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Pour ce 21ème Track-by-track, place à David Bowie, et plus particulièrement à Low, sorti en 1977 sous une pochette dont l'illustration est tirée du film L'Homme Qui Venait D'Ailleurs (1976) de Nicholas Roeg (ce fut le cas aussi de l'album précédent, Station To Station). Low est le premier volet de la trilogie berlinoise, ou trilogie Eno, trois albums expérimentaux conçus avec l'appui de Brian Eno. Seul le deuxième opus ("Heroes") a été enregistré à Berlin, les autres ont été faits au Château d'Hérouville en France (Low) ou à Montreux en Suisse (Lodger). Mais l'appellation 'berlinoise' correspond cependant tout à fait aux trois disques, et surtout aux deux premiers, en fait. Allez, on commence ?

Speed Of Life : Un peu de bidouillage électronique (merci Eno, qui est très présent, musicalement, sur le disque !) pour ouvrir Speed Of Life, premier morceau de l'album et instrumental par ailleurs (la face A s'achève aussi sur un instrumental, et la B est constitué exclusivement d'instrumentaux). Un morceau court (moins de 3 minutes) et très entraînant, qui mélange adroitement riff de guitare et bidouillages de synthés. C'est assez trompeur, car Low, dans l'ensemble, n'est pas très entraînant. Mais Bowie aime bien brouiller les pistes ! Autant le dire, c'est excellent.

Breaking Glass : Très court, moins de 2 minutes (1,50 précisément), Breaking Glass est le morceau le plus court de Low. C'est une chanson qui ressemble plus à une ébauche (en live, voir le double Stage de 1978, elle durera environ une minute de plus, suite à la répétition, en impro vocale, de la dernière phrase des paroles, I'll never touch you). Les paroles, justement, sont assez marrantes (en gros, Bowie dit à sa petite amie qu'elle est une personne formidable, mais qu'elle doit avoir aussi des problèmes, et, qu'elle se rassure, non, il ne la touchera jamais, et, au fait, fais gaffe, j'ai cassé du verre sur ton tapis, mais je vais réparer, gueule pas non plus, oh, ça va, hein), mais pas la manière de chanter, assez tendue. La musique est agressive derrière (riff de guitare), et expérimentale. Ce morceau symbolise bien Low, je trouve.

What In The World : En même temps que Low, et au même endroit (Château d'Hérouville, fameux château-studio de Michel Magne, dans l'Oise), s'enregistrait The Idiot d'Iggy Pop, produit par Bowie. C'est pour ça que sur ce What In The World assez conventionnel apparaît, aux choeurs (en fait, en deuxième chanteur), Iggy Pop, pour seconder Bowie. Le morceau, que j'ai mis du temps à aimer, est assez sympathique, même si c'est, sans doute, le moins grandiose de l'album. Faut relativiser, c'est quand même excellent ! A noter que, parallèlement, dans la bergerie du Château, Higelin faisait No Man's Land...

Sound And Vision : Le 'tube' de Low, car il sortira en single (avec A New Career In A New Town en face B), et force est de constater que Sound And Vision, présent aussi sur des best-ofs de Bowie, est assez pop dans l'ensemble. L'intro, longue, est instrumentale, avec des petites vocalises féminines de temps à autre. Bowie fait rugir son saxophone et demande à l'auditeur Don't you wonder sometimes 'bout sound and vision ? et le morceau devient plus conventionnel, très frais et sympathique. Assurément un des moins typiques de l'univers de Low (avec Be My Wife), mais une réussite absolue, en même temps !

Always Crashing In The Same Car : Je suis moins fan de ce titre assez froid et qui me semble inspiré par le roman Crash ! de Ballard (en tout cas, j'y vois des allusions, peut-être que je me trompe... je précise que j'ai lu le roman). Mine de rien, c'est un morceau assez glauque, pas facile de l'apprécier, et je trouve les vocalises de Bowie, en final (yoohoooohooooo) assez chiantes. Le morceau qui me plaît le moins ici.

