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Pour ce nouveau Track-by-track, le dernier album de Queen sorti du vivant de Freddie Mercury (même s'il décèdera du Sida très peu de temps après sa sortie, l'homme était malade, secrètement, depuis 1986 environ, date des derniers concerts du groupe). Cet album, sorti en 1991 sous une pochette illustrée par un dessin de Grandville (dessinateur/caricaturiste français du XIXème siècle), c'est Innuendo. Pour beaucoup de monde, c'est le meilleur album du groupe depuis A Night At The Opera (1975). En fait, c'est leur meilleur depuis A Day At The Races de 1976, la différence est peu flagrante, donc, et le résultat est le même : c'est un très très bon, voire un grand, disque de Queen, malgré quelques fausses notes. Allez, on commence :

Innuendo : 6 minutes de bonheur, avec la participation amicale, pour le solo de mandoline central, de Steve Howe, guitariste du groupe de rock progressif Yes (et un peu d'Asia, aussi). Chanson imparable que cet Innuendo, qui ouvre à merveille un album très très très très réussi. J'ai découvert Queen à l'âge de 11 ans, avec une cassette audio (que j'ai toujours) du volume 2 des Greatest Hits. Innuendo s'y trouvait, en fin de face A, et j'ai très très souvent écouté cette cassette, et plus encore la fin de cette première face, tant j'adorais (et j'adore toujours) ce titre limite progressif, au refrain tueur, à l'intro assez sombre, au solo hispanisant (puis métallique : ça m'a toujours fait penser au Spanish Caravan des Doors), aux paroles grandioses. Un must, cette chanson, une des meilleures du groupe !

I'm Going Slightly Mad : Deuxième chanson, deuxième tube, deuxième chef d'oeuvre. Innuendo commence bien ! I'm Going Slightly Mad est une chanson sombre, étrange (la musique est tout sauf du Queen traditionnel), et qui, sous couvert de parler de folie, parle en réalité de la maladie de Mercury. Chanson très introspective sur laquelle Freddie chante d'une voix comme résignée à son destin (de toute façon, il ne se faisait aucune illusion...). Des paroles marquantes, une mélodie entêtante et étonnamment sobre, un refrain qui reste en mémoire... On peut dire, sans trop se gourer, que cette chanson est un classique absolu qui ne laissera pas indifférent !

Headlong : Troisième chanson, troisième tube, décidément ! Headlong est, comme le sera The Hitman plus tard sur le disque, un passage heavy. Mais c'est, ici, totalement réussi, bien trépidant, jubilatoire (riff de guitare, May est en forme ; rythmiques haletantes ; Mercury en forme, pour la voix ; refrain entêtant). Sans dire que cette chanson est aussi grandiose que les deux précédentes ou que certaines autres qui suivront sur le disque, Headlong est quand même une bien belle réussite pop/rock/hard-FM !

I Can't Live With You :  Ah, première déception, même si elle n'est pas vraiment mauvaise, cette chanson. En fait, elle ne l'est pas, c'est juste qu'elle est moins aboutie que le trio d'ouverture. Moins marquante. Un tantinet énervante. Elle s'écoute, ceci dit, assez bien, les couplets sont assez réussis (le refrain, moins ; c'est ça qui est un peu énervant sur cette chanson, en fait). C'est une assez bonne petite chanson pop/rock, sans grande envergure, mais il y aura nettement moins bon sur Innuendo.

Don't Try So Hard : Comment dire ... C'est magique. Mis à part sur The Show Must Go On, Mercury est, sur cet album, à son meilleur sur cette chanson. La chanson est totalement touchante, émouvante, le refrain marque bien (et les riffs de May, très orchestraux, dans le plus pur style queenien des années 70, aussi !), la mélodie est imparable. Tout en sobriété, Freddie interprète cette chanson avec un talent et une force de conviction rarement égalées. Le contraste avec la chanson suivante n'en est que plus marquant et choquant...

Ride The Wild Wind : Autant Don't Try So Hard est imparable, autant celle chanson est mauvaise. Oui, mauvaise. C'est un des gros points faibles, un des comédons suants, de l'album. Le refrain, poussif (avec les hey hey hey ! lointains, syncopés, du groupe, qui font vraiment bande de poivrots endimanchés en goguette à la Fête de la Bière à Munich), est assez insupportable, enfin, en ce qui me concerne. Je n'ai jamais pu pifer cette chanson qui, en vinyle, achève la face A. Le pire, là-dedans, c'est que la chanson suivante aussi n'est pas terrible...

All God's People : Pas une réussite là aussi, même si elle est meilleure, dans un sens, que Ride The Wild Wind. Je ne l'aime pas du tout non plus, je la trouve très (trop ? oui, trop) pompière, poussive. Les choeurs omniprésents, qui ne font plus Fête de la Bière ici, mais plutôt troupe de Gospel, sont énervants. La chanson est trop longue, aussi, sans toutefois être de la même durée que Innuendo (qui est la plus longue de l'album). Mais elle semble mille fois plus longue tant on se fait caguer à l'écouter...

