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Tétanisant. Ce disque est tétanisant. Quand on pense que pour la majeure partie des gens, le chef d'oeuvre des Smashing Pumpkins est le double Mellon Collie And The Infinite Sadness, de 1995... OK, leur double album est fantastique, il offre de grandes chansons comme 1979 ou Porcelina Of The Vast Oceans (pour ne citer qu'elles, car des grandes chansons, sur les 28 de l'album, il y en à un pacson), mais dire de lui que c'est le sommet de la bande à Billy Corgan, c'est un peu vite oublier leur précédent album (et par ailleurs, leur deuxième), sorti deux ans plus tôt, Siamese Dream. Lui, c'est le sommet, y'a pas à dire. Il est deux fois plus court que Mellon Collie... et offre deux fois moins de chansons (13), mais les 62 minutes et 17 secondes qu'il offre sont parmi les plus époustouflantes, parfaites, des années 90 à maintenant. Et on peut même englober la décennie précédente, les années 80, bien que les Smashing Pumpkins aient démarré leur carrière dans les 90's. L'enregistrement, la gestation de ce deuxième album fut douloureuse, délicate, difficile, et pas seulement parce que c'est le sempiternel toujours difficile à faire deuxième album. Billy Corgan (chant, guitare, composition, leadership du groupe) l'a enregistré quasiment tout seul comme un grand, ce disque, vu que la quasi-totalité des membres du groupe (guitariste James Iha, bassiste D'Arcy Wretzky, batteur Jimmy Chamberlain) avaient de gros soucis de came, et autres soucis d'ordre privé, et n'avaient pas trop la tête à jouer de la musique. Sous la tutelle du producteur du Nevermind de Nirvana, Butch Vig, les Pumpkins, ou plutôt Pumpkin Corgan, livre(nt) un album dont la prétention n'était autre que de se vendre par millions d'exemplaires, du moins pour Hut Records, le label (hébergé par Virgin) chez qui le groupe avait signé.

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L'album sort sous une pochette très jolie représentant deux petites filles habillées en fées, dehors, en gros plan mal cadré (volontaire ?). Une légende circulera bien des années après, au sujet de la petite fille la plus à droite, celle qui sourit de toutes ses dents : elle serait l'actuelle bassiste du groupe, Nicole Fiorentino. Au moment d'entrer dans les Smashing Pumpkins, elle n'en aurait parlé à personne, de peur que, suite à ça, son entrée dans le groupe ne soit pas jugée objectivement (l'air de dire ah, c'est toi la gamine de la pochette, bah viens, on t'accepte dans le groupe, pas de problème). Je crois qu'en réalité, ce n'est pas vrai, disons qu'il y à des doutes sur la question, les deux filles, aujourd'hui plus âgées d'au moins 20 ans (si la photo a été faite spécialement pour l'album, ce qui, je crois, est le cas), ont été retrouvées par la suite, aucune des deux n'est Fiorentino. Bref. Le visuel est sympa, le livret aussi, malgré qu'on ne peut absolument pas lire les paroles, imprimées à la va-comme-je-t'encule-avec-des-cigares-cubains-si-c'est-ce-que-t'aime-petit-vicieux, de manière manuscrite, et vraiment illisibles en grande partie, dommage. Mais on s'en contre-tamponne le Livret A avec des chips au saumon (ce qui doit être dégueulasse, si ça existe, des chips au saumon), d'ailleurs. Musicalement, l'album est une féérie, mélange entre hard-rock, grunge, rock psychédélique et vaguement progressif, et pop. Le chant de Corgan (voix haut-perchée, assez désagréable au début, mais on s'y fait) colle parfaitement à la musique. Les classiques se suivent : Cherub Rock qui ouvre le bal avec force (la guitare ! la batterie ! la voix de Billy quand, dans le final, il glapit Let me out, let me out !), Quiet qui n'et absolument pas à l'image de son titre (et, donc, calme), Today qui propose un petit peu de brise dans l'ouragan (malgré un bridge assez grunge), Hummer qui offre un parfait condensé de ce qu'est le son du groupe... Rocket, qui assure aussi. A noter que quasiment toutes les chansons sont dotées d'un titre en un mot, caractéristique (parmi d'autres) du grunge, j'ai remarqué. Le premier grand moment de pur frisson de l'album (Cherub Rock excepté) arrive avec Disarm, merveille à moitié acoustique, avec effets sonores sensationnels (cloches, orchestrations lyriques), des paroles cinglantes sur la future-ex-femme de Corgan (The killer in me is the killer in you/Send this smile over to you... quand il chante ça, je frissonne). Soma, qui suit, met à genoux. Quelle guitare, quelle voix, quelle...putain...de...mélodie... Geek U.S.A. déboule, c'est plus rentre-dedans, à la Quiet ou Cherub Rock. Efficace. Mayonaise (le titre est rigolo, OK. La chanson, la vache !!!) suit, c'est juste magnifique. Chanson faite en collaboration avec James Iha. Spaceboy, qui parle du frère de Corgan, handicapé, est une merveille acoustique, douce-amère, belle à pleurer dans sa bière. L'enchaînement avec les 8,40 minutes de Silverfuck font mal, le riff de la mort léthale est du pur Black Sabbath. Plusieurs dizaines de guitares ont été mixées sur ce titre, on parle de 100 parties de guitare, toutes de Corgan, selon les dires de Butch Vig. Le Bohemian Rhapsody guitaristique de l'album, une envolée brutale, sanglante, trépidante, d'autant plus qu'un passage psychédélique et plutôt calme, au centre, vient apaiser la tension avant le relâchement final. Monumental. Puis Sweet Sweet, 1,40 minute acoustique, de toute beauté, du calme pour se remettre de Silverfuck. Et le final, doux lui aussi, Luna, une ballade comme on en entend, au final, que trop rarement. I'm in love with you...

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 Arrivé au bout des 62 minutes (qui passent comme 30 tant c'est puissant) de l'album, le doute n'est plus permis, Siamese Dream est tout simplement un des 10 (voire même 5) plus grands albums de la décennie 90. On trouvera rarement, dans les année 90 et dans d'autres décennies, d'album aussi parfait. Un album assez intimiste, Corgan y parle de ses démons, sa famille, sa vie privée, il exorcise pas mal de choses (selon ses dires, il aurait mis un sacré bon bout de temps avant d'écouter réellement son album en faisant abstraction du fait que c'était lui qui l'avait enregistré, et le jour où il le fit enfin, il pleura). Deux ans avant Mellon Collie And The Infinite Sadness, disque lui aussi puissant, il entre déjà dans la légende avec ce disque tuant. Osons une comparaison avec les Beatles, en final : si Mellon Collie... est, quelque part, le Double Blanc des Smashing Pumpkins, c'est à dire un album fourre-tout, un peu trop généreux, mais aussi une vraie somme, alors Siamese Dream est l'équivalent d'Abbey Road, c'est à dire un disque plus concis tout en offrant autant de choses, enregistré difficilement (mais, contrairement à Abbey Road, pas le dernier, ni le chant du cygne), et au final foutrement plus réussi et attachant que l'auberge espagnole de l'autre album. J'ai limite envie de dire que s'il ne fallait qu'un seul disque des années 90, c'est celui-là, mais par respect pour O.K. Computer, Grace, Flaming Pie et autres Fantaisie Militaire, je n'irai pas jusque là. Mais j'y pense un peu quand même. Pas vous ?

Cherub Rock

Quiet

Today

Hummer

Rocket

Disarm

Soma

Geek U.S.A.

Mayonaise

Spaceboy

Silverfuck

Sweet Sweet

Luna