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Grandiose album, ce Ummagumma ! Mon disque préféré du Pink Floyd, tout simplement. Il date de 1969, est double (le premier double album du groupe), et est à moitié live (le premier disque). Je ne pouvais pas ne pas l'aborder dans la série Track-by-track, et, à propos de Track-by-track, Ummagumma en est le 20ème, ça s'arrose ! Allez, on commence :

CD 1 (live) :

Astronomy Domine : Unique morceau de la période Barrett à être interprété ici, mais sans Barrett évidemment (viré en 1968, le live date de 1969, enregistré à Birmingham et Manchester, dans une université), Astronomy Domine est ici présent dans une version deux fois plus longue (soit 8 minutes 20) que dans sa version studio de The Piper At The Gates Of Dawn...et cette version live, anthologique, est totalement spatiarde, et envoûtante de la première à la dernière seconde. Les voix sont de Waters et Wright. Je préfère, et c'est peut-être hérétique, les voix de cette version live aux voix de la version studio (de Barrett et Wright) ! Re-mar-qua-ble !

Careful With That Axe, Eugene : Un grand moment d'intensité, qui sera pendant des années uniquement disponible, en album, qu'en version live (la version studio de Careful With That Axe, Eugene est sur la compilation Relics de 1971). De toutes les versions live que je connais (je n'en connais que deux, l'autre est sur le Live At Pompeii), c'est la meilleure, 8,40 minutes de bonheur, mais assez oppressantes. Le cri primal de Waters, quasiment au centre du morceau, signe du relâchement de la tension accumulée durant la première partie du morceau, est effrayant, glaçant, sublime aussi. Un des meilleurs moments du disque live, et de Ummagumma tout court. Et du Floyd tout court, tiens.

Set The Controls For The Heart Of The Sun : Avec 9 minutes (au lieu des 9,30 minutes indiquées sur le CD...), ce morceau est plus long de 3,30 minutes que sa version studio, présente sur A Saucerful Of Secrets (1968). Set The Controls For The Heart Of The Sun est ici dans une superbe version, même si, pour une fois, je préfère la version studio, et même la version Pompéi (qui est frissonnante, clairement). Mais l'alchimie entre la voix de Waters et la musique, à la fois planante et un petit peu oppressante (on sent une tension, qui ne se relâchera pas du long du morceau, contrairement au précédent titre), est totale. Un grand moment de plus, donc !

A Saucerful Of Secrets : Avec presque 13 minutes, cette version de A Saucerful Of Secrets est plus longue d'une minute que la version studio, et encore plus belle. Le final est un peu différent : les choeurs doucereux de la version studio sont ici remplacés par des hurlements, que je pense être de Gilmour (je ne suis pas sûr, mais je crois que c'est Waters qui chantonne sur la version studio, non ?). Ce morceau est mon préféré du live, une pièce majeure de Pink Floyd...Insurpassable !

 Dans l'ensemble, donc, un disque live certes très court (un petit peu moins de 40 minutes, mais bon, en même temps, il n'y à que 4 morceaux, très longs chacun, alors...) et, certes aussi, plombé par une production un peu datée, mais qui n'en demeure pas moins une pièce maîtresse de l'univers floydien. C'est la seule possibilité, hormis les bootlegs, d'entendre des extraits de concerts de cette période du groupe (il y à aussi le DVD du concert de Pompéi de 1972, ceci dit, sur lequel trois des quatre titres s'y trouvent aussi interprétés). En résumé, c'est juste remarquable !

CD 2 (studio) :

Sysyphus (Part 1) : Première oeuvre solo (car le disque studio est constitué d'oeuvres composées en solo par les quatre membres du groupe), Sysyphus est signée Rick Wright (claviers). D'une durée d'une minute environ, la première partie de cette oeuvre solo de Wright est assez marquante : oppressante, glauque, sombre comme un tunnel dans la nuit, elle marque durablement, met mal à l'aise. Et est totalement magnifique. Ambiance gothique assurée !

