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Pour ce nouveau Track-by-track, un chef d'oeuvre du hard-rock, et même du heavy metal alors naissant (Black Sabbath étant un des pionniers du genre), j'ai nommé Sabbath Bloody Sabbath, cinquième album du groupe anglais d'Ozzy Osbourne (chant), sorti en 1973 sous une très schizophrène pochette montrant un homme, moribond, en train de passer de l'autre côté. Au recto, il est harcelé, dans un décor infernal, par des démons, un gros 666 au-dessus du lit ; au verso, décor paisible, il meurt calmement, avec les siens, et des anges, dans un décor paradisiaque (enfin, disons, un décor plutôt positif). Le groupe se fera emmerder par les ligues de censure à cause : du titre ; de la pochette ; du S des deux "Sabbath", clairement ressemblant avec le sigle SS tristement connu ; parce qu'il est Black Sabbath, tout simplement. Musicalement, on va le voir, l'album est très subtil. On commence :

Sabbath Bloody Sabbath : Riff de la mort en intro, bien saignant. D'emblée, on est dans le bain, avec cette chanson-titre aux paroles bien dans la norme (Sabbath Bloody Sabbath/Nothing more to do/Living just for dying/Dying just for you). Le chant d'Ozzy la gargouille, la guitare de Tony Iommi et ses phalanges manquantes (un son bien, bien sombre), la batterie de Bill Ward, la basse du seul vrai obsédé par l'occulte du groupe Geezer Butler... Un morceau anthologique, démoniaque, qui file le frisson. Un des sommets du groupe !

A National Acrobat : Là encore, le morceau, long (6 minutes), démarre par un riff d'enfer. Moins démoniaque que celui de la chanson-titre, mais le morceau est, dans l'ensemble, plus rock pur, malgré un break d'enfer et un final tout simplement...voilà, quoi, il est ce que vous voulez, ce final : trippant, jouissif, jubilatoire, immense, bandant, renversant, choisissez votre terme et barrez les autres (pour ma part : trippant, jouissif, jubilatoire, immense, bandant, renversant). Un morceau légèrement plus subtil que le premier, tout en étant du pur Sabbath. Faut le faire !

Fluff : Ouh, qu'il est mal aimé, ce morceau...Enfin, pas par moi, surtout pas par moi ! Fluff est un instrumental, acoustique, sans violence aucune (ceci dit, lors de la première écoute, il y à une certaine tension, car on se demande quand le morceau va péter...), constitué d'une guitare acoustique et d'une harpe. L'ensemble, dont le titre désigne une cocaïne très très très pure (c'est un terme argotique pour désigner la coke pure à fond), est de toute beauté, un moment de répit. Certains trouvent ce morceau inutile sur le disque, disent qu'il n'a pas sa place. Si, il a sa place, comme Laguna Sunrise a la sienne sur le Vol.4, ou Planet Caravan sur Paranoid ! Magnifique.

Sabbra Cadabra : Après l'incartade apaisante de Fluff, retour au gros son avec Sabbra Cadabra. Sous son titre un peu ridicule se cache un morceau infernal. Riff de la mort, voix parfaite d'Ozzy, et ambiance de feu. A noter, la participation, sur ce titre qui achevait à merveille la première face, du claviériste Rick Wakeman, échappé de Yes (groupe de rock progressif). Officiellement, Sabbath Bloody Sabbath plonge dans le progressif avec cette chanson. Du metal progressif, en quelque sorte ! L'effet est remarquable, les claviers de Wakeman sont somme toute assez discrets, présents mais pas envahissants. La chanson est une des meilleures du groupe.

Killing Yourself To Live : Comme il est dit dans le livret de la réédition CD, Killing Yourself To Live est un morceau important. Sans ce titre, c'est clair, pas de mouvement grunge, tant tout le grunge y est. Paroles glauques, musique d'une lourdeur absolue, riff tronçonneuse, chant... Sans cette chanson, sans ce groupe, sans ce disque, pas d'Alice In Chains, de Nirvana, de Soundgarden, de Pearl Jam. Mis à part pour AIC, l'absence de ces groupes ne m'aurait pas vraiment dérangé, je l'avoue... Excellente chanson ! 

Who Are You : Honnêtement, le moins bon des 8 morceaux de l'album, ce qui ne veut pas dire, cependant, que Who Are You est mauvais. Enfin, il n'est pas spécialement réussi, il est un petit peu redondant, et il use et abuse des synthétiseurs. La face B de l'album est progressive (l'aspect progressif de Sabbath Bloody Sabbath commençant en fait avec la participation de Wakeman sur le dernier titre de la première face !), et ce morceau est celui sur lequel les claviers sont le moins bien utilisés. Il n'y à que des claviers, ici. Ca fait assez étrange, surtout de la part du groupe. Heureusement, les deux morceaux suivant utilisent mieux les claviers ! A noter que Wakeman ne joue que sur Sabbra Cadabra ; les claviers, sur les autres titres, sont joués par les membres du Sabb'...

Looking For Today : Après une dérive très 'claviers', on revient à des bases plus heavy avec cette chanson qui fait partie de mes préférées du groupe, malgré un refrain poussif (Looking for today répété plusieurs fois, la voix d'Ozzy quand il chante ce refrain est un peu saoûlante à la longue). L'avant-refrain est sublime, notamment la musique (claviers discrets). Une chanson plus subtile qu'il n'y paraît, moins metal que la première face.

Spiral Architect : Enfin, le grandiosissime final de l'album, avec ses fameux Phantom Fiddlers ('violonistes fantômes'), son ambiance progressive, son chant à la limite du lyrique/épopéen... Une pure petite merveille que le groupe interprétera souvent (du moins, il me semble) en live. Une des toutes meilleures d'un album riche en joyaux (7 chansons sur 8), un morceau envoûtant et très subtil ; pour ceux qui pensent que Black Sabbath ne faisait que de la musique de bourrins, c'est pile poil le morceau qui prouve le contraire (l'album aussi) !

Au final, donc, Sabbath Bloody Sabbath est le meilleur album du groupe, un disque très fort, puissant, rempli de claques auditives, et, surtout, plus subtil qu'il n'y parait (des ambiances progressives, des mélodies plus recherchées que de coutume). Un album qui, en 42 minutes, en 8 titres, s'impose vraiment comme étant un des sommets absolus du hard-rock, et du rock des années 70. Bref, tout simplement indispensable !