These Are The Days Of Our Lives : Un slow touchant, qui sortira, je crois, en single, et fait partie des hits de l'album (on le trouvera sur le très dispensable Greatest Hits volume 3 : Queen +, sorti très tardivement). Un poil mielleuse et sirupeuse, un slow pour ménagères de moins de 50 aspirateurs (c'est mieux que 50 balais, non ?), ce qui ne l'empêche pas d'être, musicalement, très sympathique. Après deux chansons très médiocres, qui sont les points faibles de l'album, ça fait du bien. Même si, selon moi, elle n'égale pas, en réussite, I'm Going Slightly Mad ou Don't Try So Hard. Sans parler des chansons ouvrant et achevant l'album, évidemment.

Delilah : Petite chansonnette rigolote et amusante, touchante, sincère aussi, que Mercury a fait au sujet de sa chatte. Non, il n'était pas hermaphrodite, je parlais de l'animal, bande d'obsédés ! Delilah était sa petite chatte, apparemment aussi espiègle qu'affectueuse, et du genre à remonter le moral de Freddie en cas de coups durs (nul doute qu'en fin de vie, il en a eu un grand grand nombre, de coups durs et de moral à zéro...). La chanson est sympa, mais les miaooooow miaoooww miaowww du groupe sont on ne peut plus insoutenables ; et au bout de quelques écoutes, honnêtement, Delilah, on n'en peut plus ! Je n'en peux plus, de cette chanson, donc. Je lui préfère vraiment la suivante, et pourtant, la suivante...

The Hitman : Très heavy, cette chanson est franchement une des moins bonnes de l'album. Même si, curieusement, je la préfère à Delilah, qui est sans aucun doute meilleure en termes musicaux, mais m'énerve franchement désormais. Là, c'est du lourd, du bourrin, sans états d'âme, grosse guitare, batterie qui fait mal, Mercury en mode 'tueur'... Pas de poésie ici, pas de demi-mesure. Forcément, à côté du reste, ça coince, ça choque (Headlong, lourd aussi, choque moins), ça n'a pas vraiment sa place ici (sur The Miracle, je ne dis pas)... Je ne déteste pas, mais je le certifie : The Hitman est mineur.

Bijou : Magnifique chanson principalement instrumentale (peu de paroles), et qui fait la part belle à Brian May, qui nous régale d'arpèges de guitare absolument splendides. Les paroles sont certes un peu cul-cul (You and me, we are destined... ), mais musicalement, quelle fraîcheur, quel bonheur ! Peu de chose à dire dessus, c'est court (encore plus en vinyle, voir plus bas, dans la conclusion), mais superbe.

The Show Must Go On : Bon, ben là, c'est magnifique, que voulez-vous que je vous dise ? Mercury en stade final, la mort approchant à grands pas, nous offre une chanson sur sa mort, et ordonne à ses amis de Queen, et à ses fans, de continuer, la vie continue après tout... Impossible, je dis bien : impossible, de ne pas ressentir de frisson à l'écoute de la voix de Mercury disant I'll soon be turning, round the corner now/Outside the dawn is breaking/But inside in the dark I'm aching to be free  ('je vais bientôt franchir ce coin de rue/Dehors, l'aube pointe son nez, mais moi, dans les ténèbres, je souffre d'être enfin libre'), ainsi que pendant les refrains, surtout le premier, où il n'est pas accompagné du groupe. Grande, grande chanson. Je n'en reviens pas que, sur scène, Queen + Paul Rodgers, lors de la reformation de 2004, aient osé (les connards) l'interpréter ; après tout, cette chanson, c'est la chanson de Mercury, trop personnelle, trop intense...

Des petits défauts, donc (The Hitman, All God's People, Ride The Wild Wind) qui ternissent un petit peu l'impact de l'album. Mais Innuendo, malgré cela, reste un très très bon disque de Queen, pas leur sommet (ces chansons d'un niveau inférieur à l'ensemble empêchent de le classer comme tel), mais quand même très très bon et on ne peut plus sympathique. Assez touchant aussi, parfois, surtout quand on sait que Mercury décèdera peu après (la vision des clips des tubes de l'album est souvent difficile, Mercury y apparaît dans un état physique assez maladif, mince, blafard, épuisé, méconnaissable ; sa dernière apparition publique en TV, muette, avec le groupe lors de la remise d'un prix, est touchante et émouvante). Dans l'ensemble, Innuendo, si vous aimez Queen (et le rock), est un disque à écouter absolument, donc ! A  noter que le vinyle offre un ordre décalé (Don't Try So Hard sur la face B) et quelques raccourcis dans certaines chansons (Bijou, considérablement raccourci).