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La magnificence absolue de ce premier album (éponyme et unique, le groupe n'en fera pas d'autres) de Blind Faith est quasiment inégalée.  Il me semblait donc logique de l'aborder en tant que seizième volet des Track-by-track. Le groupe était constitué d'Eric Clapton (guitare), Stevie Winwood (chant, guitare, claviers, un peu basse), Rick Grech (basse, violon) et Ginger Baker (batterie). Clapton et Baker venaient de quitter Cream, Winwood venait de faire de même avec Traffic, et Grech a quitté Family pour rejoindre le trio de base de Blind Faith. Leur unique album, en 42 minutes, n'offre que 6 titres, mais quels titres ! Les voici :

Had To Cry Today : Riff de folie et longueur imposante (presque 9 minutes, mais c'est loin d'être le plus long du disque) pour Had To Cry Today, blues admirable interprété de voix de maître (ah ah ah) par Winwood. Certains pourront reprocher au morceau de trop s'étendre (et ceux qui disent ça, que pensent-ils de Do What You Like, dernier morceau de l'album ? Ca me terrifie d'y penser !), mais c'est chipoter, car le morceau est vraiment bluffant, un des sommets de Blind Faith.

Can't Find My Way Home : Petite chanson acoustique assez courte (dans les 3 minutes) existant aussi dans une version plus longue et, surtout, électrique (sur la réédition double CD DeLuxe, remarquable, de l'album). Une chanson tellement magnifique, tellement mythique, que Winwood, en concert, la chante toujours (pas forcément à chaque concert, mais assez fréquemment). C'est bucolique, meilleur que tout ce que Traffic, le précédent groupe de Winwood, a pu faire. C'est, littéralement, insurpassable dans le genre. La version électrique est, elle aussi, remarquable.

Well All Right : Une reprise, la seule de l'album, et d'une chanson d'un des barons du rock'n'roll, Buddy Holly. Je n'aime pas trop Buddy Holly, mais cette chanson, qui sera par la suite reprise notamment par Alain Bashung, est excellente, et cette reprise vaut vraiment le coup, même si c'est, de loin, le morceau qui me branche le moins sur l'album. Un peu trop d'orgue sur ce titre (Winwood en joue super bien, ceci dit).

Presence Of The Lord : Là, en revanche, c'est du très haut niveau, Clapton au sommet. Eric Clapton, d'ailleurs, ne cessera quasiment jamais de rejouer ce titre (sur lequel il ne chante pas, soit dit en passant) en live. Son solo (au centre) est juste admirable, incontestablement le plus grand moment de l'album. Presence Of The Lord, avec son intro à l'orgue et la juste magnifique voix de Winwood, achevait à merveille la première face. L'auditeur écoutant l'album pour la première fois ne pouvait, alors, qu'espérer une face B aussi réussie ; et la face B, pour réussie, le sera en effet tout autant !

Sea Of Joy : En 5 petites minutes (mine de rien, ce morceau ouvrant la face B est trois fois plus court que le suivant, ah ah ah), Sea Of Joy permet à Rick Grech de briller non pas avec sa basse (enfin, si, en même temps), mais avec son violon. Il nous offre, sur ce titre maritime et magnifique, un petit solo de violon tout simplement somptueux, un des meilleurs moments de l'album. Sea Of Joy, mis à part ça, est très joli, sans être le sommet de Blind Faith. Il ne prépare en rien au cataclysme du dernier titre, en tout cas !

Do What You Like : Et voilà le cataclysme final : 15 minutes ahurissantes contenant : un mantra seriné par les quatre membres du groupe (Do what you like, do what you like...), un solo de basse, un solo de guitare, un solo d'orgue, un solo de batterie (quel batteur, ce Baker !), un peu de violon aussi, et des breaks en veux-tu en voilà. En 15 minutes, Do What You Like est THE morceau de l'album,  la fois par sa structure, sa longueur et sa réussite. Oui, on reprochera aussi au morceau de trop s'étendre, et la presse rock de l'époque, sauf en Angleterre, insistera souvent sur la suffisance des rockeurs britanniques, habitués à ce genre de prouesses très longues (voir le disque live du Wheels Of Fire de Cream, par exemple, voir aussi les nombreux groupes britanniques de rock progressif tels King Crimson, Yes, Emerson, Lake & Palmer ou Pink Floyd, Soft Machine...). Mine de rien, ce titre très long est une incontestable réussite !

 Dans l'ensemble, donc, Blind Faith, sous sa pochette scandaleuse (une jeune fille vraisemblablement mineure, nue même si on ne voit d'elle que le haut, tenant, dans un décor bucolique, un avion de forme éminemment phallique dans ses mains, une expression innocente sur le visage...) qui sera censurée dans pas mal de pays et remplacé par une pochette beige représentant une photo noir & blanc du groupe, Blind Faith, donc, est un authentique sommet de rock. 6 titres seulement, mais aucun ratage. Un disque, donc, essentiel !