas mal des musiciens du BÖC sont de religion juive, et des Juifs nazis, excusez-moi, mais...

Hot Rails To Hell : Joe Bouchard (basse, frère du batteur du groupe Albert Bouchard) au chant, pour la première fois sur ce disque (sur la face B, il interprète un autre titre) pour une chanson furieuse, violente (riff démentiel en intro, final de folie, 12-7-7 express to Heaven...), totalement anthologique, une des meilleures de l'album. Ce qui est aussi le cas, attendez que je compte, d'environ 4 ou 5 autres titres sur Tyranny And Mutation, histoire de dire à quel point ce disque est imparable ! Ambiance de folie, riffs de la mort, chant parfait, cette chanson assure vraiment !

7 Screaming Diz-Busters : 7 minutes quintessentielles, qui dureront parfois le double en live (une version live présente en bonus-track sur le CD en est la preuve), et achèvent à la perfection une face A totalement saturée de gros son, de riffs tueurs. Ici, c'est un petit petit peu plus subtil (riff plus structuré et bluesy en intro, divers soli au programme : basse, batterie, claviers, guitare), paroles très très cryptiques, mantra final tout simplement inoubliable (et assez osé : Lucifer the light, Lucifer the light répété au moins une quinzaine de fois par le groupe, sur une musique hypnotique)... Un morceau, encore une fois, anthologique. De toute façon, la face A de ce disque est une des faces A les plus remarquables jamais enregistrées, tous groupes, genres, nationalités, périodes confondu(e)s !

Baby Ice Dog : Co-écrite par une certaine Patti Smith (alors journaliste rock, poétesse et petite amie d'Allen Lanier, guitariste/claviériste du groupe), Baby Ice Dog est peut-être la chanson la moins grandiose de l'album, ce qui ne veut pas dire qu'elle est mauvaise ou moyenne. Ouvrant la face B, une face plus subtile et 'calme' que la A, cette chanson parlant d'une jeune femme insaisissable, incontrôlable, une vraie petite peste qui tourne les hommes en bourrique est quand même une petite réussite très très fraîche, agréable, sympathique comme tout. Deux ans plus tard, Patti se lancera dans la chanson, avec succès. Entre temps, elle aura eu le temps d'offrir au BÖC d'autres chansons (Career Of Evil, Debbie Denise), également très bonnes !

Wings Wetted Down : Joe Bouchard à nouveau au chant pour une des meilleures chansons de l'album et, selon moi, sa meilleure performance vocale dans le groupe. Wings Wetted Down est une chanson sombre, lente, au climat pesant et psychédélique, très acid-rock. Refrain imparable, sublime solo de guitare, chant admirable du bassiste, qui n'est pourtant pas chanteur à la base... On tient là, mes ami(e)s, un vrai, vrai classique !

Teen Archer : Certains trouvent ce morceau un peu répétitif (oui, dans un sens... les paroles, que ce soit dans les couplets ou le refrain, sont un peu répétitives), mais honnêtement, avec Teen Archer, on tient une petite perle, vraiment. Morceau qui parvient à être aussi metal que pop ; hé oui ! Le riff de guitare est bien rock, mais on sent une légèreté durant tout le morceau... Ce n'est certes pas le meilleur de l'album, mais il n'en demeure pas moins excellent.

Mistress Of The Salmon Salt (Quicklime Girl) : Enfin, le final, morceau étrange, aux paroles étranges, au titre étrange ('La maîtresse du Sel de Saumon'...). Pour être honnête, les Quicklime girl chantés par le groupe, en choeur, me gênent pas mal, mais pour le reste du morceau, le plus long de la face B avec 5 minutes (un petit peu plus, en fait), est une réussite. Une chanson franchement intéressante et sympathique, au riff imparable, au chant (de Bloom) tout aussi imparable. Mais quand je disais que l'album était parfait !!

Unique album du groupe sur la pochette duquel le groupe est crédité avec la mention 'The' (alors qu'officiellement, il n'y à pas de The, juste Blue Öyster Cult), Tyranny And Mutation est donc un disque aussi court (37 minutes environ) que fantastique. Le BÖC, ici, livre 8 chansons imparables, deux faces ahurissantes. La première était appelée The Red (et est très speedée, heavy), et la seconde, The Black (plus apaisée, plus subtile). Deux faces distinctes, deux faces complémentaires pour, au final, le meilleur album du groupe. Immense !