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Pour ce troisième Track-by-track, c'est encore une fois un énorme classique que je vous propose : A Night At The Opera, sorti en 1975, quatrième album studio de Queen.

Death On Two Legs (Dedicated To... : La chanson démarre calmement, par une ligne de piano jouée assez vivement, mais laisse rapidement place à l'oppression d'un riff de guitare assez sombre et violent. Au moment où la tension devient insoutenable, ça repart dans une ligne de piano, mais, cette fois-ci, c'est le vrai morceau qui démarre. A Day At The Races, sorti un an plus tard, sera aussi ouvert par une intro similaire. Pour en revenir à Death On Two Legs (Dedicated To..., c'est un morceau très rock et teigneux sur lequel Queen règle quelques comptes avec un ancien manager qui les aurait escroqué (le sous-titre de la chanson, volontairement incomplet, est éloquent). Queen se paie ce type, dont j'ignore le nom, et ça fait mal (Dog with disease est une des gentillesses qu'il reçoit). Un excellent morceau, bien énergique.

Lazing On A Sunday Afternoon : Transition assez brutale, après un titre très rock et vif, car Lazing On A Sunday Afternoon, qui ne dure qu'une petite minute, est une bluette à l'ancienne, très 'années folles', sur laquelle on entend la voix de Mercury comme si elle était issue d'un vieux microphone suranné. C'est frais, sympathique, et le morceau suivant marquera encore une fois une transition assez brutale, faisant de l'écoute de l'album une vraie expérience, au fond. Ce petit morceau est loin d'être immense (trop court), mais c'est rigolo. Expérience 'old school' qui sera récidivée en fin de face A.

I'm In Love With My Car : Riff de la mort qui tue, et la voix qui déboule, celle du batteur Roger Taylor (qui chantait une chanson par album en moyenne, comme le guitariste Brian May). I'm In Love With My Car est une chanson qui parle d'un homme amoureux de sa bagnole, thème rigolo que Roxy Music avait déjà utilisé sur leur Re-Make/Re-Model en 1972 (sur leur premier album éponyme). Le ton est résolument rock, limite hard-rock en fait, entre les cris de Taylor et les riffs bien saignants. Un bruit de moteur achève le morceau de manière très à-propos. Excellent.

You're My Best Friend : John Deacon (basse), n'a jamais chanté une seule broque au sein de Queen (sauf, à la rigueur, en concert, pour faire des choeurs, et encore, et encore, et encore...), se contentant de jouer à merveille de son si important instrument. Mais, en revanche, il a signé, pour le groupe, quelques chansons juste sublimes, comme Another One Bites The Dust, Spread Your Wings ou ce You're My Best Friend résolument magnifique. Une chansonnette pop rythmée par un piano électrique (mais pas de synthétiseur : la pochette de l'album le précise bien, Queen n'a pas utilisé de synthés pour ce disque, tout comme pour les précédents opus et quelques uns des suivants, d'avant 1980, évidemment...), très courte car durant moins de 3 minutes, et composée par Deacon en hommage à sa femme. C'est juste sublime, et ça sera un tube, qui sortira en single, avec, en face B, la chanson suivante sur A Night At The Opera. Qui est tout aussi sublime, soit dit en passant.

'39 : Chanson folk interprétée par Brian May, '39 est une magnificence absolue, une des chansons les plus populaires de Queen, et elle sortira, donc, en face B du single You're My Best Friend. La chanson parle d'hommes partant pour un voyage spatial, un voyage d'un an environ, et se rendant compte qu'à leur retour sur Terre, un siècle a passé depuis leur départ, et que tout ceux qui les attendaient et aimaient ne sont plus depuis longtemps... Son titre s'explique sans doute par le fait que, si on répertorie de manière alphabétique les chansons de Queen issues de leurs albums allant de leur premier à A Night At The Opera, '39 est la 39ème de la liste ! Bien entendu, depuis le temps, avec les autres albums, ce classement en 39ème position est désormais erroné, mais c'était une idée de titre originale (et j'ai pendant un temps cru que la chanson parlait d'engagés volontaires pour la seconde guerre mondiale, aucune allusion à l'espace ne se trouvant dans les paroles). Une de mes préférées du groupe, tout simplement. Sur le double Live Killers de 1979, c'est Mercury qui la chante (très bien).

Sweet Lady : Du gros hard-rock bien bourrin, du gros rouge qui tache, voilà ce qu'est Sweet Lady. La chanson a deux défauts majeurs selon moi : d'abord, avec 4 minutes, elle est un peu trop longue (une minute de moins aurait été parfait) ; ensuite, elle est trop bourrine, Mercury hurle plus qu'il ne chante, c'est ultra répétitif et sans grande saveur, sauf pour les amateurs de riffs bien saignants. Aucune subtilité ici. A Night At The Opera aligne les ambiances, les styles, mais dans le style hard-rock, I'm In Love With My Car ou Death On Two Legs (Dedicated To... sont amplement supérieurs. Ceci dit, pas mauvais, mais sans surprise.

