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Sorti en 1968, double album (toujours en CD, mais c'est de justesse) à la fois studio et live, Wheels Of Fire est le troisième album de Cream, trio rock constitué de Jack Bruce (chant, basse, piano), Eric Clapton (guitare, choeurs, chant) et Ginger Baker (batterie, chant, choeurs). C'est, sous sa très psychédélique (et gris-argent, teinte assez peu utilisée au demeurant) pochette, un disque sensationnel. 36 minutes d'enregistrement studio et 44 minutes de live, et quasiment rien à jeter, comme on va le voir, avec ce nouveau Track-by-track ! :

CD 1 (studio) :

White Room : Le son est un peu daté, mais à l'époque, il a du faire parler de lui (il paraît que ça a été un casse-tête, pour l'ingénieur du son et producteur Tom Dowd, pour enregistrer efficacement ce disque !). White Room est un rock pur et dur, quoique assez psychédélique (des paroles parfois assez louches, comme ce Yellow tigers crouched in jungles in her dark eyes). Chant remarquable de Jack Bruce, même si ce chanteur (et bassiste du groupe) n'a jamais été un de mes chanteurs préférés, et j'aurais tellement préféré que Clapton chante (mais à l'époque, il se refusait à chanter, sauf de temps en temps, comme Outside Woman Blues sur Disraeli Gears). Un des meilleurs titres de l'album.

Sitting On Top Of The World : Une reprise d'un immense standard blues, qui fut entre autres repris, aussi (et un an avant Cream, d'ailleurs), par le Grateful Dead, sur leur premier album éponyme. Rythme assez lent, ambiance bien bluesy, Clapton en super forme, cette chanson est juste imparable, une des meilleures de l'album, comme White Room (qui fait la même durée, 5 minutes). Autrement dit, Wheels Of Fire commence super bien ! Ca ne va pas durer, même si aucune chanson, ici, n'est à chier...

Passing The Time : Première descente de qualité, Passing The Time est une chanson assez psychédélique, à moitié minée par une prise de son qui, aujourd'hui, est un peu datée (mais les autres titres du disque studio sont dans ce cas aussi). Alternance entre furie psychédélique (rythme lourd) et ambiance de rhyme à l'anglaise, ces petites comptines musicales. C'est sympa, mais pas transcendant.

As You Said : La face A du disque studio se finissait sur As You Said, chanson psychédélique à la mélodie totalement orientale. On se croirait dans un ashram, en Inde, ou alors dans un repaire hippie de Katmandou (ou de Ashbury Heights, quartier hippie de San Francisco). Inutile de dire que ça a pris un sacré coup de vieux... Bon, mis à part ça, et sa longueur (4,30 minutes), et la voix de Bruce (Aaaaaaaas youuuuuuuu saiiiiiiiiid...), c'est pas trop mal. Mineur, mais pas mal.

Pressed Rat And Warthog : Ginger Baker au chant...aïe ! Une comptine psychédélique...aïe ! Pas mal de cuivres, une prise de son assez datée dans l'ensemble (la mélodie se perd dans un magma sonore, excepté les cuivres). Dire de ce morceau qu'il est le moins réussi de l'album serait faire preuve de bon sens. Mine de rien, j'avoue, même si ça m'a pris du temps, j'aime bien Pressed Rat And Warthog, morceau qui fut joué live, et pour la première fois, en 2005 au cours des concerts que Cream, reformé éphémèrement, a donnés au Royal Albert Hall de Londres. C'est mineur, ça a mal vieilli, mais ça reste sympa.

Politician : Comme Sitting On Top Of The World, cette chanson, très bluesy, est dotée d'un rythme lent et volontairement pesant. Sinon, ce n'est pas une reprise, mais une chanson écrite par Jack Bruce et Pete Brown (un des paroliers du groupe). Pas ma préférée de l'album (le chant de Bruce, monotone, est un peu lassant), mais il serait dommage de s'en priver, car, honnêtement, c'est une très bonne chanson blues/rock. Clapton, encore une fois, en forme.

Those Were The Days : Chanson la plus courte du disque entier (2,53 minutes), c'est aussi la plus flower power, la plus psychédélique. Une belle ballade qui donnera son titre à un best-of de Cream, et qui fut co-écrite par le batteur Ginger Baker. Le refrain est très joli, avec choeurs de Clapton (du moins, il me semble). La chanson n'est peut-être pas la plus grandiose de l'album, mais je l'aime beaucoup, et pour moi, elle n'est pas mineure.

