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Pour ce nouveau volet des Track-by-track, un disque que je considère comme le sommet de son groupe. Le groupe, c'est Noir Désir, qui a annonçé cette année sa séparation pour les raisons que l'on connaît. Le disque, sorti en 1996, c'est 666.667.CLUB, un album qui, en plus de deux tubes (trois, en fait), contient suffisamment de classiques pour être qualifié meilleur album du groupe, devant le pourtant remarquable Tostaky de 1992 (et qui est le deuxième sommet). A une heure où on pense plus à Noir Désir par le biais de son chanteur Bertrand Cantat, et uniquement parce que Cantat a été au centre, on ne va pas revenir dessus, d'un fait divers médiatisé à outrance (oui, il a déconné, mais bon, séparons vie professionnelle de la vie privée, OK ?), il est bon de se rappeler que le groupe a existé et qu'il a offert un disque aussi puissant que cet album.

666.667.CLUB : Morceau ouvrant l'album du même nom, 666.667.CLUB est un instrumental assez étrange, le morceau le plus atypique de l'album. Une tentative (réussie) de world music teintée de rock. Vocalises un peu arabisantes de Cantat, et le groupe (Serge Teyssot-Gay : guitare ; Denis Barthe : batterie ; Jean-Paul Roy : basse) offre une rythmique haletante. Un excellent morceau inaugural, assez étrange, mais très efficace !

Fin De Siècle : 5, 35 minutes de folie pure, une chanson qui non seulement est ma préférée de l'album, mais aussi et surtout ma préférée du groupe. Rien que ça ! Tout est grandiose ici, du riff d'intro à la conclusion tout en écho, de la rythmique au chant, des paroles très engagées, virulentes (qui critiquent de manière très cynique la société qui part en couilles en cette fin de XXème siècle : guerre, racisme, violence, corruption, maladies, On a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires, des histoires) au refrain, efficace à fond. De plus, bien que long (le plus long du disque, même si Lazy fait, en fait, la même durée), Fin De Siècle est totalement efficace et trippant. Monumental !

Un Jour En France : Autre riff monstrueux en intro (guitare tronçonneuse, aucun autre mot ne convient), autre chanson très engagée, paroles en béton armé et chant énergique. Un Jour En France, un des tubes de l'album (clip remarquable à moitié en manga) est une chanson qui dénonce les inégalités, la corruption et la montée du Front National en France. Souvenons-nous de cette chanson hélas plus que jamais d'actualité avant d'aller voter l'année prochaine... Solo de guitare absolument grandiose de Teyssot-Gay en final. Une chanson limite punk, et toujours aussi jouissive et efficace.

A Ton Etoile : Sublime chanson, une complainte admirable à la fois rock (d'incroyables envolées de guitare, très mélodiques) et calme. Petite soeur des mes nuits/Ca m'a manqué, tout ça... A Ton Etoile est une de mes préférées de l'album et du groupe, une chanson douce et triste, vraisemblablement dédiée à quelqu'un que Cantat connaissait, j'ignore qui (une amie, un membre de sa famille ?), et probablement décédé, si on devine le sens des paroles (ça m'a tout l'air d'une chanson en hommage). Quoi qu'il en soit, c'est tout simplement somptueux.

Ernestine : Chanson douce et enivrante (même si la voix de Cantat, sur les refrains, m'insupporte un peu, à la longue) sur laquelle Félix Lajko, un violoniste de nationalité hongroise, participe, donnant un petit air tzigane à l'ensemble (Lajko participe aussi à Septembre, En Attendant). Pas ma préférée de l'album, mais Ernestine est un classique pour Noir Désir, inutile de revenir là-dessus, et franchement une excellente chanson mélancolique.

Comme Elle Vient : 2,25 minutes très vives, speedées. Comme Elle Vient est le morceau le plus vif et violent de l'album, tout en étant très léger, guilleret. Du punk-rock pur et dur qui n'aurait pas dépareillé sur Tostaky. Amis de la douceur, de la poésie, c'est pas ici que vous serez satisfaits, car la chanson, bien que pas vraiment violente (les paroles ne le sont pas du tout, c'est la musique qui est speedée) va quand même très très vite, sans répit. Histoire de prouver définitivement le statut rock du groupe ! Efficace, bourrin, mais pas ma préférée du groupe. 