Be My Wife : Une sublime partition de piano, un riff efficace de guitare, et des paroles assez simples pour faire de ce Be My Wife (dont le clip est un peu effrayant : Bowie, sur un fond d'un blanc aveuglant, y apparaît squelettique, blême, hagard ; il touchait beaucoup à la cocaïne à l'époque, et ça se voit, il est émacié, à faire peur !) une des meilleures de l'album, une de mes préférées aussi. Chanson parlant d'amour, de mariage, très positive et légère, très touchante aussi (les paroles : Please be mine/Shared my life/Stay with me/Be my wife, on trouvera rarement plus simple et direct comme déclaration d'amour !). Une réussite pop !

A New Career In A New Town : Joli instrumental pour achever la face A de Low, une face, donc, parfois expérimentale, mais au final très rock et conventionnelle (très réussie aussi). A New Career In A New Town, qui sera la face B de l'unique single de l'album, est une petite réussite assez guillerette, légère, joyeuse, le contraste avec la face B n'en sera que plus violent et marquant. Pas mon morceau préféré de l'album, mais franchement très bon !

Warszawa : Là, comment décrire ? Warszawa, qui ouvrait la face B, est le morceau le plus long de l'album, 6,30 minutes. Possédant en final des paroles incompréhensibles dans un idiome que je pense être inventé, le morceau se base sur la vision que Bowie a eu de Varsovie (le titre, c'est Varsovie en polonais ou en allemand), victime de la seconde guerre mondiale, ville froide, glauque, en ruines et reconstruction, ville ayant subi énormément de malheurs. Le morceau est à la fois planant et oppressant, mélancolique, il donne même envie de chialer parfois. C'est une incontestable réussite, un des 10 meilleurs morceaux de la carrière de Bowie, instrumentaux et chansons mélangées. Vous dire.

Art Decade : Très redondant, ce Art Decade, mais très grandiose aussi. En un peu moins de 4 minutes, Bowie et Eno tissent une mélodie que je trouve légèrement orientale (asiatique), tout en étant d'une froideur berlinoise (quand je disais que, bien qu'enregistré en France, Low est berlinois de ton !). C'est un instrumental totalement réussi, même si le thème est vraiment répétitif (plus long, le morceau serait devenu chiant) !

Weeping Wall : Ce 'mur des pleurs' ('mur des lamentations' ?), si on traduit son titre, est un morceau assez étrange, il faut bien le dire, et celui qui me branche le moins sur la face B. Je l'aime cependant beaucoup, et on ne saurait nier qu'il possède une violente touche Eno, plus, peut-être que les trois autres, et que la face A en entier. C'est un morceau qui a le luxe d'être à la fois oppressant et relaxant ! Forts, les mecs !

Subterraneans : Avec des paroles certes en anglais, mais ne voulant strictement rien dire, Subterraneans, 5,30 minutes, est le final, donc, de Low. C'est sombre, désenchanté, sans issue, comme les autres pièces instrumentales de cette deuxième face, résolument plus obscure que la première (vraiment un album schizophrène, ce Low !). Ce n'est pas le meilleur morceau de l'album, mais franchement, c'est très bon. Mais vraiment glauque !

Low, donc, est un disque hybride, à la fois rock et ambient, tout dépend de la face que l'on écoute. La face A est relativement conventionnelle, la B est plus expérimentale, quasi intégralement instrumentale malgré des paroles soit incompréhensibles (mais en anglais) pour Subterraneans, soit incompréhensibles (et dans un idiome vraisemblablement inventé de toutes pièces) pour Warszawa. Quelle que soit la face écoutée, l'album est une pure merveille, certes froid et expérimental, radicalement opposé à ce que Bowie, alors, faisait, mais c'est aussi un de ses plus grands disques. Bref, ultra conseillé !