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50ème Track-by-track ! Et pour ce 50ème volet, un album qui compte énormément pour moi, un de mes albums de chevet absolus, j'ai nommé Tago Mago, double album (simple CD désormais, 73 minutes pour 7 titres) sorti en 1971, troisième album du groupe de rock expérimental allemand (le genre s'appelle, en Allemagne et dans le monde, krautrock) Can. Un disque de malades.

Paperhouse : Magnifique chanson, rock et expérimentale en même temps, même si l'expérimentation est moins présente sur le disque 1 que sur le disque 2 (vinyle, car tout tient sur un seul CD, je le rappelle) de l'album. La mélodie est juste inoubliable, Damo Suzuki (chanteur du groupe depuis le deuxième album, un Japonais aux allures de samouraï kamikaze ayant remplacé le premier chanteur, Malcolm Mooney, un Afro-Américain déserteur du Vietnam et ayant quitté le groupe sur injonction de son psychiatre, car il était complètement flippé), Damo Suzuki, donc, y est admirable de sobriété...du moins, avant que le morceau ne s'emballe. 7,30 minutes au Paradis, idéal pour ouvrir l'album en douceur.

Mushroom : Morceau le plus court ici, juste 4 minutes, et il me semble que le morceau sortira en single, car il en existe un clip, un clip assez angoissant, d'ailleurs, qui utilise des images du film Le Puits Et Le Pendule. Mélodie entêtante, répétitive, hypnotique, et chant tout aussi hypnotique, avec mantra répété durant une grande partie du morceau (One eyed soul/Mushroom head/One eyed soul/Mushroom head/Iwas born/and I was dead). Il est possible aussi qu'au lieu de One eyed soul, Suzuki chante When I saw, mais j'en doute un petit peu. Morceau certes court, trop court par rapport au reste de l'album, mais il n'en demeure pas moins cultissime et imparable. Grandiose, quoi !

Oh Yeah : Coup de tonnerre, et mélodie qui semble aller à l'envers (ça se confirme en entendant le chanteur, qui semble chanter à l'envers : il s'agit de bandes sonores passées dans le mauvais sens, effet volontaire qui rend le morceau encore plus barré), puis tout se rétablit par la suite. Le morceau, plus psychédélique et expérimental que les deux précédents, aligne 7,30 minutes de folie (cependant, par rapport à ce qui attend l'auditeur dès le morceau suivant, c'est franchement gentil, comme expérimentation). Suzuki en grande forme, superbe solo de guitare de Michael Karoli, basse et batterie en forme, claviers efficaces... Encore une fois, et en guise d'achèvement de la face A, un grand morceau !

Halleluwah : Face B totalement occupée par les 18,30 minutes de Halleluwah, morceau hypnotique, rock et expérimental qui contient des passages franchement immenses. Limite on pourrait danser sur ce titre, tant sa mélodie est, parfois, groovy, funky avant l'heure. Chanté, le morceau offre une performance quasiment inégalée pour Damo Suzuki, et malgré la réussite totale des morceaux présents sur les trois autres faces de l'album, c'est clairement le sommet de Tago Mago, et même de Can. Aucune lassitude de la part de l'auditeur, malgré la longueur du morceau (et des deux suivants : écouter l'album, c'est faire preuve de patience !). Un joyau brut(al), un sommet absolu.

Aumgn : 17,30 minutes terrifiantes, même si, pour moi, le morceau suivant le sera encore plus (terrifiant). Ici, c'est de l'expérimentation pure et dure, un instrumental occupant toute la face C, et démarrant de la même manière que Paperhouse, ouverture de la face A et donc de l'album (chose amusante, cette similitude d'intro, histoire de dire qu'au final, malgré la grosse différence de style entre le premier et le deuxième disque, c'est toujours le même groupe qui est à l'office). Comme je l'ai dit plus haut, Tago Mago, c'est un disque de rock un peu beaucoup expérimental, et un disque d'expérimentations pures et dures. Avec Aumgn, morceau tétanisant offrant un passage polyrithmique de toute beauté en son centre (malgré tout, ce passage de batterie polyrithmique, le batteur Jaki Liebezeit l'a toujours critiqué, n'aimant pas jouer ce genre de choses et ayant été quasiment forcé de le faire...), ainsi que des aboiements de chien (véridique !) et des choeurs quasiment grégoriens (véridique aussi !), on est dans la folie. Même si le morceau suivant va encore plus loin dans la folie. Et ce morceau suivant est...

Peking O : Une vraie dinguerie de 11,30 minutes. C'est bien simple, si vous pensez que Aumgn est flippant, attendez d'écouter Peking O, morceau chanté (enfin, chanté...), et sur lequel Damo Suzuki invente, littéralement, le rock psychiatrique. Ses délires vocaux, très rapides, et que l'on imagine chantés à moitié plié en avant (il chantait comme ça, Damo), sont flippants. On se demande vraiment si ce chanteur nippon est dans son état normal ou s'il n'aurait pas absorbé du LSD ou autre substance illicite avant d'enregistrer ce disque. Et s'il n'a rien pris, on se demande, dans ce cas, s'il est bien net dans sa tête ! Ce morceau, avec ses mélodies frappées, son piano free, son chanteur en état de crise, est juste angoissant et terrifiant, en même temps que remarquable. Il faut l'écouter pour le croire !

Bring Me Coffee Or Tea : Après autant de folie, Bring Me Coffee Or Tea, long de presque 7 minutes, est un répit en guise de conclusion, pour un album totalement frappé. Une chanson acoustique (à prédominance), assez apaisée et apaisante, sur laquelle Suzuki semble calmé. Magnifique moment de douceur et de répit, qui vient un peu tard pour calmer les nerfs, mais fait quand même du bien. Histoire de finir Tago Mago dans le calme... Tentative totalement réussie !

 A l'arrivée, un disque déconseillé aux timides et âmes sensibles, déconseillé aussi à celles et ceux qui, musicalement parlant, n'ont aucune patience et imagination. Si votre truc est Christophe Maé ou Shakira, oubliez ! Sinon, amateurs de dingueries musicales et d'expérimentations, bienvenue dans l'univers frappadingue (et, en même temps, très très structuré) de Can ! Ce disque est tout simplement un des sommets de l'histoire du rock mondial.