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Encore un authentique chef d'oeuvre, pour ce 43ème Track-by-track. Et un triple album (désormais double CD), première vraie oeuvre solo de George Harrison, sorti en 1970 : All Things Must Pass. On trouvera difficilement un disque plus beau et passionnant (et émouvant) que ce coffret qui contenait un poster, deux vinyles 33 tours, et un maxi-45-tours de jams en bonus (situé, désormais, en fin du deuxième CD) !

CD 1 :

I'd Have You Anytime : Magnifique chanson, douce, tendre, légère, aérienne, idéale pour ouvrir l'album. Mélodie suave, paroles simples et touchante, cette chanson (composée en duo par Harrison et Bob Dylan !) est, sans être le sommet de l'album, une très belle réussite. A écouter et a réécouter, sans aucune lassitude !

My Sweet Lord : LE tube de l'album, un des tubes de 1970/1971 (l'album étant sorti en fin d'année 1970). Bien que la chanson ait été accusée, après coup (il y à même eu un procès), d'avoir été un plagiat de He's So Fine, chanson des Chiffons datant de 1963. La justice estimera que le plagiat était involontaire. Ca ternira quelque peu la joie de Harrison d'avoir enfin son propre tube. Une chanson religieuse, mode 'hare krishna' (d'ailleurs, c'est le mantra de la chanson), une pure merveille qu'il faut absolument écouter ! La clé de l'album, pour moi.

Wah-Wah : La chanson, très rock, très spectorienne (d'ailleurs, je ne l'ai pas précisé plus haut, honte à moi, mais Phil Spector est le producteur de l'album, et ça s'entend souvent !), tellement chargée en son qu'elle est à la limite de la cacophonie, fut composée pendant les sessions de ce qui devait être l'album Get Back, des Beatles, et est devenu Let It Be (en 1969 pour les sessions, donc). Les tensions internes, au sein du groupe, étaient telles que Harrison gueulera souvent contre Lennon, ou contre Yoko, ou contre, même, Macca ou Ringo. C'est vous dire si c'était tendu, car Harrison était d'un tempérament assez calme, zen même ! Une chanson très virulente et vive, dont il existe, selon une légende urbaine invérifiable (comme toute légende urbaine qui se respecte), une version de 20 minutes... Celle de l'album en fait presque 6. Excellente chanson !

Isn't It A Pity : Proposée par Harrison, refusée par Lennon pendant les sessions du Double Blanc, Isn't It A Pity est, si on excepte les jams du disque bonus (voir plus bas), dont une fait 11 minutes, le morceau le plus long de All Things Must Pass, avec 7 minutes au compteur. C'est une pure merveille (de plus), une chanson triste, mélancolique, mais également très engagée, dans laquelle Georgie Boy s'interroge sur le monde qui part en noisettes, sur la dérive, la crise, la violence, la guerre, etc...Très lente, atmosphérique, la chanson existe aussi dans une autre version en final (ou presque) du second disque, plus courte, et quasiment aussi quintessentielle.

What Is Love : Ouverture de la face B avec un petit tube, qui sortira en single, et est aussi enivrant et léger que les morceaux de la face A étaient introspectifs ou aériens, au choix (et parfois même les deux). Une chanson pop, qui claque comme une bulle de savon, refrain immédiatement retenable, riff de guitare léger en intro, la chanson peut faire penser à un futur tube que Harrison fera dans les années 80, I Got My Mind Set On You. En meilleur (quoique, ça n'est pas une mauvaise chanson, I Got My Mind Set On You !).

If Not For You : En 1968, Harrison est chez Dylan, et ils composent, ensemble, I'd Have You Anytime (première chanson de l'album). Dylan en profite aussi pour offrir à Harrison ce If Not For You qu'il interprètera aussi sur son album New Morning (1970). Cette version Harrison est assez sympa, meilleure que la version Dylan de la même année. Guitare légèrement hawaïenne (du moins, on dirait !), durée pas trop longue (3,30 minutes), ce n'est certainement pas le sommet de l'album, mais c'est quand même très sympa.

Behind That Locked Door : Je ne suis en revanche pas fan de cette chanson courte (3 minutes) et, selon moi, assez irritante. Là aussi, guitare faussement hawaïenne (ou alors, c'est une slide, ou un dobro, rhââ, je ne sais plus...), et je trouve la chanson un peu mièvre, un peu moyenne. C'est une des deux ou trois chansons du disque qui ne me plaisent pas, autant le dire directement, être franc avec vous. Pour les deux autres, elles sont sur le deuxième disque.

Let It Down : Chanson rock au son très chargé en effets spectoriens, un peu comme Wah-Wah. Couplets sublimes et plus calmes que les refrains, sur lesquels Harrison hurle presque. Les musiciens (parmi lesquels, Eric Clapton, Ringo Starr, Klaus Voormann, Spector, Carl Radle, Gary Brooker, Billy Preston, Jim Gordon, Bobby Whitlock, Jim Price, Badfinger, Pete Drake et Bobby Keyes, et Phil Collins sur un titre) sont en forme. A noter que Clapton a réquisitionné ses futurs Dominoes pendant les sessions de ce disque ! Pour en revenir au morceau, il est excellent, très vif et énergique.

Run Of The Mill : Le premier disque s'achève sur une ballade/complainte acoustique (rythmée cependant par des cuivres admirables), une chanson courte (moins de 3 minutes) qui pourrait très bien parler de Lennon, de Macca, ou des deux à la fois. Une chanson sublime, une des meilleures de l'album. Pas grand chose à dire, si ce n'est que la chanson distille une nostalgie, une mélancolie, un spleen magnifique. Admirable.

