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Place à Alice Cooper, ce son vrai nom Vincent Furnier, pour ce onzième volet des Track-by-track. J'ai choisi mon album préféré du Coop', j'ai nommé Killer, sorti en 1971 sous une pochette rouge sang montrant le boa Kachina, qui appartenait, je crois, à Alice Cooper. Un disque qui, comme vous allez vous en rendre compte, est une pure merveille dans le registre du hard-rock teinté de glam. Un triomphe du glauque et de la décadence, de la mort aussi, car pas mal des 8 morceaux de l'album abordent ce sujet. Et ces morceaux, 8 au total (pour 36 minutes), sont :

Under My Wheels : Quoi de mieux pour ouvrir l'album que cette chanson imparable ? Under My Wheels, dont le sujet central et unique semble être Ah tiens, je viens de te rouler dessus ; ça va, tu souffres pas trop ? est une pure tuerie, avec paroles irrésistibles, riff de la mort, final endiablé, un Alice en forme supra-olympique et trash-attitude revendiquée. Un des meilleurs morceaux de l'album, tout simplement !

Be My Lover : Le riff est connu, c'est celui du Sweet Jane du Velvet Underground, en mode heavy rock évidemment. Be My Lover parle d'une groupie un peu peine-à-jouir, que doit se coltiner Alice Cooper (qui se nomme dans les paroles : She asked me why rthe singer's name is Alice/I said 'listen baby, you really wouldn't understand). Chanson très pop, au final, malgré un final destroy et brutal et, dans l'ensemble, des riffs et un rythmique bien hard !

Halo Of Flies : 8 minutes de cavalcade trash, rien que le titre ('essaim de mouches') est éloquent. La chanson est juste admirable, pour moi la meilleure de la face A. En fait, c'est juste le final qui me fait dire que Halo Of Flies est le sommet de cette première face. Ce final, instrumental et à rallonge, est la preuve vivante (si on peut dire) de la virtuosité des musikos entourant le Coop' à l'époque (Glenn Buxton, Michael Bruce, Dennis Dunaway, Neal Smith), qui sont, respectivement, aux guitares, basse et batterie (deux guitaristes).  

Desperado : Chanson remarquable qui achevait la première face, Desperado n'est pas un hymne à la fameuse marque de bière qui, de toute façon, n'existait pas encore en 1971 (hors-sujet, je sais, mais niveau bière, Alice Cooper en connait un gros rayon !). Non, cette chanson est un hommage d'Alice à Jim Morrison, qu'Alice connaissait personnellement (du moins il me semble). La manière de chanter d'Alice (sauf dans le refrain et le final), le bridge instrumental faisant penser à celui du Wishful Sinful des Doors...tout ramène à Jim Morrison ici, et cette chanson, qui fut trompeusement considérée comme unetantative ratée de chanson country (???), est juste une des meilleures du Coop', rien d'autre à dire !

You Drive Me Nervous : La face A s'achevait sur une chanson majoritairement douce (enfin...). La face B, elle, s'ouvrait sur le court (2,28 minutes) et speedé You Drive Me Nervous, chanson qui, il faut bien l'avouer (et c'est aussi et surtout le cas de la suivante), n'est pas du même niveau d'excellence que les autres chansons de Killer. Mais You Drive Me Nervous est quand même riche en riffs tueurs et Alice y chante littéralement comme un damné. Cette chanson n'est peut-être pas le sommet de l'album, mais ce n'est pas non plus honteux !

Yeah, Yeah, Yeah : En revanche, sans être non plus un ratage, Yeah, Yeah, Yeah est, elle, clairement la chanson la moins réussie des 8 de l'album (et c'est donc peu dire que d'affirmer que la face B commence avec un sérieux handicap par rapport à la A). Déjà, je trouve, ou alors ce sont mes oreilles ou mes enceintes de chaîne hi-fi, que le son est nettement moins bon pour cette chanson que pour le reste. Ensuite, ben...pas très originale (déjà, le titre), assez redondante, et je n'aime pas la voix du Coop' quand il glapit ses yeah, yeah yeah, yeah ! en guise de refrain. Même le riff m'ennuie... 

Dead Babies : Là, par contre (et pour la chanson suivante aussi), c'est immense et intouchable ! Dead Babies, tout est dans le titre, parle d'un sujet on ne peut plus glauque, qui sera accompagné, sur scène, par des décapitations de poupées baigneurs (remplis de faux sang) : les abus faits aux enfants. Le Coop' est contre, mais les paroles sont tellement glauques, tellement malsaines, qu'on se moque royalement de savoir ce que le Coop' pense de tout ça. Il suffit de le chanter pour que ça soit trash et scandaleux ! On y parle d'une mère pilier de bar, qui se pinte la gueule (et se tape sans doute des poivrots), laissant sa petite Betty seule chez elle. Laquelle, très très jeune, avale un jour le contenu d'une étagère et meurt. Dead babies, can't take things off the shelf... La musique est incroyable (et totalement dans le style Bob Ezrin, producteur canadien spécialiste des atmosphères lyriques, produisant le disque, j'avais oublié de le préciser plus haut) : lyrique, riche, avec choeurs angéliques...et la voix bien odieuse d'Alice derrière : Goodbyyyyyyyyyye...dead babies !

Killer : Encore une fois, juste immense. 7 minutes terminales, s'achevant en apothéose terrifiante. La chanson parle d'un condamné à mort qui, dans sa cellule, raconte sa vie pas rose du tout, ses conneries, et qui attend, évidemment, de passer à la friteuse...ce qui arrive en final. Après un bridge instrumental assez glauque, signé Ezrin, rempli de cris (féminins) assez atroces, et doté d'une ambiance bien morbide et lyrique, un petit drive de batterie et un solo de moog (clavier) symbolise la dernière marche du condamné, tandis qu'un horrible bruit de mixeur/blender, d'une trentaine de secondes, symbolise, lui, juste après, le courant électrique traversant le corps du condamné. Le morceau, et l'album, s'achève sur ce son terrifiant et oppressant, qui laisse l'auditeur K.O., le genre de truc, de gimmick musical que, dans le jargon et le milieu, on appelle vulgairement un 'killer'. Tiens, comme le mec de la chanson, comme la chanson, comme l'album...Oui, cet albul est un 'killer' !

Au final, donc, Killer est un sommet de hard rock, et de rock tout court. Un disque saignant, jubilatoire, hélas trop court, mais parfait (ou presque : une chanson un peu moyenne, on l'a vu).  Le sommet d'Alice Cooper, même si d'autres albums (Billion Dollar Babies) sont également très réussis !