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Physical Graffiti, album mythique s'il en est, et de Led Zeppelin (sorti en 1975), sera l'objet, donc, de ce quatorzième volet des Track-by-tracks. Je tiens ici à prévenir les fanatiques de l'album (il y en à beaucoup) : vous risquez fort, en lisant cet article, d'être déçus, voire même choqués, par certaines de mes déclarations à son sujet. L'album, sorti sous le label du groupe (Swan Song), et même le premier de leurs albums sous ce label (et leur sixième album tout court, et leur premier double album, et leur unique double album studio), est en effet, du moins selon moi, fortement inégal, même si ce qui est bon, ici, l'est vraiment et totalement. Allez, on commence, d'autant plus que 15 titres (6 sur le CD 1, 9 sur le deuxième), ça va prendre du temps ! :

Disque 1

Custard Pie : Un morceau assez énergique pour ouvrir l'album, quoi de plus normal ? Ce morceau, composé en 1974 pendant les sessions de l'album, est assez sympathique. John Paul Jones (basse, claviers) n'est cependant pas très audible ici, sa basse semble avoir été enterrée dans le mix, ce qui est dommage. Et une fois bien retenu, le morceau n'est, il faut bien le dire, pas aussi quintessentiel que les classiques du Zeppelin. Bref, un titre sympa, mais un peu mineur.

The Rover : Datant des sessions de Houses Of The Holy (donc, de 1972), ce blues-rock tendu et lourd est une des incontestables réussites de Physical Graffiti. Le riff est excellent, Plant chante remarquablement bien, la chanson est certes longue (5,30 minutes) mais clairement pas chiante, aucune longueur, contrairement à d'autres titres ici. The Rover est une sorte de classique secondaire pour Led Zep, pas aussi mythique que Stairway To Heaven ou Whole Lotta Love, mais un classique quand même !

In My Time Of Dying : Datant des sessions pour l'album, ce morceau est le plus long de tous les titres studios du groupe, et avec 11 minutes au compteur, c'était aussi, à l'époque, le premier titre du groupe à atteindre la dizaine de minutes. Des trois morceaux studio du groupe à atteindre ce cap, c'est aussi le seul à clairement dépasser les dix minutes (les autres font dans les 10,30 minutes). In My Time Of Dying est un blues fortement basé sur plusieurs standards du genre (des emprunts pas vraiment légaux), et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est foutralement trop long. Il faudrait retirer au moins 4 minutes pour que le morceau soit plus 'viable', car, ici, on a une succession de répétitions assez plombantes : riffs, vocalises, tout y passe à plusieurs reprises, du riff central, suivi d'un roulement de batterie, que Page refait au moins 6 ou 7 fois, si ce n'est plus, aux Oh my Jesus, oh my Jesus de Plant (et ses Oh Georgina, Oh Georgina aussi) qui, à la longue, deviennent fatigants. Une caricature de Led Zeppelin, ce titre.

Houses Of The Holy : La face B s'ouvrait sur la chanson qui a donné son nom à l'album Houses Of The Holy de 1973, et qui date des sessions dudit album, mais qui, pour une raison ou une autre, n'a pas été conservée à l'époque (des groupes tels que Queen ou les Doors aussi eurent le même cas de figure, avec les chansons Sheer Heart Attack et Waiting For The Sun, qui offrirent leurs titres à un album mais ne s'y trouvèrent pas au final). Que penser de ce titre ? Qu'il est sympa, mais à la longue un peu chiant, il faut bien le dire. Ce n'est pas à proprement parler une mauvaise chanson, disons juste qu'elle est un peu moyenne ; ce n'est pas la pire de l'album, mais certainement pas une de celles qu'il faut retenir. Si Physical Graffiti était transformé, avec des coupes sauvages, en album simple, Houses Of The Holy ne survivrait pas à ces coupes.

Trampled Under Foot : Un peu longue (même durée que The Rover), mais cette chanson datant des sessions de l'album est quand même une belle petite tuerie hard-funk, sur laquelle Plant est en forme, sans oublier le clavinet de John Paul Jones (ce dernier, sur l'album éponyme des Them Crooked Vultures en 2009, groupe dont il fait partie, réutilisera un clavinet sur Scumbag Blues, morceau faisant aussi bien penser à Cream qu'à cette chanson du Zeppelin). M'a toujours un peu fait penser au Long Train Runnin' des Doobie Brothers, ce morceau (surtout le refrain) !

Kashmir : Indéniablement le sommet de ce premier disque, et même de l'album tout simplement. Plus de 8 minutes de bonheur. Kashmir est la troisième meilleure chanson du groupe derrière Stairway To Heaven et Achilles Last Stand, enfin pour moi. Marrant que sur ce titre au demeurant très symbolique de Led Zeppelin, on n'entend quasiment pas de guitare ! Mélodie orientale qui, sur le live Unledded - No Quarter de Page & Plant, sera sublimée au possible ; mais cette version est, à elle seule, un gros must.

Disque 2

In The Light : Tout comme Kashmir qui achève le premier disque, In The Light, qui ouvre le second, est issu des sessions de l'album, en 1974, et dure plus de 8 minutes. C'est le morceau progressif de l'album, qui démarre par un long magma de synthétiseurs (John Paul Jones), avec voix de Plant comme bidouillée par un appareil quelconque. Le riff surgit, excellent, et le morceau décolle, lentement mais sûrement, avant de s'achever en apothéose. Un des meilleurs de l'album, mais assurément le plus spécial.