Prayer For A Wanker : Première chanson en anglais (sur les trois du disque) de 666.667.CLUB, et c'est une pure petite réussite, très efficace, assez énergique, avec un chant remarquable. Prayer For A Wanker n'est peut-être pas le sommet absolu du groupe et de l'album, ni la chanson anglophone la plus réussie de l'album (la plus réussie est la dernière des trois), mais, franchement, c'est un excellent titre !

Les Persiennes : Quasiment punk, ce morceau ! J'adore Les Persiennes, même si son refrain est un peu décevant (Ouvrez, ouvrez/On commémore la foudre). Le final, en revanche, est de toute beauté, une cavalcade rock très vive, énergique, limite brutale, Bertrand Cantat y hurle de toute sa force. On en redemande ? Alors, dans ce cas, le morceau suivant est pour vous !

L'Homme Pressé : Autre gros tube de l'album, qui passe encore, de temps à autre, sur les ondes FM. L'Homme Pressé, avec son riff remarquable, son chant saccadé, ses paroles hilarantes (J'connais le tout-Paris/Et puis le reste aussi/Mes connaissances iniques/Et leurs femmes que je... fréquente, évidemment), son clip également hilarant dans lequel Noir Désir se foutait allègrement de la mode des boys-bands (manière de danser, de marcher), sans oublier le final avec une chorale d'enfants reprenant le Lioubov, Love, Amour des Poppy's (Love love love, dit-on en Amérique/Lioubov, Russie ex-soviétique/Amour, aux quatre coins de la France). Une chanson énergique, rock, puissante, un tube immense, jouissif et cynique, qui défonce les golden-boys. Grandiose.

Lazy : Chanson en anglais, aussi longue (5,35 minutes) que Fin De Siècle, mais pas aussi grandiose. Lazy est pas mal du tout, mais trop longue (facile une minute en trop, ça part en cacahouettes à la fin, c'est répétitif, longuet). Néanmoins, le début du morceau, qui est assez bluesy, est franchement excellent, et avec une minute de moins, ce morceau aurait facilement pu être un des sommets de l'album. Il n'est qu'un très bon titre, ce qui est, déjà, pas mal.

A La Longue : Excellente chanson, assez calme, un peu blues/jazz (enfin, je trouve), et très attachante. C'est même une de mes préférées, une de mes chansons chouchous de l'album, pour tout dire ! Le chant de Cantat est parfait, la musique, assez calme, apaisante (surtout après une telle série de chansons speedées) est de toute beauté. Excellent !

Septembre, En Attendant : Très belle ballade acoustique pour achever l'album (enfin, pas vraiment...). Une petite douceur pleine de mélancolie, de nostalgie. J'y pense encore...j'y pense... Les arpèges de guitare me font penser, un peu, à ceux du J'Ai Demandé A La Lune d'Indochine (intro de cette chanson), avec pas mal d'années d'avance. Pas mon morceau préféré de l'album, mais franchement il est très très réussi. On notera la participation du violoniste hongrois Félix Lajko, tout comme sur Ernestine.

Song For JLP : Chanson cachée, non créditée sur la pochette, ce Song For JLP est un blues assez sobre, interprété en anglais par un Cantat inspiré, concerné, et qui rend hommage (un vibrant hommage) à Jeffrey Lee Pierce, chanteur du cultissime Gun Club, groupe de punk-blues-rock américain des années 80, une des principales références de Noir Désir. La chanson, cachée, n'est pas placée en fin de piste de Septembre, En Attendant, mais bien sur une plage audio indépendante (ce qui est préférable aux morceaux cachés après plusieurs minutes de silence, sur la dernière plage audio, enfin je trouve). Jeffrey Lee Pierce est mort en mars 1996. Peu après, le groupe a enregistré cet hommage placé en dernier lieu sur l'album. Sublime !

Bref, 666.667.CLUB est un immense album, vous l'aurez compris (mais quel titre d'album à la gomme ! En 2003, alors que le monde aura les yeux rivés sur le groupe à cause du fait divers de Vilnius, des gens iront jusqu'à dire que le groupe était sataniste, en citant uniquement le titre de l'album...quels CONS, ces gens-là...), rempli de grandes chansons. Un disque très varié, passant du rock pur (punk, parfois) à la douceur acoustique, et qui montre toute l'étendue de la palette vocale de Cantat. Un des meilleurs albums de rock français, tout simplement !!