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En 1973 (ou 1972 ?), Serge Gainsbourg se tape une première petite crise cardiaque, sans grande gravité. Quelques mois plus tard, il se rend à Londres pour enregistrer Vu De L'Extérieur. Avec, notamment, du moins il me semble, les musiciens anglais ayant joué sur Histoire De Melody Nelson, et qui joueront aussi sur Rock Around The Bunker et L'Homme A Tête De Chou (et sur quelques productions gainsbourgiennes tels les albums solo de Jane Birkin) : Alan Hawkshaw, Alan Parker, Dougie Wright... Sous une pochette simiesque (Serge coincé au beau milieu de photos de singes, recto comme verso) se cache un disque sombre, introspectif, intimiste, faussement joyeux et osé. Un sommet qui, hélas, ne rencontrera pas beaucoup de succès à sa sortie (comme le précédent et l'album suivant). Et qui est constitué de :

Je Suis Venu Te Dire Que Je M'En Vais : Vu De L'Extérieur démarre sur les chapeaux de roue avec sa chanson la plus connue (la seule vraiment connue des néophytes, en fait), j'ai nommé Je Suis Venu Te Dire Que Je M'En Vais. Un titre à tiroir (le mec vient pour annonçer à sa petite amie/fiancée/femme qu'il part ; il vient, mais il part !), une mélodie répétitive et admirable, les pleurs de Jane Birkin en fond sonore. Serge les a enregistrés un jour de cafard, alors que leur Charlotte, alors âgée de deux ans maximum, était en Angleterre, chez sa grand-mère (la mère de Jane), et que Jane, elle, avait le moral a zéro. Elle l'a laissé enregistrer ses pleurs (elle l'avait bien laissé enregistrer ses rires pour En Melody, en 1971, alors qu'elle subissait joyeusement une séance de chatouillis de la part de son frangin !). Triste, la chanson porte tout les thèmes de l'album sur ses épaules, et en est une des plus éclatantes réussites. Comment ignorer tel chef d'oeuvre ?

Vu De L'Extérieur : Tout aussi long que la précédente (soit 3,30 minutes, le maximum sur le disque), Vu De L'Extérieur est une chanson qui parle de rupture et de cul.Tu es belle, vu de l'extérieur/Hélas, je connais tout c'qui se passe à l'intérieur/C'est pas beau, même assez dégoûtant/Alors ne t'étonnes pas pas aujourd'hui je te dis 'vas-t-'en'... Serge, d'une voix très calme, sur une mélodie de piano assez jazzy, nous offre un condensé de cynisme et de méchanceté, une chanson purement féroce et, en même temps, sublime. Un sommet ? Oui, clairement, un de plus pour l'album et le chanteur !

Panpan Cucul : Les choses sérieuses commencent, niveau caca/prout. Le titre en dit long (d'autres titres de chansons de l'album aussi), mais c'est trompeur. Panpan Cucul parle d'un homme qui, au volant d'une vieille guimbarde (un tape-cul, comme il l'appelle), fait faire des tours à des filles, qui en souffrent du derrière à cause des cahots de la route. Excellent solo de guitare en final, malheureusement quelque peu effacé dans le mix (on l'entend, mais sans que l'accent soit porté sur ce solo non plus), avec une partition de piano assez guillerette. La chanson est une des plus légères de l'album, et sans en être le sommet, elle est franchement excellente.

Par Hasard Et Pas Rasé : Chanson sombre sur la déroute sentimentale que ce Par Hasard Et Pas Rasé, montrant le narrateur qui, un soir, en déboulant à l'improviste chez sa petite amie, la découvre en train de se faire reluire par un para(chutiste), le genre de mec qui les tombe toutes. Consternation, stupeur, le mec se barre, erre près d'un cimetière, sautant de stèle en stèle, réfléchissant à tout ça. Est-ce le même mec qui, par la suite, noie sa petite amie dans la baignoire dans Titicaca ou erre dans un club louche dans Pamela Popo ? On voit bien, dans un sens, le lien entre les chansons, le thème central de cet album si souvent critiqué pour ses faux airs scatologiques : la rupture et l'amertume. Grande chanson.