Bron-Yr-Aur : Issu des sessions du troisième album (1970), Bron-Yr-Aur, qui doit son nom au petit cottage où Page et Plant se recueillirent pour composer les morceaux de Led Zeppelin III (une des chansons de ce troisième album s'appelle Bron-Y-Aur Stomp, aussi), est un petit instrumental acoustique de toute beauté, très court (2 minutes), mais tout simplement majestueux et aussi apaisant et doux qu'une petite pluie d'été. C'est charmant, bucolique, un moment de douceur, on en redemande ! Mais pourquoi est-ce si court, enfin ?

Down By The Seaside : Issu des sessions du quatrième album sans nom de 1971 (la majorité des titres anciens de Physical Graffiti sont sur le deuxième disque), Down By The Seaside, avec sa mélodie hawaïenne, est un des titres les moins bien appréciés de l'album. C'est pourtant un des plus étonnants et sympathiques, un des plus originaux, malgré un refrain assez raté (People turn away, people turn away) et une longueur un peu exagérée (plus de 5 minutes). Allez, c'est franchement pas mal, certains passages (les couplets) sont même sublimes. J'aime beaucoup cette chanson.

Ten Years Gone : Avec plus de 6 minutes, cette chanson composée en 1974 est le titre le plus zeppelinien de la face C (qu'il achève). Une pure tuerie bien hard, mais assez mélancolique aussi, et s'achevant en vraie fanfare sonore, avec Page en forme et Plant qui chante comme rarement il le fera par la suite. Bref, vous l'aurez compris, Ten Years Gone est un des sommets intouchables de Physical Graffiti.

Night Flight : La face D s'ouvrait sur ce Night Flight issu des session du quatrième album (1971), une chanson très sympathique et que j'aime beaucoup, même si les cris de Plant, en final, m'ont toujours fait marrer (association d'idées crétine au possible : j'ai toujours pensé aux cris d'un constipé sur le pot...) plutôt qu'autre chose. Mais la chanson, pas trop longue (moins de 4 minutes), est diaboliquement efficace et vraiment, possède un bon capital-sympathie. Plus réussie que certaines autres de l'album, tel ce long blues en troisième position du disque 1...

The Wanton Song : Issue des sessions de l'album lui-même (de 1974 donc), cette chanson dotée d'un riff de la mort (qui en devient cependant un tantinet énervant, car trop répétitif) est sans grosse surprise, et passe comme une lettre à la Poste. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, ni des barreaux de chaise, ni des briques, mais c'est plus qu'écoutable. Après, on est en droit de dire que Led Zep a carrément fait mieux, et sur Physical Graffiti, et en général. Oui, ils ont aussi fait pire, et sur Physical Graffiti, et en général, je sais... La chanson, il me semble, parle de putes et de leurs clients.

Boogie With Stu : Chanson assez marrante, enregistrée avec Ian 'Stu' Stewart, pianiste des Rolling Stones, et datant des sessions du quatrième album (1971). Boogie With Stu est un petit délire, un boogie avec Stu, donc, très sympa, mais sans grand intérêt, au final. Une des nombreuses preuves de l'incontestable aspect hétéroclite, aventureux, de Physical Graffiti, album où on trouve à peu près de tout. Ici, c'est donc du boogie acoustique assez marrant, mais pas la tasse de thé du groupe, et ça se ressent un peu.

Black Country Woman : La chanson que j'aime le moins ici, clairement, définitivement. Issue des sessions de Houses Of The Holy (1972), c'est une ballade acoustique enregistrée en plein air (on entend un avion passer au début, et le voix de Plant, rigolant et disant à l'ingénieur du son nah leave it, yeah !, autrement dit, disant à l'ingé-son de laisser, au final, ce bruit sur la bande). L'effet est garanti, ça fait home-made, sans fioritures, sobre et bio. Mais la chanson, du haut de ses 4,25 minutes, est franchement chiante à la longue. Bref, j'aime pas du tout.

Sick Again : Physical Graffiti s'achève, ouf, sur une excellente chanson issue des sessions de 1974 (heureusement qu'elle est excellente, d'ailleurs, car les deux précédentes n'avaient rien de folichon, on l'a vu), ce Sick Again qui, il me semble, parle d'une groupie (de 16 ans seulement...) collant aux basques les membres du groupe. Les histoires de groupies font partie intégrante de la légende zeppelinienne, avec parfois (souvent) des anecdotes assez croustillantes et vicelardes (le mud shark, par exemple) à la clé. La chanson est sans grosse surprise (riff qui tue, chant excellent, bon rythme), mais est efficace et très sympathique, idéale pour achever l'album. Comme Custard Pie était idéale pour l'ouvrir, en somme !

Voilà donc ce qu'est ce double album à la pochette si imposante (on pouvait, en vinyle, en changer les fenêtres par un astucieux, et coûteux à l'époque, système de trous dans la pochette) : un disque certes réussi, totalement culte et mythique, mais aussi surestimé, contenant certes de vraies merveilles, mais aussi des chansons franchement moyennes, et une ou deux sont même totalement médiocres. Un disque, aussi, trop long et foutraque, la faute à sa conception (des titres inédits enregistrés spécialement pour le disque en 1974, et des titres issus de 1970 à 1972, enregistrés des années avant, issus des sessions de précédents albums, et mis de coté à l'époque pour diverses raisons). Mais en tant que tel, sinon, Physical Graffiti reste un disque à écouter et à posséder, et c'est là tout le paradoxe à son sujet : inégal, mais indispensable quand même, comme le Double Blanc des Beatles !