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Pour ce nouveau Track-by-track, un disque exemplaire, un des meilleurs qui soient. Un album qui, desservi par une pochette totalement ratée (et encore, vous ne voyez pas, ici, le verso, qui est pire que le recto...) et un manque de publicité, ne se vendra pas des masses à sa sortie en 1970, mais sera cependant déclaré Album de l'année (alors qu'il sortira en juin, soit au milieu de l'année) par le magazine Rolling Stone. Ce disque, l'ultime sommet des Pretty Things, c'est Parachute. Il est temps, d'ailleurs, de l'ouvrir, ce parachute, de le déployer morceau par morceau (et il y en à 13 !) ! :

Scene One : Une petite intro de presque (presque, hein !) deux minutes, à l'ambiance James Bond, enfin un petit peu. Peu de paroles (elles sont dans le livret), qui parlent d'une civilisation vivant dans des villes cerclées de béton, de fer, une grande ville oppressante et sans âme, donc. Cette chanson peu avare en ambiance est destinée avant tout à introduire le thème de Parachute : la collision folk/rock, la collision campagne/ville. C'est très bon.

The Good Mister Square : Encore une fois une chanson très courte (il faudra attendre Rain pour avoir une chanson atteignant les 2 minutes, hé oui !), qui n'est en fait que la première partie d'une diptyque poursuivi par She Was Tall, She Was High. Une chanson dont les harmonies vocales font penser à Crosby, Stills & Nash, ou bien au Because des Beatles (surtout).  Même pas une minute trente (la plus courte de l'album, mais pas de beaucoup), mais très jolie chanson.

She Was Tall, She Was High : 1,35 minutes qui poursuivent littéralement The Good Mister Square, car la chanson démarre par là où s'achevait l'autre. Même ambiance, même manière de chanter, si ce n'est que le refrain est assez énergique (et ouvre le morceau). C'est on ne peut plus sympathique, mais à écouter directement après The Good Mister Square, car sinon, ça fonctionne moins bien ! Les deux titres, réunis, sortiront en single, enfin je crois.

In The Square : Presque 2 minutes (à 5 secondes près...) et une chanson juste imparable, qui marque le début d'un triptyque sur le disque (poursuivi par les deux chansons suivantes). Magnifique chanson que ce In The Square dont les harmonies, encore une fois, rappellent le Because des Beatles, ainsi que Crosby, Stills & Nash (ça m'a aussi fait penser aux harmonies de Fredericks/Goldman/Jones ! Evidemment, pour ce dernier, c'est subjectif). Précisons aussi que les arpèges de guitare sont magnifiques et que celles du Paranoid Android (1997) de Radiohead semblent s'en être inspirées, car elles leur ressemble étonnamment (le passage What's thaaaat ? précisément), comme je l'avais d'ailleurs dit lorsque j'ai abordé O.K. Computer dans cette catégorie.

The Letter : Cinquième chanson de l'album et deuxième d'un petit triptyque, The Letter, d'une durée de 1,40 minutes à peu près, est aussi, des chansons de Parachute, la première à être chantée par Phil May, lequel est juste le chanteur principal des Pretty Things à la base. May avait décidé d'octroyer à ses sbires du groupe la position de chanteurs, et ne comence donc à chanter que dès le 5ème titre, étonnant, non ? Il ne chante pas sur tous les titres restants, mais quasiment sur tous, en fait (Rain n'est pas interprété par lui). Sinon, c'est encore une fois une chanson très courte, donc, mais imparable, d'une douceur quasiment inégalée, très mélancolique, la voix de May y est pour beaucoup. Magistral.

Rain : Et Rain, première chanson de l'album à atteindre les 2 minutes (elle en fait 2,30 !), achève le petit triptyque In The Square/The Letter/Rain. C'est sans doute la moins réussie du lot, à cause de son final à répétition, qui se traîne en longueur, mais elle n'en demeure pas moins très efficace dans son intro (riff de basse, voix teigneuse...). Bref, c'est très bon quand même ! A noter, le bruitage en final, évidemment : de la pluie qui tombe !