CD 2 :

Beware Of Darkness : Belle manière d'ouvrir le deuxième disque que ce Beware Of Darkness. Etrange manière, aussi, le morceau étant assez lent (enfin, pas tant que ça) et pas spécialement joyeux. En tout cas, Harrison le chante d'une superbe voix, et on y trouve de superbes moments de guitare. Une chanson plutôt sombre, mais très réussie !

Apple Scruffs : Là, en revanche, je suis moins convaincu. Une chanson assez courte et simple, très folk (pas mal d'harmonica), qui semble parler des Beatles, de leurs fans. Harrison leur parle, ici, leur explique plus ou moins qu'il ne les a pas oubliés, et que si les Beatles sont finis, il pense à eux, aux fans. Je n'ai jamais vraiment aimé cette chanson, même si son côté sincère est très touchant.

Ballad Of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) : En revanche, je suis totalement fan de cette chanson. Une pure petite merveille bucolique (un piano magnifique rythme l'ensemble), ambiance parfaite, chant admirable... Un joyau ! A noter que Sir Frankie Crisp était, au XIXème siècle, le propriétaire de la grande maison (un manoir) que possédait Harrison. Il lui semblait logique de lui dédier une chanson, c'est très gentil et honorable de sa part !

Awaiting On You All : Dernière chanson de l'album que je n'aime pas, cette chanson assez courte qui semble parler (pour les dénoncer) des prédicateurs, de la religion. Musique, chant, choeurs, paroles, à écouter Awaiting On You All, on croirait assister à un sermon chanté d'un prédicateur, dans un autel de toile installé à la va-vite. On croirait, aussi, entendre Patrick Bouchitey dans le fameux film de Chatilliez au titre interminable, et dans lequel, dans le rôle du prêtre, il chante une chanson sur Jésus, passage culte. Franchement, je n'aime pas du tout cette chanson que je trouve énervante.

All Things Must Pass : Que dire ? Si Harrison a choisi d'appeler son album du titre de cette chanson, ce n'est pas parce qu'il l'a tirée au sort entre les 18 chansons de l'album. Clairement, la chanson-titre est un modèle, un chef d'oeuvre, une des meilleures de l'album (avec quelques autres, évidemment). La face C se terminait par cette chanson introspective, triste, prévue à la base pour l'album Get Back des Beatles, mais refusée par le groupe. Les cons. A noter que Macca, en live, après la mort de Harrison (qui eut lieu en 2001 ou 2002, je ne sais plus trop), la chantera, en hommage, en alternance, je crois, avec Something. On tient là une chanson intouchable, insurpassable. Tiens, comme Something.

I Dig Love : Chanson lente, sur laquelle la basse a une part très importante. A la longue un peu...longue, justement, mais très originale et sympathique. Titre de chanson très con (à double sens : 'j'enterre l'amour' ou, en argot, 'j'aime aimer'), mais la chanson est plus intéressante que son titre, et ouvrait très bien la dernière face (si on excepté le disque bonus) de l'album.

The Art Of Dying : Phil Collins aux percussions (seul morceau de l'album sur lequel le futur batteur/chanteur de Genesis, alors jeune et pas encore chez Genesis, joue) sur ce morceau très pop, faussement kitsch (cuivres en pagaille), pas le meilleur de l'album mais assurément un des plus attachants, malgré les Can you believe me ? parfois saoûlants des refrains. Vraiment excellent. Cette chanson date de quand les Beatles existaient encore, mais Harrison ne l'a jamais proposée au groupe, sans doute à cause de son titre glauque ('l'art de mourir')...

Isn't It A Pity (Version 2) : Peu de variations par rapport à la version de la face A, si ce n'est qu'elle est plus courte (4,40). Elle est très réussie, cette dernière version, et complète bien l'album. Encore une fois, des paroles engagées, tristes, fortes, sur des faits de société. Vraiment excellent, mais je préfère de loin la première version.

Hear Me Lord : Final plutôt long (5,45 minutes) mais remarquable, assez religieux comme son titre l'indique, et riche en cuivres et choeurs. On ne saurait imaginer meilleure conclusion pour l'album que ce Hear Me Lord magnifique !!

Bonus disc :

Out Of The Blue : Une jam incroyable, de la même manière que le sont les trois autres jams de ce disque bonus situé en fin de CD 2. Je n'arrive pas à en parler, en fait !

It's Johnny's Birthday : Moins d'une minute, sans intérêt musical. On entend le groupe de Harrison chanter un joyeux anniversaire à Johnny, en l'occurence vraisemblablement John Lennon (qui avait, alors, 30 ans). Sympa, mais sans intérêt majeur.

Plug Me In : Une jam incroyable, de la même manière que le sont les trois autres jams de ce disque bonus situé en fin de CD 2. Je n'arrive pas à en parler, en fait !

I Remember Jeep : Une jam incroyable, de la même manière que le sont les trois autres jams de ce disque bonus situé en fin de CD 2. Je n'arrive pas à en parler, en fait !

Thanks For The Pepperoni : Une jam incroyable, de la même manière que le sont les trois autres jams de ce disque bonus situé en fin de CD 2. Je n'arrive pas à en parler, en fait !

Voilà donc, au final, ce qu'est All Things Must Pass : un authentique joyau, un chef doeuvre qui, sous sa pochette représentant Harrison entouré de quatre nains de jardin symbolisant les Beatles (cette pochette, dans l'édition CD, est remarquable, plusieurs versions proposent un décor de plus en plus modernisé ; symbolisme : le monde en progrès, pour le meilleur, et surtout pour le pire), est un des albums les plus quintessentiels de l'histoire de la musique. Indispensable.