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Place maintenant à mon album préféré de Bob Dylan, j'ai nommé Desire, sorti en 1975, pendant la Rolling Thunder Revue (période bohème pour Dylan, 1974/1976), pour ce 19ème Track-by-track.

Hurricane : Gros succès de radio mùalgré sa longueur imposante (plus de 8 minutes, mais ce n'est cependant pas le titre le plus long de l'album, attendez de voir Joey !), Hurricane est une protest-song engagée qui aborde le cas d'un fait divers ayant bien défrayé la chronique dans les années 60 : un multiple meurtre dont on accusera (le jury du procès était entièrement blanc) le boxeur afro-américain Rubin 'Hurricane' Carter (un film de Norman Jewison, avec Denzel Washington, et dans lequel, je crois, on entend la chanson, sera fait dans les années 2000). Clairement, Dylan prend la défense de Carter, que bon nombre diront qu'il est innocent. L'homme croupira des années en prison, mais sera, au final, relâché, suite à des rétractations. La question est de savoir s'il est ou non innocent ; toujours est-il que cette chanson magistrale ne sera plus jouée live par le Barde dès 1976 (ou 1977)...

Isis : Sept minutes de bonheur absolu, rythmées par trois instruments ici majoritaires : le violon de Scarlett Rivera (aux accents tziganes), et l'harmonica et le piano, tous deux joués par Dylan (oui, Dylan au piano, chose rare, le Barde étant plus partisan de la guitare et de l'harmonica). Avec son ambiance enivrante, avec ses paroles cryptiques faisant allusion à l'Egypte, aux pyramides, à la déesse Isis, avec, aussi, son violon juste sublime, Isis est une des meilleures de l'album. C'est aussi ma préférée de l'album, et compte tenu que Desire est mon album préféré de Dylan, c'est donc ma préférée de Dylan, devant tous ses autres classiques !

Mozambique : Co-écrit avec le Canadien Jacques Levy (comme quasiment tous les titres sauf le suivant et Sara, que Dylan a faits seul), Mozambique est le titre le plus court, et de loin, de l'album, puisqu'il fait juste 3 minutes. Après le quart d'heure (durées des morceaux additionnées) de Hurricane et Isis, ça change ! Autant le dire directement, Mozambique est également le titre le moins réussi de Desire. En fait, c'est un morceau aux allures hispaniques (malgré le titre africain de l'album...), un peu bohème, et totalement anecdotique. Pas nul, juste insignifiant. Apparemment, la principale tâche de Dylan et Levy, ici, était de trouver le plus de rimes en -ique, pour rimer avec le titre de la chanson. Mozambique, tchick-a-tchick, on a évité le pire, car il n'y à ni dick, ni crotte de bique. Une chanson sympa, mais sans grand intérêt.

One More Cup Of Coffee (Valley Below) : Avec l'appui vocal, comme c'est le cas sur quasiment tous les titres, d'EmmyLou Harris, One More Cup Of Coffee (Valley Below) est une pure magnificence. La chanson respire la tristesse, la mélancolie, la vie de bohème aussi. One more cup of coffee 'fore I go... C'est juste magnifique, j'ai peur de me répêter, et, donc, je préfère en rester là. La perfection se passe de commentaires, parfois. Précisons qu'en live, comme sur le double At Budokan de 1978, cette chanson sera dans des versions, le plus souvent, à tomber par terre.

Oh, Sister : Encore une fois la présence d'Emmy Lou Harris pour rehausser (même si la chanson est en elle-même déjà parfaite) le niveau de la chanson. Oh, Sister est une des nombreuses réussites totales de Desire, une chanson qui, comme la précédente, est pleine de nostalgie, de mélancolie, de tristesse. C'est avec cette chanson admirable que la première face s'achevait, une face A quasiment parfaite si on excepte Mozambique.

Joey : Ouvrant, donc, la face B, cette chanson abordant la vie d'un gangster new-yorkais, Joey Gallo, qui refusera de tuer des innocents et a voulu protéger les siens quand, dans un restaurant, on lui tirera dessus. Joey Gallo était aussi un mafieux, ce que la chanson n'aborde pas. Avec 11 minutes, c'est la plus longue de l'album, et si ce n'est pas la plus grandiose (sans doute est-elle trop longue, justement), elle n'en demeure pas moins sublime, avec le violon de Rivera et les choeurs de Harris. Encore une preuve de la magnificence de l'album.

Romance In Durango : Chanson magnifique de presque 6 minutes qui, selon moi, aurait très bien pu apparaître telle quelle dans un film de Sam Peckinpah, comme Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia (ça aurait cependant été dur pour ce film, vu qu'il a été fait un an avant l'album...), rapport au fait qu'il est éminemment mexicain dans l'âme, comme la majorité des films du réalisateur. Une chanson assez magnifique, une complainte/ballade à l'hispanique, avec, cependant, une mandoline qui donne une petit cachet italien (paradoxe) à la chanson. Une de mes préférées de l'album !

Black Diamond Bay : Avec ses deux phrases en français, Black Diamond Bay est une petite pépite assez longue (7,30 minutes), rythmée par les choeurs d'EmmyLou Harris et le violon de Scarlett Rivera, comme quasiment tout Desire. Que dire ? Certes, ce n'est pas LA chanson de l'album, elle n'atteint pas la magnificence de Isis ou de la suivante (et dernière), mais elle n'en demeure pas moins une petite merveille assez entraînante.

Sara : En 1974, sur Blood On The Tracks, Dylan offre quelques chansons assez amères et cyniques, assez violentes sur son divorce d'avec Sara, sa femme. Dylan était vénère, désabusé, méchant, notamment sur Idiot Wind. Un an plus tard, il se calme, et offre les 5 minutes touchantes et magnifiques de Sara, chanson d'apaisement, dans laquelle il s'excuse, se repent, calme le jeu. Une des plus belles chansons de toute la carrière, très longue et remplie de pépites, du Zimmerman. Rien d'autre à dire, si ce n'est : écoutez-là, et pleurez de ne jamais réussir à écrire, un jour, un texte aussi fort et touchant sur un être aimé ! L'album s'achève donc en beauté.

 Voilà, au final, ce qu'est Desire : un album admirable, certes long (55 minutes pour 9 titres, dont 4 dépassent les 7 minutes, c'est baraqué, comme album), mais quasiment parfait. Folk, rock, ce disque offre des ambiances enivrantes, des ballades et complaintes magnifiques, des protest-songs imparables. Définitivement, ce disque est devenu mon grand préféré de Bob Dylan, et croyez-moi, j'adore ce chanteur et bon nombre de ses albums (quasiment tous ceux de la période 1963/1979) ! Indispensable, donc.