Miss Fay Regrets : On passe à des durées plus traditionnelles, avec 3,30 minutes, pour cette chanson assez rock et efficace parlant d'une ancienne star du cinéma, déchue, perte de personnalité, nombreux mariages et scandales, etc... Les paroles sont certes basiques, mais très bien interprétées par May, qui est ici dans un registre très vif, il chante vite, très vite...C'est pas la meilleure absolue de l'album, mais c'est très bon !

Cries From The Midnight Circus : 6,30 minutes qui achèvent à merveille une face A remplie de morceaux (8 !!). Assurément un des gros chefs d'oeuvre de l'album, Cries From The Midnight Circus, interprété par un Phil May en forme et bénéficiant d'une rythmique élastique (riff de basse parfait, notamment), est une sorte de Walk On The Wild Side avant l'heure, une chanson parlant de ce que l'on trouve, by night, dans une ville : putes, dealers, mauvais coups, misère... C'est juste immense.

Grass : On ouvre la face B sur Grass, une chanson pastorale, champêtre, campagnarde, réputée être la préférée de Phil May. La chanson parle du retour à la terre après des années d'errance en pleine métropole, c'est très joli (un sublime bridge instrumental, un final aérien de toute beauté). 4,20 minutes de bonheur qui ne laissent en rien présager du cataclysle de la chanson suivante !

Sickle Clowns : 6, 35 minutes (chanson la plus longue de Parachute) remarquables, inspirées par le film Easy Rider de Dennis Hopper : Sickle Clowns parle de deux motards en goguette finissant, en effet, hachés par les balles d'un fusil de bouseux, qui les allume alors qu'ils roulent sur une route de campagne... C'est le morceau le plus teigneux et rock, avec un sublime solo de guitare, de l'album. Une pure merveille, qui, de plus, à la longueur idéale (pas trop long malgré ses 6,35 minutes). Exceptionnel !

She's A Lover : Une sorte de tube, interprété très souvent en live par le groupe (même bien des années après), She's A Lover est une petite merveille qui, malgré la voix de May qui m'énerve un peu sur le refrain (She's a loveeeeeer, and she knoooooooow she's coming thruuuuuuuuuu), est juste sublime. A noter, le final, très heavy, duel de guitare, en total contrepoint du reste du morceau, qui est assez bucolique et vraiment pop. Superbe ! Pas ma préférée de l'album, ceci dit.

What's The Use : 1,40 minute, la plus courte depuis The Letter, et encore plus belle que la quasi totalité des morceaux précédents de Parachute, il faut le faire ! What's The Use est devenue ma préférée de l'album, clairement. Une chanson touchante, marquante sur la fin des idéaux hippies, le retour à la réalité, interprété de voix de maître par un May très concerné. L'intro en arpèges est inoubliable, le refrain aussi, les harmonies vocales de même...Une pure perfection, aucun autre terme ne convient.

Parachute : Et le final, en presque 4 minutes, de Parachute : la chanson-titre, très Crosby, Stills & Nash dans l'âme, et se finissant en bruit de sirène allant progressivement dans les aigus, jusqu'à en devenir littéralement inaudible. Pas ma préférée de l'album, mais tout comme She's A Lover, Rain ou Miss Fay Regrets, il serait con de s'en passer, car c'est franchement une pure petite merveille. L'album se finit étrangement (le bruit de sirène), mais très efficacement aussi !

Parachute est, donc, un joyau absolu, un disque court (13 titres pour 40 minutes, ça passe vite, trop vite) mais fondamental, mélange détonnant entre folk et rock pur, parfois même un petit peu heavy sur deux titres. Le genre d'album à écouter et réécouter sans cesse, en fin de compte !