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Pretzel Logic est le troisième album de Steely Dan, il date de 1974, et est donc l'objet du sixième opus de la série d'articles Track-by-track. C'est un disque aussi mémorable qu'il est court (34 minutes, 11 titres), le dernier album du Dan en tant que vrai groupe, puisque le groupe se résumera à Walter Becker (guitare, basse) et Donald Fagen (chant, claviers) après cet album. Le reste des musiciens sur les albums du groupe se résumera à des musiciens de studio et des guests. Mais pour Pretzel Logic, le groupe contient encore Denny Dias et Jeff 'Skunk' Baxter aux guitares et Jim Hodder à la batterie. Allez, on commence le track-by-track ?

Rikki Don't Lose That Number : Intro syncopée aux faux airs de samba, ligne de basse minimaliste et magistrale, piano discret...Dès les premières secondes, on sait qu'on tient, avec Rikki Don't Lose That Number, chanson sur une jeune femme quittant la ville et à qui le narrateur remet son numéro de téléphone au cas où, une chanson immortelle. Une des meilleures, pas seulement de l'album, mais de Steely Dan tout simplement. Un remarquable solo de guitare, fait soit par Dias, soit par Baxter (je pense que c'est par Baxter), agrémente le tout dans le bridge situé vers la fin. On ne s'en lasse pas !

Night By Night : Encore une chanson pop entraînante, pas violente pour un sou, et rythmée par des claviers entêtants et la superbe et narquoise voix de Donald Fagen. Le refrain est absolument admirable (I don't really care/If it's wrong or if it's right/But until my ship comes in/I'll live night by night), et encore une fois, un solo de guitare absolument quintessentiel situé vers la fin. Mais là, je crois que c'est carrément Walter Becker (basse, guitare) qui le fait. Une de mes chansons préférées de Pretzel Logic et du Dan, carrément, ce qui est aussi le cas de la chanson précédente, par ailleurs ! 

Any Major Dude Will Tell You : Changement de registre avec Any Major Dude Will Tell You, chanson courte (3 petites minutes - il y à nettement plus court sur l'album) et mélancolique, pleine de nostalgie et de douceur (un petit peu d'amertume aussi), qui détonne carrément avec les feux d'artifices pop jazzy de Rikki Don't Lose That Number et Night By Night. Ici, le Dan se fait mélanco, et le résultat est juste stupéfiant. Pour amateurs de petites douceurs folk, rythmées ici par un piano de toute beauté. Une chanson pleine de morale...quelque part.

Barrytown : Encore une immense chanson que ce Barrytown ! Et une des plus cyniques de Pretzel Logic, de loin. Une chanson qui dénonce les inégalités, les préjugés, le racisme, l'ostracisme. Tout en l'étant fortement (ostraciste) ! Barrytown, dans la chanson, c'est une ville ayant mauvaise réputation, il ne fait pas bon en provenir. Ceux qui viennent de Barrytown et viennent ailleurs se font irrémédiablement jeter, railler, go play with someone else. Le narrateur de la chanson explique que là où il est (pas à Barrytown !), personne ne veut de ceux qui viennent de Barrytown. Est-ce une ville fictive ou réelle (en même temps, aux USA, s'il n'existe pas ne serait-ce qu'une seule ville du nom de Barrytown, je m'engage à manger le contenu du dernier tiroir de ma commode, celui des slips), ou bien un quartier mal famé ? Toujours est-il que la chanson, excellente, est furieusement cynique, et dénonce le racisme et les préjugés...quelque part.

East St. Louis Toodle-Oo : Achevant la face A, East St. Louis Toodle-Oo est à part sur l'album, pour deux raisons. D'abord, c'est le seul instrumental de Pretzel Logic (et un des rarissimes instrumentaux du Dan, si ce n'est leur unique) ; ensuite, c'est une reprise (de Duke Ellington), et non pas un morceau signé par ne serait-ce qu'un des membres du groupe (et Becker et Fagen composaient en duo, toujours). Sympathique, ce morceau n'en demeure pas moins assez moyen, enfin selon moi. Enfin, je suis salaud avc lui, il n'est pas moyen ; c'est juste que, tout comme un autre titre de Pretzel Logic, je ne l'aime pas trop, sans, toutefois, le zapper (il ne dure pas 3 minutes, ce qui est aussi le cas de l'autre morceau que je n'aime pas trop, et si vous vous demandez lequel est-ce, lisez la suite de l'article !). Je trouve qu'il n'a que moyennement sa place ici, il détonne trop par rapport au reste. Et sa position de fin de face le rend encore plus intrus...quelque part.

Parker's Band : La face A s'ouvrait en fanfare avec Parker's Band, chanson énergique et guillerette, bénéficiant de la participation de deux batteurs (Jeff Porcaro, futur Toto - le groupe n'existe pas encore - et le mythique Jim Gordon, celui-là même qui, bien des années plus tard, tuera sa mère à coups de marteau, désolé pour l'anecdote sordide) et de paroles très réussies sur un groupe de jazz dans un club (Savoy sides presents a new saxophone sensation). Le Parker en question n'est autre, du moins je pense, que Bird, Charlie Parker, et est-il nécessaire de présenter cette légende, cette météore (carrière courte, vie courte) ? La chanson du Dan est un des hommages envers Bird existant de part le monde, et ce n'est pas un des plus dégueulasses, bien au contraire, même s'il n'est pas jazzy, mais très pop/rock.

