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Attention, chef d'oeuvre (comme souvent dans cette catégorie) : Fear Of Music, troisième album des Talking Heads et deuxième des trois albums du groupe à être produit par Brian Eno. L'album, sorti en 1979 sous une très glaciale pochette représentant une plaque de métal, mérite bien son titre : il est tout sauf apaisant et accessible. Avec la participation de Robert Fripp (guitare) sur un titre et de Brian Eno sur l'ensemble de l'album (il apporte bien sa touche), l'album offre 11 titres aux noms le plus souvent très courts (un seul mot suffit !), et instantanément mythiques. Le groupe (David Byrne : chant, guitare ; Jerry Harrison : guitare ; Tina Weymouth : basse ; Chris Frantz : batterie) est en super forme. Allez, on commence ?

I Zimbra : C'est sur ce premier titre, I Zimbra, que joue Robert Fripp (contrairement à une croyance répandue, il ne joue pas sur le reste de l'album ; dommage, dans un sens). Court (3 minutes), le morceau est tribal, très imprégné de world music, de sonorités africaines, comme son titre l'indique un peu. C'est le morceau le plus à part de l'album (aucun autre titre de Fear Of Music n'a des sonorités world aussi marquées), un peu du Peter Gabriel de la même période (son troisième album, de 1980, ou son quatrième, de 1982). C'est juste remarquable. Nul doute que Fripp s'est inspiré de cette chanson pour Discipline, l'album qui marqua le retour, en 1981, de King Crimson (de plus, Adrian Belew, qui jouera sur Remain In Light, fera partie de King Crimson dès 1981) ! A noter, les paroles sont basées sur un poème dadaïste (surréaliste) de Hugo Ball, dont le texte est, notamment, Gadji beri bimba glandridi/Lauli lonni cadori gadjam (autrement dit, comme le Warszawa de Bowie, c'est du non-sens absolu) !

Mind : Un de mes morceaux préférés de l'album, et du groupe tout simplement. Mind est juste jouissif, totalement talkingheadien, avec riff de guitare claironnant, la voix aigüe et éraillée de Byrne, une rythmique élastique, un sens de l'expérimentation, la voix de Harrison en contrepoint... I need something to change your mind...mind... La chanson, je ne sais pas trop quoi dire à son sujet tellement je l'adore, est du pur Talking Heads. Si vous connaissez le son du groupe, vous savez ce que je veux dire. Si vous ne connaissez pas le groupe, je pense que commencer par l'écoute de cette chanson peut vraiment vous faire découvrir leur palette sonore !

Paper : Plus court (moins de 3 minutes), cette chanson est assez rock, assez teigneuse. Elle fait partie, avec Memories Can't Wait, des rarissimes chansons de l'album que j'ai parfois du mal à retenir, celles qui me marquent le moins. N'allez cependant pas croire que c'est mauvais, oh non ! Mais il faut avouer qu'à côté de Mind, de Cities, de Drugs ou de Air, ou de I Zimbra (ça fait beaucoup !), Paper est un peu (voir pas mal) moins accrocheuse. Bon son, cependant.

Cities : Morceau le plus long de la face A avec 4,20 minutes, Cities est une pure jouissance inquiète, dans laquelle Byrne, de sa voix hystérique au bord de la rupture de nerfs, nous parle de villes : Londres, Birmingham, El Paso, Memphis... La musique est trépidante, démarre par un fade lent, un riff de piano qui déboule, le piano (assez vif) ne quittera plus le morceau.I'm checking them out... La voix rebondit contre la mélodie, Good points/Bad points... L'ensemble est juste ahurissant. Find a city, find myself a city to live in...

Life During Wartime : Excellente chanson bien marquante, bien imprégnée du son talkingheadien, et dont le titre sera aussi, en 2009, celui d'un film de Todd Solondz (j'ignore si la chanson est dans le film). C'est une des chansons les plus connues et réputées du groupe, souvent jouée live, et qui use de métaphores pour décrire la vie dans Londres. C'est assez cynique et oppressant, tout à fait comme l'album dans sa globalité.

Memories Can't Wait : Fin de la face A avec cette chanson très sympathique, mais qui nécessite plusieurs écoutes. Comme Paper, elle est difficile à retenir, elle passe un petit peu moins bien la rampe. La moins bonne avec Paper, mais elle n'en demeure pas moins très réussie et sympathique. Faut juste admettre qu'elle est moins 'culte' que le reste. Enfin, je trouve, mais je me trompe peut-être...

Air : Mélodie entêtante pour Air, morceau ouvrant à la perfection une face B tout aussi accomplie que la A, comme vous allez le voir (et même meilleure, en fait). Comme pour Mind ou Cities, c'est un morceau totalement emblématique du son du groupe, entre la voix plaintive et hystérique de Byrne et une guitare assez agressive (le final), sans parler de la rythmique, tribale. Tout compte fait, et même si j'adore Mind, Drugs ou I Zimbra, je me demande si Air n'est pas mon préféré de l'album !

Heaven : Heaven, Heaven is a place where nothing, nothing ever happens ('Le Paradis est un lieu où il ne se passe jamais rien'). Le refrain de cette chanson au demeurant assez apaisante (mélodie calme, planante, pas de violence, une certaine mélancolie, même) est un des meilleurs du groupe. Heaven est une vraie réussite, à mille lieues des ambiances de Air, Mind ou Paper. Le chant de David Byrne est plus calme que de coutume. Les paroles ne le sont pas spécialement (calmes, apaisantes), mais la mélodie, trompeuse, rend le morceau très cool. Sublime.

Animals : Byrne n'aime pas les bêtes, apparemment, du moins, c'est l'effet que l'on ressent en écoutant ce morceay assez hystérique, encore une fois typique du son des Têtes Parlantes. Animals est une des réussites majeures de Fear Of Music, et du groupe. Paroles en béton, musiciens en forme, ce morceau est une petite claque !!

Electric Guitar : Assez hypnotique et même robotique, ce Electric Guitar qui, le croirez-vous (mais si, vous allez le croire ! Je vous connais !), ne démérite absolument pas son nom (car on y entend de la guitare électrique, ah ah ah !). Ah, vous le voyez, que vous m'avez cru ! Blague à part, ce n'est peut-être pas le morceau le plus phénoménal de l'album, mais il est, au demeurant, franchement sympathique et réussi, quoique très sombre.

Drugs : Le morceau le plus long de l'album, avec 5,20 minutes (pas franchement très long, donc). C'est le morceau qui a le plus la patte Eno : ambiance hypnotique, lente, ambient, avec peu de paroles, une atmosphère planante, comme sous l'emprise de drogues. On croirait entendre des oiseaux (mouettes, goélands, etc). C'est juste admirable (ligne de basse imparable), et ça achève idéalement un très grand disque !

A l'arrivée, aucun doute à avoir : Fear Of Music est bel et bien le sommet des Heads, malgré le fait que leur album suivant (Remain In Light, dernière production d'Eno pour le groupe, rempli de hits et de classiques) soit également remarquable. Mais ce disque de 1979 est vraiment leur meilleur pour moi. Un disque froid comme sa pochette, rempli de noirceur, de doute, de violence retenue, latente. Peur de la musique ? Peur de tout, en fait : peur de la ville, de l'air, des animaux, des drogues, du Paradis, de l'esprit (voir les titres). A l'arrivée, donc, un disque immense. Un sommet de post-punk.