Born Under A Bad Sign : Encore une reprise, de Booker T. Jones et William Bell, un standard du blues qui fut maintes fois repris. Rythme pesant, lourd, lent. Honnêtement, des classiques de l'album (car ç'en est incontestablement un), c'est celui qui me plaît le moins. A la longue, je trouve ce morceau un peu répétitif, redondant, et, encore une fois, j'aurais préféré un autre chanteur de Bruce. Mais, bon, ce n'est clairement pas une mauvaise chanson (enfin, pas une mauvaise reprise) !

Deserted Cities Of The Heart : Remarquable, mais trop courte (3 minutes) chanson, qui achève à merveille le disque studio. Le solo de guitare de Clapton est juste incroyable, bien que joué un peu trop vite (sur le live de 2005 au Royal Albert Hall, il est joué plus lentement, et n'en est que meilleur). Pour une fois, la voix de Bruce ne me gêne pas trop, et le seul reproche que le trouve à cette chanson est d'être, définitivement, trop courte. Sinon, c'est immense ! Le meilleur titre du disque studio selon moi.

 Un disque studio, donc, aussi court qu'il est réussi, malgré une ou deux fausses notes (l'aspect psychédélique/flower power de certains titres a vieilli, c'est certain). Dans l'ensemble, je préfère le disque live, mais ce premier volume de ces 'roues de feu' est quand même remarquable, riche en grands moments !

CD 2 (live) :

Crossroads : Existe-t-il un solo de guitare plus grandiose que celui que fait Clapton (et en plus, c'est lui qui chante !) sur cette reprise du Crossroads de Robert Johnson ? Oui, sans doute. Mais ça n'enlève rien à la grandeur de ce solo, juste puissant, un des meilleurs qui soient, une claque qu'on aurait aimé plus longue (le morceau fait 4 minutes, c'est de loin le plus court du disque live, et c'est un grand dommage, d'ailleurs). C'est juste puissant, rien d'autre à dire.

Spoonful : 16,40 minutes (morceau le plus long, mais pas de beaucoup, du live et de l'album en général) ahurissantes. Une collision basse/guitare inoubliable, chant de Bruce, ambiance de folie, aucune longueur malgré les presque 17 minutes de l'ensemble. Mon Dieu, que Spoonful est grand ! Un morceau terriblement bluesy, reprise de Willie Dixon, interprété à la perfection. Que dire d'autre ?

Traintime : La face B s'ouvrait sur les 7 minutes (et zéro secondes) de ce Traintime écrit par Bruce, troisième morceau du live enregistré lors d'un concert au Winterland, à San Francisco (le dernier titre est issu d'un show du Fillmore West, dans la même ville - marrant que le disque live, dans sa globalité, est sous-titré Live at the Fillmore, alors qu'un seul titre est issu de concert au Fillmore !). Un blues interprété par Bruce et son harmonica, solo d'harmonica durant quasiment tout le titre. A la longue, un peu fatigant, mais très très réussi, et le final ne laisse en rien présager du morceau suivant, qui s'enchaîne sans interruption.

Toad : Riff de guitare ahurissant en intro, puis, au bout d'une minute, Clapton et Bruce quittent la scène, pour laisser à Ginger Baker (auteur du morceau, instrumental), le soin de poursuivre. Car Toad, long de 16 minutes et autant de secondes, est un solo de batterie, et même probablement le meilleur solo de batterie jamais enregistré, que ce soit en live ou en studio. Baker a lancé une mode avec ce titre, qui ne contient aucune longueur et fait revenir les musiciens pour un final à la hauteur de son introduction. Immense. Avant The Mule (Deep Purple), avant Moby Dick (Led Zeppelin), avant Kyoto (Santana), entre autres, il y à eu Toad. Le papa de tous les soli de batterie rock, et le meilleur !

 Un disque live, donc, meilleur que le disque studio, lequel est quand même remarquable. Et à l'arrivée, Wheels Of Fire est le meilleur album de Cream, un groupe très important pour un genre musical alors naissant, et ne s'appelant pas encore de son nom définitif : le hard-rock (alors progressive blues) ! Un disque crucial, 80 minutes de grande musique de son époque !