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Nouveau Track-by-track, et un disque aussi parfait que méconnu et rare, difficile à trouver sauf sur le Net) : l'album éponyme (et unique, car ils n'ont fait que celui-là, ou plutôt, ils n'ont sorti que celui-là - une rumeur prétend qu'un deuxième album du groupe moisit, à l'état de bandes, dans les locaux de Columbia...) de Copperhead. Copperhead était un groupe de rock pur, fondé en 1971 par John Cipollina, guitariste de Quicksilver Messenger Service, un des plus fameux groupes d'acid-rock américains, et surtout californiens. Les autres membres de Copperhead (le chanteur Gary Phillippet, notamment, ou le pianiste Jim McPherson) sont peu connus ; Copperhead, lui-même, est peu connu (dommage). Oui, dommage, car c'est un p*t**n de groupe, et un p*t**n de disque !

Roller Derby Star : Immense ouverture pour Copperhead, cette chanson ! Elle raconte le rêve californien dans toute sa splendeur : un homme, un soir, regarde la TV et tombe sur une retransmission de roller derby, sport éminemment américain. Lui qui est assez moyen (une sorte de beauf vivant sa vie comme tout un chacun, etc) se prend une claque et, du jour au lendemain, décide de tout plaquer, femme, enfants, maison, boulot, Etat, pour aller se barrer à Oakland, là où oeuvrent l'équipe des Bombers, et change son nom pour se faire renommer Buster. Il veut devenir une star de ce sport qui l'a tant botté à la TV. Musicalement, la chanson, comme l'ensemble des chansons de l'album, offre un solo imparable du grand et regretté Cipollina, qui nous régale avec son jeu tout en picking. Cette chanson avait tout pour être un tube, un classique. L'absence de reconnaissance médiatique, en son temps (et encore de nos jours) de Copperhead l'empêchera, dommage !

Kibitzer : Si je ne me plante pas, le titre est un terme yiddish utilisé pour les échecs, et qui est utilisé pour désigner un parasite s'incrustant dans une partie, sans y jouer, généralement pour donner des conseils de coups à faire ou pour commenter les coups faits par les joueurs. Compte tenu qu'il n'y à pas les paroles dans le livret (d'ailleurs, à part la liste des morceaux et leurs durées et crédits d'auteurs, il n'y à rien, dans le livret...), je ne sais pas trop, ne m'étant jamais à 100% arrêté sur l'écoute des paroles, si la chanson parle de ça, ou si le terme utilisé en tant que titre (et qu'on entend dans les paroles) est juste là pour faire joli. Sinon, cette chanson au rythme plus lent que la précédente est une autre grande réussite, étrange mais imparable. Encore un joli solo de Cipollina à découvrir ! 

A Little Hand : Rythme encore plus lent que Kibitzer, et normal, car A Little Hand est une ballade. Et une ballade tout simplement admirable, une de mes chansons préférées au monde, rien que ça (et pourtant, pas ma préférée de l'album, ce qui peut sembler paradoxal ; en fait, une autre chanson, ici, est une de mes préférées au monde, et ma préférée sur le disque, et c'est Roller Derby Star, j'avais oublié de le dire plus haut, donc, voilà, je rectifie ici). Le piano de Jim McPherson (qui joue aussi bien que les plus grands pianistes rock, tels Nicky Hopkins, Jim Dickinson ou Ian Stewart) est magnifique, il embarque direct l'auditeur dans un univers assez tendre et intemporel. La chanson est magistrale et aurait pu être enregistrée il y à quelques jours, tant elle ne semble pas avoir d'âge. En tant que ballade rock, un tantinet boogie quand même, on trouvera difficilement meilleur.