Des Vents Des Pets Des Poums : Achevant la première face, cette chanson parle d'un homme qui, attendant sa petite amie devant chez elle pendant qu'elle met des plombes à se préparer pour une soirée romantique, passe son temps comme il le peut, en l'occurence, en pétant à qui mieux mieux. On espère pour lui (et pour elle) qu'il est à l'air libre et pas sur un palier d'HLM... Chanson courte et hilarante, toujours baignée d'un piano jazzy/lounge. C'est une des chansons les plus légères de l'album, pas beaucoup de sous-entendus (sauf qu'il ne supporte pas que sa petite amie le fasse poireauter comme ça, le mec), mais un grand moment de légèreté. A écouter, comme Evgenie Sokolov, en ouvrant les fenêtres, même si on n'entend pas les proutt du narrateur. Mais on les sent !

Titicaca : Serge a du se faire plaisir avec cette chanson, très caustique, et dotée d'une ligne de piano très dansante. Avec ses rimes étonnantes (Si vous passez devant chez moire... pour que ça rime avec 'baignoire' ! entre autres rimes détournées), Titicaca parle d'une jeune femme avec qui le narrateur est, une femme assez salope qu'il finit par noyer dans sa baignoire, apparemment tout ce qu'elle mérite. Là encore, ça parle de rupture (définitive...), d'amertume (J'en ai tiré une bonne leçon, qu'il dit). Belle manière d'ouvrir une face B sensiblement plus courte que la A, et tout aussi réussie.

Pamela Popo : Chanson courte (mais pas la plus courte non plus) que cette Pamela Popo, qui parle d'un homme assistant, dans un club hot de Soho (quartier populaire et hot de Londres, quartier des night-clubs), au spectacle de strip-tease de Pamela Popo, une danseuse de couleur portant une petite culotte de la marque Petit Negro et s'effeuillant lentement au rythme de la musique. Suave et érotique, cette chanson nous fait regretter l'absence d'image avec le son.

La Poupée Qui Fait : Chanson assez caustique et sexuelle, malgré sa musique mélancolique, sur une jeune femme aux airs de poupée que le narrateur se tape...Il est si facile de la faire pleurer, qu'il dit. A moins qu'il ne parle d'autre chose, d'une vraie poupée... La chanson est assez ambigue, d'autant que la poupée fait pipi caca et dit papa... Peut-être la chanson que j'aime le moins ici, car il en faut bien une, mais je ne la trouve pas mauvaise pour autant, loin de là !

L'Hippopodame : Moins de 2 minutes pour un pur petit délire sur lequel Gainsbourg ne peut s'empêcher de rigoler franchement à plusieurs reprises (on le comprend). Le narrateur, sur un tempo lourd, pachydermique, faisant penser à la marche des éléphants du Livre De La Jungle (ah ah ah !), se tape une femme apparemment grosse comme c'est pas permis, un boudin, une hippopodame, quoi. C'est fendard, politiquement incorrect, léger malgré son tempo lourd, et ça s'achève en queue de poisson, et brutalement. L'effet fait penser surtout à une démo plutôt qu'à une chanson, mais au final, L'Hippopodame est une des meilleures chansons de l'album, et une de mes préférées aussi. Avec un D comme dans 'vas-y mollo'...

Sensuelle Et Sans Suite : Ligne de piano très douce pour cette chanson terminale, très belle et, en même temps, rigolote (les paroles, remplies de crac et de pffuit), pour parler d'un homme accumulant les aventures d'un soir, en vrai célibataire dragueur impénitent. Une histoire sensuelle et sans suite, ça fait crac, ça fait pfuitt... Comme pour Panpan Cucul, un beau solo de guitare en final, qui achève idéalement les 28 minutes de l'album. Une des chansons les plus réussies de Vu De L'Extérieur, même si elle ne fait pas partie de mes chouchous de l'album, en final. Mais je l'aime vraiment bien quand même !

 Au final, Vu De L'Extérieur est mon album préféré de Serge Gainsbourg. Un disque court, faussement pipi/caca/prout, et très sombre, probablement l'albul le plus sombre de Serge avec Mauvaises Nouvelles Des Etoiles de 1981. Un authentique chef d'oeuvre hélas trop court (28 minutes) !