Seaside Rendez-Vous : Dans le registre de Lazing On A Sunday Afternoon, en deux fois plus long (presque trois fois plus long, en fait), et avec une prise vocale de meilleure qualité, même si le souffle qu'on entendait sur Lazing On A Sunday Afternoon était un effet de style volontaire destiné à vieillir le morceau. Avec ses quelques paroles en français (So très charmant, my dear ou C'est la vie, madame et messieurs) et son Mercury en mode music-hall d'entre-deux-guerres, Seaside Rendez-Vous est une petite bluette assez amusante, achevant la face A (sept titres !). En rien le sommet du disque, évidemment, mais c'est franchement frais et sympathique, comme Lazing On A Sunday Afternoon, que je préfère cependant.

The Prophet's Song : La face B s'ouvrait avec les 8 minutes (morceau le plus long du disque, et de Queen aussi) de The Prophet's Song, chanson juste immense, la meilleure de l'album. Même, pour moi, le sommet de Queen, en tout cas, de leur première période (1973/1978) ! May a composé cette chanson impressionnante après un rêve qu'il aurait fait, alors qu'il recouvrait d'une hépatite contractée pendant l'enregistrement de l'album précédent, Sheer Heart Attack. Les paroles, parfois assez apocalyptiques, sont magistrales et au-delà de toute analyse, le titre du morceau est justement bien trouvé, on croirait entendre un prédicateur annonçant la fin du monde, ou l'arrivée de jours sombres. Le morceau est célèbre surtout pour son aria, commençant vers le centre du morceau et s'achevant vers la fin, aria composée de la voix de Mercury, agrémentée de celles de May et Taylor (et de plusieurs couches de voix de Mercury). And now I know, now I know, nawano, nawano, nawano... C'est au-delà des mots. Je précise qu'enfant, cette chanson, et surtout cette aria, me foutait les jetons grave, tout en exerçant, sur moi, une attraction incroyable. Plus de 16 ans après ma première écoute de l'album, il reste un de mes grands préférés, et cette chanson est très importante pour le fan de rock que je suis. Donc, je l'adore.

Love Of My Life : Après la furie vocale et musicale du précédent titre, place à la douceur. Love Of My Life, souvent sublimée en live, démarre immédiatement après The Prophet's Song, sans pause, par une partition d'harpe juste sublime. J'ai mis du temps à aimer cette chanson que je trouvais trop mièvre et douceâtre, trop gentillette, limite de la soupe sentimentale. Mais, maintenant, je l'aime vraiment, cette chanson ! Il faut dire que Mercury aura rarement aussi bien chanté (dans le registre doux et calme, évidemment) qu'ici. Après, ce n'est pas ma préférée de l'album, ni de Queen, mais il serait cependant bête de l'ignorer, ce Love Of My Life.

Good Company : Une petite chanson pop avec un instrument inhabituel, le yukulélé, et interprétée par Brian May. May avait l'habitude de chanter au moins une chanson par disque, et ici, il en interprète donc deux, on est contents pour lui ! Même si, pour moi, Good Company, bien que sympathique comme tout, est peut-être la moins intéressante de tout l'album ; pas insignifiante, mais il faut bien avouer qu'après les feux d'artifices musicaux des précédentes chansons, ça coince un petit peu, non ? May chante, cependant, très très bien !

Bohemian Rhapsody : Est-ce utile de rappeler à quel point cette chanson, dont la partie centrale en aria ne sera jamais jouée live (dans les versions live, c'est l'aria de la version studio qui sera diffusée, moyen comme un autre d'assurer aux membres du groupe un petit peu de repos, ah ah ah), est un mythe ? Une des chansons préférées des rockeurs et hard-rockeurs, rendue encore plus populaire, dès les années 90, par son inclusion dans le film Wayne's World, Bohemian Rhapsody est une rhapsodie, justement, qui, en 6 minutes, nous embarque dans un tourbillon d'émotions : légèreté, tristesse, mélancolie, peur, délire... Mercury est un tueur au piano, quand il chante doucement (le début, la fin), c'est juste sublime ; mais quand il se lance dans son délire vocal, avec de multiples couches de voix (y compris celles de May et Taylor), c'est un grand moment intense. Scaramouche, Scaramouche, will you do the fandango... Grandiose, tout simplement.

God Save The Queen : Un petit instrumental d'une minute pour achever l'album, et comme son titre l'indique, God Save The Queen n'est que la version queenienne, autrement dit, grandiloquente, de l'hymne britannique. Dès 1975, cet instrumental achèvera idéalement tout concert du groupe (en tout cas, tous les concertts britanniques). Rien à dire de particulier, mis à part que ce remake à la sauce glam-rock est totalement réussi.

Voilà pour résumer ce qu'est A Night At The Opera : un disque très éclectique, rempli de chansons surfant sur divers styles (pop, folk, hard, glam, music-hall, ballade), et totalement réussi. En gros, 44 minutes inoubliables !