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Pour ce deuxième Track-by-track, j'ai décidé d'aborder un de mes albums de chevet de mon groupe préféré. Le groupe, c'est Pink Floyd, et l'album, c'est leur deuxième, A Saucerful Of Secrets, de 1968. Cet album n'a qu'un défaut, selon moi, c'est sa production, clairement la moins bonne de tout le répertoire floydien si on excepte le disque live du double Ummagumma de 1969. Malgré ce défaut (et sa courte durée, 39 minutes), ce disque est admirable en tous points, et c'est justement ce que je vais vous démontrer ici !

Let There Be More Light : Morceau admirable ouvrant les hostilités sur une intro quasiment mythique (sublime ligne de basse) qui sera réutilisée par Placebo, en 1999, en intro de leur chanson Taste In Men (sur Black Market Music), le tout, bien évidemment, à la sauce moderne. Let There Be More Light, chantée par Roger Waters et abordant le cas des OVNIs, est une des chansons les plus spatiardes du Floyd, et s'achève par un solo de guitare juste parfait, signé du nouveau venu dans le groupe, David Gilmour. Rappelons que ce dernier a incorporé le Floyd pour remplacer Syd Barrett (dont il était un ami), qui devenait ingérable avec ses crises de partances liées à la came. C'est le seul album enregistré par le Floyd au nombre de 5 membres, car Barrett sera viré juste après...

Remember A Day : Rick Wright, claviériste décédé en 2008, était probablement mon Floyd préféré, grâce à ses chansons. Entre 1968 et 1972, il casera une chanson par disque environ, avec l'exception de Meddle et de More - Soundtrack. Comme s'il savait à l'avance qu'il ne ferait rien, vocalement parlant, sur deux disques futurs du groupe, il s'est lâché sur A Saucerful Of Secrets, et nous offre non pas une, mais deux chansons. Remember A Day est la première, et la meilleure des deux. On ne saurait mieux définir la chanson que par le terme 'nostalgique'. C'est une chanson qui rappelle à ses auditeurs un temps révolu, l'enfance, l'adolescence, une chanson douceâtre, sur laquelle Syd Barrett joue, et qui possède un parfum de nostalgie, de mélancolie, accentué par la voix aigue et douce de Wright. Inoubliable.

Set The Controls For The Heart Of The Sun : Un des deux morceaux de l'album à être aujourd'hui plus connus que l'album, parce que présents également sur d'autres disques du groupe (en l'occurence, le disque live du double Ummagumma, et le Live At Pompeii, concert filmé). Ecrite par Waters (qui l'interprète ; niveau guitare, Barrett et Gilmour cohabitent sur ce titre, probablement le seul de la discographie du groupe à avoir été enregistré par cinq membres), elle est basée sur un recueil de poésies chinois de la dynastie Tang. Set The Controls For The Heart Of The Sun est une chanson d'ambiance, très orientalisante, planante à l'extrême (la version live sur Ummagumma, plus longue de 4 minutes, est encore plus planante). A lui seul, ce titre définit parfaitement le son floydien de la période 1968-1972. Parfait.

Corporal Clegg : Oui, c'est sans doute le morceau le moins abouti et réussi de tout A Saucerful Of Secrets. Ca, je l'admets. Mais Corporal Clegg, qui achevait la première face, est quand même un titre assez sympathique, avec son orchestre de l'Armée du Salut, avec son solo de kazoo en final (joué par Gilmour), avec les quelques lignes de chant que pousse Nick Mason (batteur du groupe, et possédant ici une de ses rarissimes participations vocales dans les chansons du groupe), avec ses paroles caustiques sur un héros de guerre avec jambe de bois et médaille trouvée dans un zoo mais remise tout de même par la Reine, ah ah ah ! A noter, les phrases que Mason dit son reconnaissables, sa voix étant éraillée, narquoise, bien distincte. Au final, cette chanson est mineure, presque indigne du reste de l'album, mais quand même sympatoche.

A Saucerful Of Secrets : Là, c'est juste immense. Oui, immense. Comment définir autrement cet instrumental de quasiment 12 minutes ? Il est scindé en plusieurs sous-parties (tout est sur une seule plage audio, ceci dit). La première s'appelle Something Else, et est basée sur l'orgue de Wright, assez calme au début, mais plongeant lentement mais sûrement dans un abîme oppressant ; la batterie de Nick Mason fait son apparition à la quatrième minute environ, c'est Syncopated Pandemonium, partie violente et syncopée, avec une partition de piano très free pour l'agrémenter. On nage alors dans un climat très oppressant, qui ne demande qu'à exploser, mais au lieu de cela, Storm Signal, la troisième sous-partie, arrive, à la septième minute environ. Très calme, elle ne dure qu'une minute et demi environ, et est constituée d'un orgue ; à 8,40 minutes, Celestial Voices, le final, survient, constitué d'un orgue très religieux et d'une aria (solo vocal sans paroles) de Gilmour et Wright ; l'effet, apaisant mais avec aussi quelque chose d'inquiétant (toute la force de cet album est d'alterner entre douceur et violence latente), est juste sublime. Indéfinissable joyau qui est, on s'en doute, le sommet de l'album (et même, allons plus loin, du groupe).

See-Saw : Deuxième chanson de l'album à être chantée par Rick Wright, qui nous offre cette fois-ci une chanson très psychédélique musicalement parlant, contenant un climat assez particulier qui la rend très attachante et spéciale, mais avec des paroles un peu plus sombres. See-Saw (le titre signifie 'balançoire') est une petite chanson (de plus de 4 minutes, ceci dit, donc, 'petite'...), qui fait partie de mes grandes préférées de l'album. Pas mal de cuivres, à moins que ça ne soit un mellotron qui imite leur son. La chanson aborde encore une fois, c'était déjà le cas de Remember A Day, l'enfance. C'est, cette fois-ci, encore plus mélancolique, plein de spleen, et totalement magnifique. Après, on est en droit de préférer Remember A Day ; pour ma part, j'adore les deux tout autant l'une que l'autre !

Jugband Blues : Ultime participation vocale de Syd Barrett dans Pink Floyd, et unique chanson de l'album, donc, qu'il interprète. Jugband Blues ne dure que 3 minutes, mais tout est dit dans ces 3 petites minutes agrémentées d'une fanfare de l'Armée du Salut (décidément, avec Corporal Clegg...). Chanson touchante et limite oppressante sur la folie, la partance, dans laquelle Syd nous offre pas mal de clés sur son état mental de l'époque (And I'm wondering who could be writing this song). Assez troublante chanson, au final, chantée par un homme malade de l'esprit, ravagé par les drogues. Ce qui ne l'empêche pas, ceci dit, d'écrire de superbes chansons, comme celle-là et comme celles de ses deux albums solo, The Madcap Laughs et Barrett. Inoubliable, et quelle manière d'achever l'album, aussi !

Donc voilà, dans l'ensemble, ce qu'est cet A Saucerful Of Secrets : un disque puissant de rock psychédélique, de space-rock en fait, riche en ambiances tour à tour oppressantes ou apaisantes. Un disque, aussi, rempli de classiques, même si seulement deux de ces titres restent en mémoire de nos jours grâce au fait qu'on les trouve sur des lives ou best-ofs du groupe, les autres étant cantonnés à l'album studio uniquement. Un grand disque, qui débute ma période préférée du groupe, 1968-1970.