Sysyphus (Part 2) : 3 minutes et des couillettes à base de piano free, cette seconde partie de Sysyphus est une autre grande réussite, lyrique et passionnante, à la fois oppressante (on sent une tension) et apaisante (magnifique piano). Le passage le plus 'traditionnel' de Sysyphus, ceci dit.

Sysyphus (Part 3) : Presque deux minutes bien barges, les cris que l'on entend, et qui sont tout sauf humains, font un peu penser à ces cris zarbis que l'on entendra, quelques morceaux plus loin, sur Several Species Of Small Furry Animals Gathered Together In A Cave And Grooving With A Pict (ouf !) de Waters (mais ça sera en nettement plus barge encore). C'est le passage le plus expérimental de cette suite de Wright. C'est excellent, mais pas pour les amateurs de sobriété et de simplicité !

Sysyphus (Part 4) : Enfin, quasiment 7 minutes de bonheur pur, cette quatrième et dernière partie de Sysyphus, assurément la pièce solo que je préfère sur Ummagumma ! Le début est sublime, apaisant, on entend l'eau clapoter, le vent dans les branches, un joli mellotron discret, c'est bucolique, apaisant, champêtre...Mais, soudain, un violent coup d'orgue nous réveille, méchamment, et le thème de la première partie, plus espacé, plus développé, plus sournois, reprend. Un éternel recommencement, comme l'histoire de Sysyphe, condamné à faire rouler une pierre du bas d'une côte à son sommet, et ladite pierre retombant ensuit toujours en bas, de l'autre versant de la colline... Pour en revenir à ce final de Sysyphus, c'est juste magistral.

Grantchester Meadows : Première des deux pièces solo de Roger Waters (basse), qui triche donc un peu, car les autres, même si leurs pièces sont en plusieurs parties, ne proposent qu'une seule oeuvre. Grantchester Meadows est, du long de ses 7,45 minutes, une pure petite merveille acoustique, un des rarissimes morceaux de l'album à être chanté avec la troisième partie de The Narrow Way et, dans un sens, le morceau suivant. Acoustique, donc, avec bruits d'oiseaux, de vent, et petite guitare bien sympathique. Un peu comme le Cirrus Minor de l'album More - Soundtrack, mais en version plus calme et légère. Le final est délirant, une chasse à la mouche (qui, apparemment, se fait avoir à la fin, on entend un paf ! retentissant, et le morceau suivant démarre directement après). Pas mon préféré de l'album, mais assurément rafraîchissant, on se croirait près des prés de Grantchester (titre du morceau) en l'écoutant !

Several Species Of Small Furry Animals Gathered Together In A Cave And Grooving With A Pict : Un pur délire, rien que le titre (le plus long que je connaisse, personnellement) est ahurissant. Several Species Of Small Furry Animals Gathered Together In A Cave And Grooving With A Pict est la deuxième pièce solo de Waters ; le bassiste triche sans doute en en proposant deux au lieu d'une, mais elles ne sont pas très longues (enfin, celle-ci, surtout, qui dure un peu moins de 5 minutes). Que dire ? C'est un pur délire, avec bruits d'animaux bizarres (impossible, en ce qui me concerne, de ne pas imaginer des trucs poilus et en bouboule, du style Mogwaïs comme dans le film Gremlins, quand j'entend les petits cris et roucoulements suraigus qu'ils produisent !), avec improvisations vocales et, en final, Waters déclamant, avec un accent écossais si épouvantable que Sean Connery n'y pigerait que pouic, un texte apparemment délirant, mais que je n'ai jamais réussi à comprendre. C'est, littéralement, givré. Plusieurs écoutes sont nécéssaires pour bien apprécier le truc. La première écoute sera un chemin de croix, je vous préviens.

The Narrow Way (Part 1) : En 3,30 minutes, la première partie de The Narrow Way, pièce solo de David Gilmour (guitare), est magnifique. Et très acoustique, bien qu'assez enlevée. Ici, Gilmour se fait vraisemblablement plaisir, et du long des 3,30 minutes, cette première partie est tout simplement magnifique. Même si je préfère clairement le final, comme vous le verrez plus bas !