Through With Buzz : 1,35 minute, la chanson la plus courte de l'album. Through With Buzz parle, sur fond de musique douce-amère (orchestrations, piano), d'un certain Buzz, un paumé vraisemblablement homo (maybe he's a fairy), qui rend totalement dingue le narrateur sans nom, qui subit depuis trop longtemps ses jérémiades et petites arnaques. Le Buzz en question lui soutire du fric, pour se camer sans doute. Buzz, en plus, n'a pas d'argent lui-même (on s'en doute un peu), n'est pas rigolo, et lui a piqué sa petite copine, le saligaud. Un parasite, en gros. La chanson est courte, sans prétention aucune sauf d'offrir aux auditeurs une nouvelle tranche de cynisme bien marquée, sous fond de musique reposante. Pas le sommet de l'album (les vocalises de Fagen, en final de couplet, me saoûlent un peu désormais), mais franchement, ça serait dommage de s'en priver !

Pretzel Logic : I have never met Napoleon/But I plan to have the time/Cause he looks so fine upon that hill... Avec de telles paroles, difficile d'ignorer la chanson-titre de Pretzel Logic (qui n'utilise à aucun moment, dans ses paroles, les deux mots du titre) ! Chanson assez longue (tout comme Rikki Don't Lose That Number, elle dure 4,30 minutes, et les deux chansons sont, à égalité, les plus longues de l'album), bénéficiant d'un remarquable solo de guitare de, je crois, Walter Becker en final, et dotée d'une ambiance bluesy de plus bel effet. Les choeurs sur les fins de couplets (pas de refrains, au fait) sont admirables, voix entremêlées. Les paroles, parfois absconses, sont magnifiques. Rien que l'intro vaut le coup ! Pour moi, Pretzel Logic est la meilleure chanson de l'album du même nom, rien que ça.

With A Gun : Alors la voilà, la chanson que je n'aime pas trop ici (avec l'instrumental East St. Louis Toodle-Oo, en concurrence). With A Gun est une chanson heureusement courte (2,18 minutes), ce qui m'empêche de la zapper quand j'écoute l'album (ce qui arrive assez souvent, Pretzel Logic étant addictif). Mais, franchement, cette chanson aux faux airs country, avec ses paroles bien craignos, me sort par les yeux, et est, il faut le dire, un million de fois moins convaincante que le reste de l'album (et j'ajouterais même, de la discographie du groupe, du moins des albums allant de leur premier de 1972 à AJA de 1977). Alors, OK, c'est court, donc ça passe vite, mais, franchement, il faut le dire, With A Gun n'est pas bonne.

Charlie Freak : En revanche, celle-là, également courte (moins de 3 minutes, comme la suivante et dernière), est une de mes grandes préférées. Et elle m'a toujours laissé un peu mélancolique aussi. Il faut dire qu'elle ne fait rien pour faire danser ! Charlie Freak, sur une mélodie de piano très douce et triste, parle d'un SDF du nom de Charlie Freak, un drogué qui, un jour, vend au narrateur, afin de se payer sa dose, une belle bague, son seul bien. Peu après, le narrateur apprend que Charlie a été retrouve mort, overdosé. Il se rend à la morgue, et rend sa bague au cadavre, plein de remords (c'est sans doute avec l'argent qu'il a filé à Charlie contre sa bague que Charlie s'est payé sa dose mortelle). Chanson sans morale, sans leçon (sauf : touchez pas à la came), et pleine de tristesse. Un des sommets de Pretzel Logic, pas facile de venir après elle. Mais la mettre en final aurait été difficile aussi !

Monkey In Your Soul : Riff bien acéré en intro, ambiance bluesy et rock sur les couplets et refrains, et petites incartades jazzy dans les instrumentaux, cette chanson abordant la drogue (le singe est une manière imagée de parler d'une addiction) est donc la dernière de l'album. I fear the monkey in your soul... Une réussite, courte et efficace, qui achève à merveille un album totalement mythique et quasiment parfait (une chanson ou deux, donc, qui m'empêchent de dire que Pretzel Logic est totalement réussi). Magistrale chanson pleine de cynisme.

Pour finir, on peut dire de Pretzel Logic, donc ,qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre, un disque pop, rock, jazzy et folk en même temps, rempli de grandes chansons. Un disque court, auquel je préfère cependant le plus cynique et jazzy The Royal Scam de 1976, que j'aborderai un jour dans cette nouvelle catégorie de chroniques du blog. Mais même si The Royal Scam est mon Steely Dan préféré (de loin), Pretzel Logic reste un disque que j'adore, littéralement, et dont je ne pourrai jamais me passer.