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Fantastique pochette montrant des petites créatures du style elfes, nains, hobbits, sur une planète, à regarder (pour savoir ce qu'ils regardent, c'est au verso de pochette) un bateau navigant dans l'espace vers une lune souriante (un bateau ailé). J'ai toujours pensé, allez savoir pourquoi, à un des plus fameux dessins que Saint-Exupéry avait fait pour son roman Le Petit Prince, celui où l'on voit le Petit Prince debout sur son astéroïde, en regardant cette pochette d'album. Une pochette qui compte parmi mes préférées, et l'album aussi. L'album, c'est Neverneverland des Pink Fairies, et c'est le 45ème Track-by-track ! L'album, du pur hard-rock teinte de psychédélique, date de 1971 et est le premier du groupe.

Do It : Inspiré par le livre du même nom de Jerry Rubin (livre qui a posé les bases du mouvement yippie), Do It s'ouvre sur une petite minute assez space et folk, guitare acoustique, avant de passer au mode heavy avec un riff tueur (en single, la chanson sortira dans une version amputée de cette minute d'intro bucolique). Do It est une chanson sauvage qui nous dit que si tu a envie de faire telle ou telle chose, eh ben, fais-le, do it, do it. La batterie de Twink (un vrai cinglé qui s'associera brièvement avec Syd Barrett pour une groupe mort-né du nom de Stars, et a joué avec les Pretty Things !) est ahurissante, le chant de je ne sais plus trop qui (aucune précision, sur la pochette, de qui chante vraiment, c'est assez vague...) est très teigneux, agressif, trippant. Des riffs de malade pour une chanson aussi hard que punk (avant l'heure). Incroyable de se dire que ça date de 1971 !!

Heavenly Man : Changement de programme : cap sur le folk. Avec une touche psychédélique quand même. Heavenly Man est une pure merveille quasiment reposante après la brutalité rock de Do It. Le refrain est space, très space, avec les vocalises un peu distantes de je ne sais plus trop qui (là encore, qui chante ? Twink ? le guitariste Paul Rudolph ? l'un des deux, en fait ; les deux autres musiciens sont le bassiste Duncan Sanderson et le batteur Russell Hunter, il y à deux batteurs dans le groupe). La chanson est une pure petite merveille, une des meilleures de l'album. On est dans l'espace, en l'écoutant.

Say You Love Me : Encore n rock teigneux, moins que Do It, mais tout de même. Riff bien efficace en intro, chant parfait... Cette chanson use et abuse des clichés rock, mais est très efficace. Pas la meilleure de Neverneverland, clairement, mais il serait dommage de s'en priver ! Pas grand chose à dire, si ce n'est que le riff est vraiment irrésistible.

War Girl : Un peu de douceur (décidément, l'album est totalement schizophrène !) avec War Girl, chanson qui prouve que malgré leur propension à faire du gros son bien furieux et heavy, les Pink Fairies pouvaient être aussi subtils que leur nom ('fées roses'). La guitare est en mode 'repose-toi, ô mon brave guerrier', ce qui signifie que, tout en jouant sur ce titre, Paul Rudolph se la joue calme, rock plutôt que hard-rock. Le chant aussi est apaisé, apaisant, et la chanson est une pure petite merveille. Admirable.

Neverneverland : La face A s'achevait sur les presque 7 minutes de la chanson-titre, une chanson admirable qui, tout en portant le même nom que la chanson des Enfants Perdus de Peter Pan (chanson que Todd Rundgren reprendra en 1973), n'a rien à voir. Come and take me by the hand, we fly to Neverneverland... A dominance psychédélique et folk, cette chanson offre à l'auditeur un superbe voyage, on s'imagine à bord du petit bateau ailé du verso de pochette ! Idéale chanson pour achever la face A, en attendant une face B qui réservera aussi son lot de surprises !

Track One, Side Two : Qu'ils sont rigolos, les Fairies, d'avoir appelé, littéralement, 'morceau 1, face 2' ce morceau qui ouvre la face B ! Un morceau à la fois folk, avec des paroles très orientées heroïc-fantasy (I'm a planet without Hobbits... allusion à la pochette, ou alors, la pochette fait allusion à cette chanson sans vrai titre), mais aussi très rock brutal, avec, après un break tétanisant, un virage à 180° et un final proche de Do It ou Say You Love Me. Un des meilleurs morceaux de l'album, clairement. Mais quel titre à la con !

Thor : Une petite minute (en fait, 58 secondes) instrumentale, un bruit de feedback sans grand intérêt musical. Thor ne sert qu'à rajouter un titre et une minute à l'album. Avec Thor, l'album atteint les 46 minutes. Chose bizarre de l'avoir appelé ainsi, ce morceau inutile, au vu su titre étrange du précédent morceau. J'aurais personnellement fait l'inverse, et appelé Track One, Side Two cet instrumental sans intérêt, tout en le mettant, donc, en ouverture de face B ! Allez savoir...

Teenage Rebel : Avec son solo de batterie insensé, Teenage Rebel, long de 5 minutes, est le morceau le plus violent et speedé (le chant ! le chant !) de l'album. Une furie totalement punk avant l'heure. Clairement, les Pistols, Damned, Heartbreakers, Clash, Jam ont trouvé, avec ce groupe, de quoi s'inspirer. D'ailleurs, Johnny Rotten, leader des Sex Pistols, a toujours dit être fan des Pink Fairies. La chanson est juste puissante, haletante, trippante. Mais le meilleur reste à venir !

Uncle Harry's Last Freak-Out : 11 minutes dignes du Sister Ray du Velvet Underground (pour le côté bordélique). Ce morceau est la grosse viande rouge de l'album. Un riff tueur, une multitude rythmes, un chant remarquable, Uncle Harry's Last Freak-Out est une plongée dans un univers psychotrope, heavy et space en même temps, digne du meilleur d'Hawkwind. Immense. Difficile d'en parler, en fait, il faut juste écouter !

The Dream Is Just Beginning : Une minute et des poussières servant à achever l'album, à lui offrir une conclusion digne de ce nom. Le but est atteint, The Dream Is Just Beginning, très space, très psychédélique, au final assez doux, donne furieusement envie de se réécouter Neverneverland. C'est juste superbe, même si ce morceau est trop court et particulier pour être dans les sommets de l'album. Il fonctionne parfaitement comme final, mais écouté séparément, la magie n'opère pas aussi bien.

Voilà, pour finir, ce qu'est Neverneverland : un disque sauvage et beau, rempli de grandes chansons, expérimentales, furieuses ou folkeuses. Le seul reproche réside dans sa production, qui a énormément vieilli et fut de toute façon considérée, dès la sortie de l'album, comme indigne du son du groupe en live (déjà, en 1971, la production était faible). Mis à part ce défaut quand même imposant (car on met du temps à se faire à ce son assez plat), rien à dire au sujet de l'album, qui est aussi rare que grandiose. Pas le plus facile à trouver (sauf sur le Web), mais c'est à écouter absolument si vous aimez le rock et le hard-rock.