The Narrow Way (Part 2) : Un peu orientalisante, non, cette deuxième partie ? Qui est assez courte, car elle dure, en tout, 2,55 minutes. Un riff de basse bien efficace, quelques claviers un peu spatiaux, une ambiance assez orientale (du moins, je l'ai toujours entendue comme telle), cette deuxième partie, bien qu'un tantinet redondante, est très réussie. Le final approche lentement, avec effet de larsen discret, sur la troisième partie.

The Narrow Way (Part 3) : D'une durée de presque 6 minutes, cette dernière partie de The Narrow Way en est le meilleur moment, et un des moments de gloire de l'album. Un des rares morceaux de l'album à être chantés (les paroles, contrairement à celles de Grantchester Meadows, ne sont pas dans le livret, dommage), en l'occurence par David Gilmour, qui y est totalement convaincant. C'est un grand moment de rock pur, assez planant toutefois, avec belle partie instrumentale de guitare en final. Un de mes moments préférés dans la carrière du Floyd, carrément.

The Grand Vizier's Garden Party (Entrance) : Une petite minute très sympa permettant d'entendre une belle partition de flûte, jouée par Judy, la femme du batteur Nick Mason, lequel est l'unique auteur de cette suite en trois morceaux, The Grand Vizier's Garden Party. Une fois ce petit solo de flûte fini (vers le centre du morceau), on a droit à un petit roulement de batterie qui embarque l'auditeur vers la deuxième partie de cette pièce solo, assurément la vraie viande de l'ensemble de Mason.

The Grand Vizier's Garden Party (Entertainment) : Oui, la vraie viande, si je peux m'exprimer ainsi, car cette deuxième partie dure 7 minutes (tout réuni, la pièce solo de Mason est, de loin, la plus courte des quatre). Une étude de batterie riche en cinglements de cymbales, en roulements, en alternances de rythmes, en rythmes syncopés. A noter, à un moment donné, une rupture de son, un peu comme si on baissait et remettait le son, à plusieurs reprises...J'ai, lors de la première écoute, cru que c'était un défaut du CD, mais après écoute du vinyle, je le certifie : c'est normal, c'est dans le morceau ! Ca fait un peu bizarre, mais bon... Sinon, il faut vraiment aimer la batterie, car, ici, il n'y à rien d'autre, mis à part un petit peu d'orgue (de Wright). Pour qui n'aime pas la batterie, cette deuxième partie aura tout de l'emmerdement absolu d'un poisson d'eau de mer en plein désert... 

The Grand Vizier's Garden Party (Exit) : 38 secondes... autrement dit, ce final de la pièce solo de Mason, également, donc, le final de l'album, n'est pas d'un intérêt majeur. En fait, il ne s'agit que d'une reprise, en canon final à base de flûte (jouée par Judy, femme de Mason), de l'air de la première partie de The Grand Vizier's Garden Party. C'est joli comme tout, mais est-ce réussi au sens propre du terme ? En fait, on l'écoute sans s'en aperçevoir. Joli, mais insignifiant. Pas assez pour amoindrir l'impact et la réussite de l'album, en même temps, et tant mieux !

 Bref, un disque studio assez particulier, plus long que le live (il dure 47 minutes, à une petite seconde près...) et, selon moi, totalement réussi, comme le live. Le son est nettement meilleur, sans être extraordinaire (le groupe, à propos de Ummagumma, dira what a disaster ! par la suite, dans des interviews). OK, le disque studio est à réserver aux fans, aux amateurs d'expérimentations, et pas à ceux qui ne connaissent pas trop l'univers du Floyd. C'est, en effet, très space parfois, avec des passages, on l'a vu, complexes, austères. Mais, une fois qu'on a apprivoisé Ummagumma, c'est magnifique. Oui, définitivement mon préféré du groupe !