Kamikaze : Fin de la face A avec une chanson incroyable offrant encore une fois un solo de folie à Cipollina (sans doute le meilleur solo de l'album avec celui de Roller Derby Star et de Pawnshop Man). Chanson terminale sur l'attaque japonaise de Pearl Harbor, sur les kamikazes qui foutèrent leurs avions sur les bases américaines, en criant Banzaï !, Kamikaze est une chanson insensée, dans laquelle on se projette dans le cockpit d'un de ces suicidés volontaires nippons totalement fanatisés. Se finissant par des bruits de bombardement, la chanson, une des meilleures de l'album, est juste remarquable. Quel solo...

Spin-Spin : Ouvrant la face B, Spin-Spin est probablement la chanson que j'aime le moins sur l'album ; il en faut une, pas vrai ? Assez répétitive et au final un peu chiante, elle est aussi, et heureusement, la plus courte, avec un peu moins de 3,20 minutes. Quand je dis 'chiante', j'exagère, la chanson n'est pas à proprement parler chiante, ni mauvaise. Elle est juste d'un niveau largement inférieur aux monstres présents sur le disque, inutile de la comparer avec Kibitzer, Pawnshop Man ou Kamikaze, elle s'effondrerait comme une baudruche en manque d'air. Après, ça reste aussi d'un meilleur niveau que pas mal de chansons de groupe d'un niveau inférieur à Copperhead, tout en étant plus connus que Copperhead (je ne cite personne).

Pawnshop Man : C'est moi, ou la prise de son, pour cette chanson, est un petit peu moins réussie que pour le reste ? J'ai toujours eu l'impression, en entendant les premières notes (court maisexcellent solo bluesy de Cipollina), d'une baisse de son, de qualité de son. Mis à part ce léger défaut, rien à dire sur ce titre long (et encore, pas le plus long, il ne fait que 5,30 minutes) et contenant un des meilleurs moments de l'album, un sublime solo de guitare. Très blues dans l'âme, Pawnshop Man ('le prêteur sur gages') est juste imparable. Après la légère déception de Spin-Spin, ça fait du bien !

Wing-Dang-Doo : Piano de bastringue assez décalé pour une chanson énergique et très étrange (le titre, déjà, que je n'ai toujours pas réussi à comprendre), pas la meilleure de l'album, mais franchement très bonne. J'ai cependant mis un peu de temps à l'aimer comme il se doit, la plaçant, dans un premier temps, dans le même panier que Spin-Spin (qui y est resté, dans ce panier). Qui possède aussi un titre étrange, comme Kibitzer (même si, pour ce dernier, on sait ce que ça veut dire). Une chanson très sympathique, au final, qui nécessite plusieurs écoutes.

They're Making A Monster : Le final, imparable, un peu plus de 7 minutes pour un vrai déluge de feu, qui démarre de manière gothique (ambiance glauque, on parle de donnjon, de monstre, d'électrodes), avec magnifiques envolées de guitare et chant torturé de Philippet, pour se poursuivre dans un rock endiablé et teigneux, riff de la mort et hurlements de Philippet. They're Making A Monster est juste un monstre, comme son titre l'indique. Bien que je préfère Roller Derby Star, cette chanson est, probablement, la meilleure du disque. On ne saurait s'en passer, on ne saurait l'ignorer. Comme tout Copperhead, en fait.

Voilà ce qu'est Copperhead, album unique et éponyme de Copperhead : un disque puissant, rock, efficace comme un coup de boule. A noter que certaines rééditions CD, comme la plus récente (il y à quelques mois), propose un neuvième titre, Chameleon, qui sortit en single en même temps que le disque, en 1973, mais ne s'y trouvait pas à la base. En tant que tel, avec ses 8 titres originaux, Copperhead atteint les 39 minutes, quasiment tout rond (38,59 minutes) et est immense. Chameleon ne fait pas baisser le niveau de l'album, bien au contraire, et je suis assez emmerdé de ne pas posséder une édition CD proposant ce titre (la mienne fait 8 titres) ! Sinon, dans l'ensemble, un disque indispensable.